dimanche 21 avril 2019

Toutes les histoires d'amour du monde - Baptiste Beaulieu



Quelques infos:


Édition: Mazarine
Date de parution: Octobre 2018
Pages: 478

Mon avis:


Moïse est mort à plus de 90 ans. Son fils Denis trouve dans une vieille malle trois carnets dans lesquelles, consciencieusement, Moïse écrit des lettres à une inconnue, Anne-Lise, dont personne dans la famille n'a jamais entendu parler. Il faut dire qu'il n'était pas vraiment bavard Moïse, plutôt du genre taiseux, froid et distant, même avec ses proches.

"Parfois, Moïse nous disait bonjour, mais se souciait-il vraiment de la qualité de nos journées? Absorbé dans ses pensées, il disait des phrases comme:" Je vais sortir le chien". Puis il partait, mais il rentrait, il avait oublié le chien. Il repartait, et c'était la balade, puis c'était le fauteuil, et c'était sa musique. Comme tu habitais tout seul ton corps, grand-père, et tout seul ton fauteuil, tu habitais tout seul avec nous."

Bouleversé par cette découverte, Denis fait un malaise cardiaque. C'est son fils Jean qui prend alors le relais et part sur les traces d'Anne-Lise. Curieusement, entre eux aussi, la communication passe difficilement et ils trouveront dans cette quête un moyen d'éviter que l'histoire familiale ne se répète et d'apaiser leur relation.

La couverture est magnifique, le titre alléchant et les critiques élogieuses. Ce livre avait tout pour m'attirer. Le début a été difficile, il m'a fallu arriver à un bon tiers du livre pour réellement me plonger dans l'histoire. Je crois que je suis passée à côté de la partie contemporaine et notamment de la façon dont Jean essaye d'apaiser les relations avec son paternel. Il lui raconte des histoires d'amour inventées, lui fait croire qu'il a retrouvé les descendants des personnes que Moïse a pu croiser et le but de ces mensonges m'a complètement échappé.

En revanche, les lettres de Moïse sont poignantes. Au crépuscule de sa vie, il confie à Anne-Lise l'homme qu'il a été, depuis sa naissance. Chaque année, à la même date, il lui écrit une lettre où il s'expose, sans fard, ses doutes, ses faiblesses, ses drames et ses bonheurs. Il se révèle être un homme doux et sensible, bien loin de la carapace dure et infranchissable qu'il montrait à ses proches, notamment à son fils Denis. 

"Mais les regrets, oh, les regrets... Toi qui me lis, souviens-toi des tiens, et tu seras d'accord: jamais ils ne disparaissent, les regrets. Ils enflent avec les années, ils vous dévorent le soir, ils teintent de tristesse le plus joyeux des rires et tournent à l'amer le plus sucré des mets. C'est là leur grand pouvoir sur nous."

C'est évidemment la seconde guerre mondiale qui marque un tournant dans sa vie. C'est là que l'histoire de Moïse m'a véritablement emporté: sa vie de prisonnier de guerre, les relations qu'il a pu nouer avec les allemands, les différences sociales effacées "où la Guerre rendait tous les hommes égaux". 

Ce roman s'est finalement révélé être d'une profonde richesse, il y est question d'amour, des liens familiaux, de regrets, de souvenirs...

"On meurt vraiment quand tous les gens qui nous ont aimé meurent aussi, où quand il n'y a plus de souvenirs."

En s'appropriant ces lettres, Baptiste Beaulieu nous offre ici une belle leçon de vie. Suivant les conseils de Moïse, il s'évertue à renouer les liens familiaux et finalement, même s'il est question de guerre, de secrets familiaux ou de deuils,  c'est un roman empli d'optimisme et d'espoir, qui appelle chaque lecteur à aimer, espérer et se souvenir. Et qu'il existe une façon de ne pas reproduire indéfiniment le schéma familial.

"Je voudrais que la personne qui lit ces lignes et a cette chance infinie d'avoir encore son grand-père, sa grand-mère, l'appelle et lui dise -Raconte moi maintenant tout ce que tu n'as jamais dit. Après il sera trop tard-"




NB: Ce livre est d'autant plus touchant qu'il s'agit d'un roman autobiographique. L'auteur est réellement à la recherche d'Anne-Lise Schmidt, sa tante âgée aujourd'hui de 75 ans. Puisse-t-il un jour la retrouver et lui remettre ces carnets...


jeudi 11 avril 2019

Le dernier gardien d'Ellis Island - Gaëlle Josse



Quelques infos:


Édition: J'ai lu
Pages: 188
Date de parution: 2014

Mon avis:


Nous sommes en 1954. Depuis 1892, Ellis Island, petite île située à l'embouchure de l'Hudson, est le lieu de passage obligé pour les candidats à l'immigration. 12 millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont passés à l'inspection, entre les mains d'infirmières, de médecin ou de fonctionnaires plus ou moins zélés, plus ou moins honnêtes. Les faibles, les malades, les déficients mentaux étaient rejetés sans appel et renvoyés dans leur pays. 
A quelques jours de la fermeture, le dernier gardien d'Ellis Island John Mitchell éprouve le besoin irrépressible de raconter ses mémoires sur quelques feuilles de papier. Dans ce lieu unique personnage à part entière, John Mitchell est hanté par toutes ces vies croisées, ces hommes et ces femmes qui se sont vus examinés, questionnés, jugés...Ces destins bouleversés par un tampon sur un un papier leur donnant la nationalité américaine ou leur billet de retour au pays. 

"J'ai parfois l'impression que l'univers entier s'est rétréci pour moi au périmètre de cette île. L'île de l'espoir et des larmes. Le lieu du miracle, broyeur et régénérateur à la fois, qui transformait le paysan irlandais, le berger calabrais, l'ouvrier allemand, le rabbin polonais ou l'employé hongrois en citoyen américain après l'avoir dépouillé de sa nationalité. Il me semble qu'ils sont tous encore là, comme une foule de fantômes flottant autour de moi."

Au crépuscule de sa vie, John Mitchell soulage sa conscience d'employé méticuleux, cette façade cachant ses faiblesses d'homme, ses deuils, ses regrets. A l'image de cette île, il s'est isolé et se sent hors du temps. C'est la touchante confession d'un homme confronté à la rigidité de l'administration américaine et aux destins de ces anonymes qui ont fuit la misère et espéré un avenir meilleur.

Dans ce court roman à l'écriture fine et sensible, l'auteur a su nous dépeindre toute la violence, la tristesse, la mélancolie qui règnent dans ce lieu. Elle nous parle d'exil, d'errance, de choix, de l'angoisse et des espoirs des candidats à l'immigration. 
C'est un livre bouleversant, dont la lecture est lourde de sens à notre époque.




samedi 6 avril 2019

Ils vont tuer Robert Kennedy - Marc Dugain



Quelques infos:


Édition: Gallimard
Date de parution: Août 2017
Pages: 399

Mon avis:


Au Canada, un professeur d'histoire contemporaine à l'université rédige une thèse sur l'assassinat des frères Kennedy. Il est persuadé que la mort du président et du sénateur sont liées à celle de ses parents. Mêlant les deux enquêtes, celle historique, l'autre fictive, ce livre nous emmène dans les coulisses de la politique américaine.
Ce roman m'a happé dès les premières pages. Fascinée par le mystère entourant la mort de John Kennedy, j'ai dévoré les premiers chapitres charmée par l'écriture précise. Le texte est dense, comme un épais brouillard à traverser sans jamais arriver à trouver la vérité. L''écriture se teinte de cynisme, de mélancolie, de fatalisme, à l'image de Robert Kennedy qui se présente aux primaires de 1968 comme on monte à l'échafaud.

"Le sens de l'existence lui fait profondément défaut. S'il avait poussé l'honnêteté vis-à-vis de lui- même à son comble, il aurait tout plaqué, laissé derrière lui cet héritage maudit, tout cet argent sale qui a fait de lui cet aristocrate irlandais désabusé, il se serait détaché de cette vie matérielle, objet de souffrances infinies, il se serait retiré de ce monde qui doit sa violence à son matérialisme acharné et où il n'est question pour chacun que d'augmenter sa part d'un gâteau supposé croître indéfiniment. L'absurdité du monde le torture, mais pas assez pour qu'il en tire des enseignements définitifs."

De fait, l'auteur démontre ici que la mort de John et de Robert sont intimement liées. La politique américaine en prend pour son grade, les valeurs de la société également. 
La qualité de l'écriture, l'érudition de l'auteur rend la démonstration convaincante même si elle manque malheureusement de références et prend même parfois des accents complotistes. Certaines phrases telles que "On peut s'imaginer que...."  font  parfois perdre de la crédibilité. Mais il s'agit d'un roman, pas d'un essai, la révélation finale sur le professeur explique peut être les invraisemblances.Mais surtout Marc Dugain connaît bien son sujet ayant abordé dans de nombreux romans les rouages de la politique américaine. 
Au final, cette immersion dans cette Amérique où l'attentat contre les personnalités était devenu un sport national est fascinante. Les conséquences de ces deux assassinats sont internationales. C'est sur ces bases malsaines que s'est construit le monde politique d'aujourd'hui.
Pas vraiment rassurant, voire même un peu déprimant. 




jeudi 28 mars 2019

La libraire de la place aux herbes - Eric de Kermel



Quelques infos:


Édition: Eyrolles
Date de parution: 2017
Pages: 213

Mon avis:


Nathalie, professeur de littérature, choisit de reprendre une librairie à Uzès, petite ville du Gard où elle avait l'habitude de passer ses vacances avec famille et mari. Un vrai changement de vie pour cette parisienne qui prend son nouveau travail très à cœur au point de devenir la confidente de ses clients. .
Chaque chapitre est consacré à la rencontre avec l'un d'entre eux. Il y a Cloé jeune fille issue d'une famille guindée qui tente de prendre son envol, Bastien qui part à la recherche de son père ou Leila qui est enceinte et n'ose pas en parler à son mari. En véritable bonne fée, elle les aide, à travers les livres, à résoudre leurs conflits intérieurs. 

"Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es."

Avec ce sous-titre accrocheur et sa jolie couverture, ce livre a attiré mon regard. Malheureusement, la sauce n'a pas vraiment pris. La galerie de personnage ne m'a pas convaincue et frôle la caricature. Les dialogues sonnent creux, trop simplistes. Nathalie ne rencontre aucune difficulté dans sa nouvelle profession et je doute que la vie d'un(e) soit aussi simple que cela. Comme par magie, les problèmes se résolvent en un claquement de doigts (mention spéciale au soldat qui sort du coma grâce à notre formidable libraire! ) C'est trop, l'ensemble manque de crédibilité englué dans un trop plein de bons sentiments.
Il y a malgré tout un intérêt à lire ce roman: c'est un livre qui parle de livres. Il y a de nombreux titres référencés qui donnent envie de les découvrir. Le rapport entre le lecteur et l'objet "livre" est plusieurs fois évoqué avec de jolies métaphores qui ont retenues mon attention et m'ont aidé à aller au terme de cette lecture.

"Je crois à la très grande importance de la sensualité de l'objet. Le lecteur qui va passer plusieurs heures au contact du papier doit avoir du plaisir; celui de la page que l'on frotte entre deux doigts avant de la tourner, de la couverture que l'on caresse comme de la soie, de la tranche que l'on peut poser devant ses lèvres sans se couper au fil des feuilles. On doit pouvoir se coucher nu sur du papier comme dans les draps d'un lit qui ont séché au vent et au soleil!"

Ces jolies réflexions ne s'accompagnent pas d'une fiction plus réaliste sur la vie d'une librairie et ne suffisent pas à rendre ce roman réellement intéressant. Dommage!


mercredi 27 mars 2019

La nuit de Berk - Julien Béziat



Quelques infos:

Édition: Pastel-École des loisirs
Date de parution: Août 2018
Âge conseillé: 4-7 ans

Notre avis:


Aujourd'hui, je vous présente Berk le doudou, qui appartient lui aussi aux incontournables de la littérature jeunesse. Ce personnage attachant est une sorte de canard coloré dont le propriétaire nous raconte ses aventures. Chaque album commence par la petite ritournelle:

"L'autre jour, un truc terrible est arrivé (...) c'est Berk, mon doudou, qui me l'a raconté"

Ses premières aventures sont parues en 2013 avec l'album "Le mange-doudous" où une chose horrible, toute molle, appelée Mange-doudous, est venue dans la chambre dévorer toutes les peluches. Heureusement, grâce au courage (et à l'odeur) de Berk, tout se termine bien.

Ses aventures suivantes se passent dans la salle de bain et sont racontées dans l'album "Le bain de Berk" paru en 2017. Berk glisse dans la baignoire et ses amis les jouets de bain déploient des trésors d'imagination pour le sauver de la noyade.

En Août 2018, nous le retrouvons avec grand bonheur pour ses dernières péripéties dans "La nuit de Berk que j'ai choisi de vous présenter ici. Je crois bien que c'est mon préféré des trois! 



Berk et un Croco-sac ont été oublié à l'école. Ils en profitent pour jouer les explorateurs et rentrent dans la classe.
Mais la nuit, les bruits sont inquiétants.... les ombres deviennent terrifiantes!





D'autant que la lumière s'éteint brutalement et qu'un bruit menaçant poursuit nos deux aventuriers. Mais ouf! La lumière revient. Berk et Croco trouveront vite une explication à ce bruit bizarre. Je ne vous raconte pas la chute de l'histoire, je ne veux pas gâcher l'effet de surprise qui est particulièrement bien réussi.



Comme dans les autres albums, le texte et les illustrations sont jubilatoires. La mise en scène est superbe avec une alternance de cadrage plan large-gros plan qui donne un rythme à l'histoire. Le jeu d'ombre et de lumière accentue le suspense. Les expressions des personnages sont éloquentes, drôles  et on frissonne avec Berk et Croco lors des multiples rebondissements de leur aventure à l'école. Le texte joue sur les peurs nocturnes tout en dédramatisant la situation grâce à l'humour omniprésent. J'aime beaucoup la façon dont Julien Béziat raconte cette scène de vie quotidienne avec imagination et humour (comme dans Le bain de Berk d'ailleurs). Avec en plus un clin d’œil aux grands noms de la littérature jeunesse. Vous aurez reconnu Cornebidouille de Magali Bonniol, le géant de Zéralda de Tomi Ungerer ou encore le Monstre vert de Ed Emberley.

Une réussite!

Voici ma participation au rendez-vous hebdomadaire Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer


mercredi 20 mars 2019

Bob et Marley - Dedieu et Marais



Quelques infos:


Édition: Seuil jeunesse
Date de parution: 2015
Âge conseillé: 2-5 ans
Nombre de tomes: j'en ai référencé 10...

Mon avis:


Voici deux lointains cousins du Petit Ours Brun. Bien plus impertinents et donc bien plus drôles aussi. Nous avons découvert ces deux personnages à la médiathèque et depuis nous sommes fans!
Il y a Bob, petit, mal dégrossi, souvent grognon et Marley, le grand, taquin et enjoué.


Ce duo improbable se retrouve dans des situations drôles, toutes simples, qui mettent en avant leur différence de caractère mais au final, c'est toujours leur amitié qui gagne. Belle leçon de tolérance.

Je vous présente ici, un de mes tomes préférés, "La nuit" qui traite avec humour des angoisses nocturnes. Bob n'arrive pas à dormir, il a peur que le soleil ne se lève pas. Pour cela, Marley lui conseille de surveiller l'arrivée du soleil, mais évidemment Bob, ne tient pas jusqu'au bout de la nuit... La suite de l'histoire est particulièrement amusante, mais chut, je ne dirai rien ici et je vous laisse la découvrir par vous même.










Le texte et les illustrations sont très simples, d'autant plus rigolotes car juste un froncement de sourcil ou une moue circonspecte arrivent à faire passer le message et déclencher l'hilarité!

Ces deux copains sont vraiment attachants. Malgré leurs défauts et leurs différences, leur complicité nous offre une belle leçon d'amitié.
Une série à suivre....

Voici ma participation pour le rendez-vous hebdomadaire "Chut les enfants lisent" du blog Devine qui vient bloguer


mardi 19 mars 2019

Le chagrin des vivants - Anna Hope



Quelques infos:


Édition: Gallimard
Date de parution: 2016
Pages: 384

Mon avis:


Londres, en novembre 1920. Deux ans après la signature de l'Armistice, l'Angleterre attend l'arrivé du Soldat inconnu dont la dépouille a été rapatriée depuis la France pour une cérémonie en grande pompe. Hommage nécessaire pour la nation toute entière qui est encore sous le choc des ravages provoqués par la grande guerre et pour laquelle elle a payé un lourd tribut. Mais en dessous de ce drame national, se cachent des drames personnels souvent secrets, cachés derrière l'Histoire. 
Il y a Ada, une mère qui pleure son fils. Sans corps autour duquel se recueillir, elle doute de sa mort et croit le voir partout.
Il y a Evelyn, qui a perdu son fiancé, qui n'est que colère et amertume.
Et enfin, Hettie, 19 ans, dont le frère est revenu de la guerre, tel un fantôme. C'est sur ses frêles épaules que repose désormais la responsabilité de faire vivre la famille. Elle est jeune, aimerait plus d'insouciance et de légèreté. Elle aspire à vivre tout simplement.

"Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose?
Pas seulement lui. Tous autant qu'ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grand chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie. (...) La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang?"

Il y a aussi les hommes. Ed, revenu de la guerre indemne de blessures physiques et qui panse ses blessures morales à coup de whisky. Rowan ancien soldat qui tente de faire vivre sa famille en vendant des babioles de maison en maison....

Tous ces personnages ont un point commun: il sont rongés par la culpabilité. Celle de n'avoir pas pu protéger ceux qu'ils aimaient, celle d'être vivant et de vouloir vivre ou celle d'avoir survécu. 

"Et quoi qu'on puisse en penser ou en dire, l'Angleterre n'a pas gagné cette guerre. Et l'Allemagne ne l'aurait pas gagnée non plus. (...) C'est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours."

Le récit s'étale sur les cinq jours qui précédent la cérémonie. Cinq journées décisives pour les personnages pendant lesquelles ils vont tenter de comprendre l'inconcevable et de se débarrasser de cette culpabilité, grâce à la parole qui libère, en exposant leur vérité. "Ne rien se dire qui ne soit pas franc."  Tous y trouveront une forme de consolation et de pardon. 

J'ai lu ce roman comme on se prend une grosse claque. C'est une oeuvre magnifique pour ne pas dire magistrale qui démontre à quel point il peut être difficile d'être le survivant. C'est un bel hommage à ceux qui ont combattu mais aussi à celles, qui sont restées à l'arrière; des femmes, des sœurs, des mères, qui, sans pourtant avoir participé aux combats, sont sorties de cette guerre tout aussi déglinguées. Et pourtant malgré leur doute, leur traumatisme, tous ces survivants ont trouvé suffisamment de force en eux pour rebondir et ont contribué à la renaissance de la nation,  Cette cérémonie du Soldat inconnu est le symbole d'un pays qui panse ses blessures individuelles et collectives autour d'une même commémoration où chacun cristallise son propre deuil.
Le fil conducteur, l'imbrication des histoires, tout est maîtrisé de bout en bout. Les tourments des personnages sont particulièrement bien décrits et fouillés. Le tout porté par une écriture sublime, subtile qui arrive à exposer l'indicible avec cette douceur percutante qui laisse le lecteur bouche bée. 
Un livre étonnant de vérité qui fera partie des inoubliables.