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jeudi 6 juin 2019

La poursuite du bonheur - Douglas Kennedy



Quelques infos:


Édition: Pocket
Date de parution: 2004
Pages: 774

Mon avis:


A l'enterrement de sa mère, Kate rencontre une dame âgée, élégante, qui lui raconte son histoire et celle de ses parents dans le New-York des années 50.

J'ai enchaîné les déceptions pendant cette lecture. Déjà, je souhaitais lire une histoire sur la période sombre du maccarthisme. Ce livre fait plus de 700 pages, les premières menaces qui planent sur les personnages n'apparaissent qu'à la page 480. Et ces 480 pages m'ont paru très longues. Cela aurait pu passer si j'avais réussi à apprécier les personnages. Mais impossible de m'identifier ou d'éprouver la moindre empathie pour eux. Je suis restée en dehors de leurs problèmes, leurs émotions qu'ils ont tendance à résoudre à coup de whisky. Leur rapport à l'argent m'a également dérangée, tout une page sur l'aménagement d'un appartement dont la cuisine a coûté tant de dollars, le canapé autant ainsi que la lampe de chevet et le napperon qui va avec... Je me serais cru dans un catalogue IKEA. C'est d'un ennui...
La romance m'a laissée de marbre. L'histoire de l'homme qui se satisfait d'une relation adultérine et de sa femme qui attend sagement à la maison ne parvient qu'à une accumulation de poncifs et n'a en rien fait vibrer ma petite fleur bleue.
Je ne sais pas trop quoi retenir de cette lecture que j'ai réussi à finir car, en déplacement, je n'avais que ça à lire. Peut être n'est ce pas le meilleur Douglas Kennedy que j'ai choisi.



jeudi 16 mai 2019

Les feuilles mortes - Thomas H. Cook



Quelques infos:

Édition: Gallimard Série Noire
Date de parution: 2008
Pages: 275

Mon avis:


Eric Moore mène une vie sans histoire auprès de sa femme Meredith et de son fils Keith âgé de 15 ans. Jusqu'au jour où la fille de ses voisins, Amy 8 ans, disparaît alors que son fils en avait la garde le temps d'une soirée. Très vite les soupçons se portent sur Keith, adolescent renfermé et taciturne, qui semble cacher bien des secrets. Eric se sent tiraillé entre sa position de père, prêt à tout pour protéger son fils et ses doutes sur son innocence.

Je ne suis pas vraiment fan du genre thriller, mais dès que le nom de Thomas H. Cook apparaît, c'est en toute confiance que je me plonge dans un de ses romans. Là encore, je n'ai pas été déçue. Comme à son habitude, le récit est raconté après les événements dramatiques qu'ont connu la famille Moore. Petit à petit, l'auteur tisse la toile de l'intrigue, les pièces du puzzle s'assemblent jusqu'à la révélation finale. L'originalité du récit vient du fait que l'histoire est racontée par le père du principal suspect. On assiste alors aux dommages collatéraux de cette tragique histoire de disparition. 

"Le soupçon est un acide. Il ronge tout ce qu'il touche. Il s'attaque à la surface des choses en y laissant une marque indélébile."

L'intérêt du roman se n'est pas l'enquête en elle même qui est d'ailleurs conclue assez rapidement mais du cheminement que fait Eric qui se met à douter de ses proches. Ses doutes et ses sentiments sont mis en avant. Comment concevoir que son enfant ait pu commettre l'irréparable? La mécanique bien huilée de sa famille parfaite et sans histoire s'enraye. Les non dits et les reproches apparaissent. Son propre passé resurgit et le conduit à une spirale autodestructrice et paranoïaque. 
Il y a peu d'action dans ce roman mais on y trouve une analyse approfondie des liens père/fils et du soupçon qui insidieusement ronge le cocon familial. 

"Qu'est ce que l'amour filial sinon aimer des gens que l'on n'aimerait pas?"

C'est un roman très sombre. Le mythe de la famille parfaite en prend un sacré coup. Le doute, omniprésent, rend l'atmosphère pesante.  Malgré les longs moments d'introspection du personnage principal, l'ensemble se lit sans ennui et s'avère même assez addictif. Comme Eric, le lecteur aimerait arriver à se positionner. Comme d'habitude, l'auteur flirte avec les genres: roman noir? Polar? Thriller? Roman psychologique? Un peu tout à la fois, ce roman se révèle être encore un coup de maître!





dimanche 28 avril 2019

Filles de la mer - Mary Lynn Bracht



Quelques infos:


Édition: Robert Laffont
Pages: 432
Date de parution: Février 2018


Mon avis:


       Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana 16 ans est une haenyeo, tout comme l'est sa mère et tout comme le sera sa soeur Emi, âgée de 9 ans. Ce sont des pêcheuses en eaux profondes et leur activité permet de nourrir la famille. Nous sommes en 1943. La Corée vit sous la domination japonaise depuis 1910. Un jour, Hana aperçoit un soldat japonais qui se dirige vers sa sœur. Pour la protéger, elle se laisse enlever à sa place et est envoyée jusqu'en Mandchourie où elle devient une femme de réconfort. Durant d'interminables journées, avec d'autres coréennes, elle est violée par les soldats japonais.
       Le récit alterne avec l'époque moderne où nous retrouvons Emi maintenant âgée de 77 ans. Depuis trois ans, elle participe aux manifestations à Séoul réclamant la reconnaissance par le Japon des crimes perpétrées contre ces femmes. Elle garde l'espoir de retrouver un jour sa sœur qui s'est sacrifiée pour elle.
      C'est un livre difficile, qui met en lumière un pan peu connu de l'histoire mondiale: les guerres d'Asie qui ont vu s'affronter le Japon, la Chine et la Corée du début du 20e siècle jusqu'en 1953. Longtemps restées silencieuses, ce n'est que récemment que ces femmes de réconfort ont osé prendre la parole et ont témoigné des atrocités qu'elles ont vécues. 
Hana est séparée de sa famille, de sa terre, perd son identité, sa culture et sait que tout retour est impossible car elle sera à jamais marquée du sceau de la honte d'être devenue une esclave sexuelle. Malgré tout, portée par une force de vie exceptionnelle, elle luttera pour sa survie dans des conditions atroces.
Emi a vécu toute sa vie sous le poids de la culpabilité. Elle cherche aujourd'hui à affronter son passé et faire le deuil de cette sœur disparue. 

      C'est un livre brutal et dérangeant. De nombreux passages difficiles ont rendu ma lecture pénible. Malgré tout, ce livre n'est pas dénué d'espoir. Ces femmes font preuve d'une force et d'un courage remarquables et résistent pour ne pas sombrer. Outre ces faits historique, j'ai découvert la culture coréenne et notamment celle des haenyeo, cette communauté de femmes fondée sur la connaissance de la mer et de la pêche en apnée. C'est cette identité qui permet à Hana de tenir, de ne pas oublier qui elle est. C'est également auprès des haenyeo, alors que sa famille a été brisée par la guerre, qu'Emi trouve du soutien.

       C'est un livre nécessaire, pour connaître et ne pas oublier, en mémoire de toutes ces femmes qui ont subi et subissent encore les horreurs de la guerre.




lundi 11 février 2019

Toute la ville en parle - Fannie Flagg



Quelques infos:


Édition: Cherche Midi
Date de parution: Février 2019
Pages: 512


Mon avis:


"L'auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l'histoire d'un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu'à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. et c'est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d'un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l'autre, si d'inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie et la mort, de cette paisible petite communauté."

Voici un roman atypique, le personnage principal de l'histoire étant une ville, Elmwood Springs. Nous assistons à sa sa naissance, sa croissance, son évolution, sous l'influence des événements locaux, parfois mondiaux. C'est un peu déstabilisant, il y a pléthore de personnages, difficiles parfois de s'y retrouver. L'auteur a choisi de balayer large, l'histoire se déroule sur plus d'un siècle traité en 500 pages, impossible de s'intéresser en profondeur aux événements et aux personnages. Le livre se construit également autour de la vie (!) dans le cimetière d'Elmwood Springs. Les morts se retrouvent, s'aperçoivent qu'ils peuvent discuter entre eux et connaissent, débarrassés de leur enveloppe charnelle et de ses défaillance, une forme d'allégresse. C'est amusant, cela donne une note fantastique à l'histoire. Même si l'auteur dans la dernière page invite le lecteur à s'interroger, l'au-delà n'est pas le vrai sujet du livre.

Malgré ces petits défauts, l'auteur nous emmène dans cette histoire fantasque et fantastique et fait d'elle une chronique sociétale. Les personnages se succèdent, ils connaissent leurs heures de gloire, leur lot de drame et contribuent au développement d'un monde qui devient celui que nous connaissons. La fine plume de Fannie Flagg traite les sujets avec malice, humour même mais sait se faire plus grave parfois. Dans les dernières pages, c'est la nostalgie qui prédomine. 

" Norma était sûre d'être la seule Américaine dépourvue d'une adresse électronique. Elle avait pourtant tenté de garder le contact avec de vieilles relations, mais elles n'appelaient plus, elles non plus. Le téléphone était passé de mode. Lorsqu'on avait besoin de s'adresser au service clientèle d'une entreprise, il fallait utiliser l'Internet. Si on avait la chance de pouvoir parler avec quelqu'un, votre interlocuteur vous répondait depuis l'Inde avec un accent impossible.
Cette solitude était pesante. Il manquait à Norma la compagnie des voix d'antan, quelques personnes avec qui discuter du bon vieux temps, avec qui rire et parfois pleurer."

Cette rapidité avec laquelle Fannie Flagg a traité certains événements (les deux guerres mondiales notamment) prend ici finalement tout son sens: le monde tel qu'il a été bâti et voulu par nos ancêtres a changé à une vitesse étourdissante et c'est finalement avec un peu de tristesse que j'ai refermé le livre, me demandant si la vie au côté de Lordor et Katrina au 19e siècle n'était pas plus chaleureuse que celle du 21 siècle... *

"Dans une grande ville, il est toujours agréable d'entretenir de bonnes relations avec ses voisins, de se montrer cordial et, de temps en temps, de boire un verre avec eux. Dans les petites communautés agricoles du Missouri, les voisins représentaient beaucoup plus que cela. On pouvait en préférer certains, mais de toute façon, on dépendant d'eux pour sa propre survie."


C'est le troisième livre de Fannie Flagg que je découvre ici après La dernière réunion des filles de la station service et Miss Alabama et ses petits secrets. Même si ma préférence va toujours au premier, j'a trouvé ma lecture plaisante. C'est une jolie histoire racontée avec brio.

Livre reçu lors d'une opération Masse Critique. Je remercie le site Babelio et les éditions "Cherche Midi" pour cet envoi!




* La vie au 19e siècle OK, mais avec le micro-ondes et la péridurale quand même! ;)

jeudi 11 octobre 2018

Danse avec les loups - Michael Blake



Quelques infos:


Édition: J'ai lu
Pages: 317
Date de 1ère parution: 1988

Mon avis:


Le lieutenant John Dunbar, après un acte héroïque sur le champ de bataille en pleine guerre de Sécession, choisit son affectation dans un poste reculé situé à la frontière de l'Ouest sauvage. Découvrant le fort abandonné, il se charge de le remettre en état. Ses journées sont rythmées par les travaux quotidiens, les rondes avec son cheval Cisco et les visites inattendues du loup "Deux bottes". Jusqu'au jour où des indiens Comanches tentent de lui voler son cheval. Il décide d'aller à la rencontre de ses hardis voisins. John Dunbar découvrira alors leur mode de vie, en harmonie avec la nature, fondé sur le respect de l'autre et le partage. Prenant alors conscience de la bêtise et de la cruauté de l'homme blanc, il se détachera progressivement de son ancienne existence, renonçant à ses devoirs de soldat pour partager la vie et le tragique destin des Comanches.

Comme beaucoup je pense, j'ai découvert le film avant le livre, dont le succès critique et public a marqué les années 90. La lecture du roman dont Kevin Costner s'est inspiré m'a permis de me replonger dans cette sublime histoire d'amour et de tolérance.

Si cela m'a permis d'éclaircir certains points qui m'ont échappé, je dois reconnaître que j'ai rarement vu un film aussi proche du roman dont il s'est inspiré. On retrouve quelques différences dans la chronologie, des Sioux à la place des Comanches (d'ailleurs pourquoi?) mais quasiment toutes les scènes ont été fidèlement retranscrites.

Pour autant, j'ai trouvé la lecture de ce roman parfaitement complémentaire. Il permet de saisir parfaitement le choc des cultures et l'évolution du lieutenant Dunbar. Dans un premier temps fidèle à ses devoirs de soldat, sa rencontre avec les Comanches ébranlera ses certitudes. Il soignera ses blessures à l'âme, meurtrie par la guerre, au contact d'un peuple à la vie simple, en harmonie avec la nature. Émerveillé par leur mode de vie, il se sentira enfin en accord avec lui même découvrant l'homme véritable qui vit au fond de lui: "Danse avec les loups".

"Il y a de nombreuses pistes dans cette vie, mais peu d'hommes sont capables de suivre celle qui compte le plus... même des hommes comanches. C'est la piste du véritable être humain. Je pense que tu es sur cette piste. C'est une chose que je suis heureux de voir. C'est bon pour mon cœur."

Néanmoins, le film réalisé par Kevin Costner garde ma préférence. Il mérite le qualificatif de "chef d'oeuvre" ce qui, de mon point de vue, n'est pas le cas du roman.
Je vous invite malgré tout à découvrir le livre, si comme moi, vous aimez comprendre la genèse d'une oeuvre.






mardi 11 septembre 2018

Toute la lumière que nous ne pouvons voir - Anthony Doerr




Quelques infos:


Édition: Livre de Poche
Date de publication: 2016
Pages: 697

Mon avis:



C'est en flânant entre les rayonnages d'une librairie que j'ai été attirée par la jolie couverture représentant une vue aérienne de Saint Malo. L'autocollant "Prix des lecteurs 2017" et la lecture du résumé ont achevés de me convaincre d'acheter ce livre.

Marie-Laure est française. Orpheline de mère, elle vit seule avec son père qui travaille au Muséeum d'histoire naturelle à Paris. Devenue aveugle, elle est poussée par son père à dépasser son handicap. Ingénieux, il s'évertue à créer maquettes et autres casse tête pour que Marie Laure adapte et développe ses autres sens. Poussés par la guerre à l'exode, père et fille se réfugient à Saint Malo où s'organise la résistance.
Werner est allemand. Il vit avec sa sœur dans un orphelinat où son seul avenir est de descendre à la mine comme les autres hommes de la région. Mais c'est un enfant curieux et dégourdi qui se passionne pour les radios, qu'il répare avec ce qu'il trouve lors de ses escapades autour du pensionnat. Son talent est remarqué par un officier allemand qui le pousse à intégrer une école des Jeunesses hitlériennes. C'est ainsi qu'il se retrouve, un peu malgré lui, sur le front à rechercher des émetteurs radios clandestins.

Ce roman alterne des chapitres courts basculant d'un personnage à un autre, d'une époque à une autre. Le style est incisif, percutant. Les phrases sont courtes, fragmentées. Les ellipses font travailler l'imagination du lecteur qui en ressort tout étourdi. Nos jeunes héros auront finalement vécu le bombardement de Saint Malo de la même manière. Werner est pris au piège dans une cave effondrée, Marie-Laure est privée de sa vue, et c'est à l'aide de leurs seuls sens encore efficients qu'ils essayeront de sauver leur peau.

Malheureusement, le style de l'auteur m'a parfois gênée. Le bombardement de Saint Malo est le fil rouge du roman. On y revient sans cesse entre deux chapitres consacrés à l'enfance des deux enfants. Et il y a une telle tension dramatique pendant cet épisode que j'ai trouvé cet effet "page turner" assez insupportable et un peu artificiel.

C'est dommage car j'ai vraiment été emportée par le tragique destin de Werner et de Marie-Laure, ces deux adolescents brutalement sortis de l'enfant en ces temps de guerre. Leur extrême maturité est particulièrement touchante et ne peut laisser indifférent. Du haut de leur seize ans, ils nous donnent une belle leçon de vie.

" Quand j'ai perdu la vue, on m'a dit que j'étais courageuse. Quand mon père est parti, on m'a encore dit que j'étais courageuse. Mais ce n'est pas du courage: je n'avais pas le choix. Tous les matins, je me réveille et je vis ma vie. Pas vous?"

Il y a également toute une galerie de personnages secondaires tout aussi attachants: le père de Marie-Laure, qui s'investit avec amour dans l'éducation de sa fille handicapée, son grand-oncle, devenu un peu fou après la première guerre mondiale et qui va peu à peu sortir de sa torpeur sous l'influence de la jeune fille...
Comme à chaque roman sur le sujet, le lecteur est amené à s'interroger. Qui fait vraiment la guerre? La guerre ne provoque-t-elle pas que des victimes?

"Tu sais qu'elle est la plus grande leçon de l'histoire? C'est qu'elle est toujours écrite par les vainqueurs. La voilà la leçon. Celui qui juge, c'est le vainqueur."


Au final, voilà un énième roman sur la seconde guerre mondiale qui a le mérite de renouveler le genre. Ce livre ne peut laisser indifférent. Loin d'y trouver le chef d'oeuvre vanté par la quatrième de couverture, j'ai trouvé cette histoire passionnante mais mal desservie par le style de l'auteur.




lundi 17 juillet 2017

Le Cercle - Dave Eggers




Quelques infos:


Edition: Gallimard
Date de 1ère parution: 2016
Pages: 511


Mon avis:


Mae Holland, 24 ans, vient de se faire engager par une entreprise informatique prestigieuse: Le Cercle. Elle intègre son siège californien et découvre, éblouie, les règles sociales appliquées par son nouvel employeur. Le siège de l'entreprise ressemble à un parc d'attraction où les employés ont accès à des salles de sport, ont un suivi médical rigoureux et peuvent tester les derniers gadgets. Au Cercle, il ne suffit pas de travailler, il faut également participer activement à la communauté en utilisant les réseaux sociaux; Relayer les infos, commenter, liker, suivre sa cote de popularité qui évolue selon son taux de participation. Jouant le jeu jusqu'à la démesure, Mae se fait remarquer et progresse rapidement au point de devenir une personnalité en vue. Appliquant à la lettre les consignes de son employeur, Mae s'éloigne de ses proches et devient l'instrument consentant d'une entreprise totalitaire.

Voici un roman de science-fiction qui fait froid dans le dos. C'est une version 2.0 de 1984 qui j'ai lu adolescente. Ici c'est le Cercle qui nous regarde, collectant les infos que nous laissons innocemment sur le net, croisant les données et obligeant les internautes à se dévoiler. Cette société semble idéale, plus de mensonges, accès à la connaissance illimité... Derrière des objectifs philanthropiques se cache une entreprise qui veut tout contrôler, tout aseptiser... Dave Eggers pousse son raisonnement à l'extrême: que deviendrait une société où l'on pourrait tout montrer, tout voir? Deviendrait elle un paradis où le mensonge, les mystères seraient bannis ou au contraire une tyrannie, où la norme devrait être respectée, où l'intimité serait bannie et considérée comme anormale? 
Les raisonnements sont simplifiés à l'extrême (si vous n'avez rien à vous reprocher, pourquoi vous cacher?), l'avis des masses met à mal notre libre-arbitre. La façon dont cette araignée tisse sa toile, prenant dans ses filets de simple concitoyens, puis des hommes politiques, puis des gouvernements entiers est terrifiante. 
Certains passages sont savoureux, les réactions de ses collègues lorsqu'elle oublie de commenter une de leur publication ou de participer à leur réseau donnent lieu à des scènes complètement absurdes.
Les entretiens entre Mae et sa hiérarchie sont remarquables. Une machinerie à broyer tout sens critique se met en branle alors même que les dialogues semblent bienveillants. Mae se fait manipuler sans même s'en rendre compte.

Même si ce livre connaît quelques longueurs et présente une piètre qualité littéraire, le propos est intéressant, instructif et a le mérite de faire réfléchir sur notre utilisation des réseaux sociaux et des données que nous laissons sur le net. 



vendredi 23 juin 2017

Mille femmes blanches - Jim Fergus



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 2000
Pages: 506

Mon avis:


En 1874, le chef Cheyenne Little Wolf rencontre le président Grant à Washington. Afin de réconcilier les deux peuples, il lui fait une proposition: mille femmes blanches contre mille chevaux. Selon lui, les enfants qui naîtront de leur union avec les indiens favoriseront l'intégration de tout un peuple au monde des Blancs. Officiellement, la proposition fut refusée. Mais en coulisse, le président et le conseiller trouvèrent quelques avantages à ce projet, notamment celui d'offrir une solution pacifique au conflit avec le peuple indien.
Comme il est difficile de trouver mille volontaires enthousiastes c'est dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques qu'un premier groupe de femmes est recruté et envoyé dans les Grandes Plaines auprès du peuple Cheyenne.
May Dodd est l'une d'entre elles. Internée de force dans un asile pour avoir eu des enfants hors mariage, elle subit pendant son hospitalisation des traitements inhumains. Ce projet est pour elle synonyme de liberté. 

"Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

A travers son journal intime, nous suivons son aventure. Avec elle, nous faisons connaissances avec les autres femmes qui ont toutes eu de bonnes raisons de partir vivre cette folie. Elle nous raconte son long voyage en train jusqu'aux Grandes Plaines, l'émotion de la première rencontre avec son nouveau peuple. Au fil des jours, elle et ses consœurs découvrent une nouvelle culture, une nouvelle langue. Bien loin des clichés qu'on lui avait inculqué sur ce peuple sauvage, elle en apprend les règles et découvre avec émotion une société plus simple et plus juste, respectueuse des êtres vivants et de la nature.

"Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible: je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau..."

Elle redécouvre auprès des Cheyennes la liberté dont elle a été privée et s'interroge sur le bien fondé de sa mission. Car derrière ce tableau idyllique se cache une réalité plus dure: le territoire Cheyenne attire la convoitise des Blancs. Elle prend alors conscience du piège qui se referme sur son peuple d'adoption.

C'est un roman fascinant. Déjà par sa description des us et coutumes du peuple Cheyenne. Sans aucun tabou, May nous fait part de son quotidien, des travaux dans le camp, la vie nomade, des rapports hommes-femmes et des relations, parfois violentes, avec les autres tribus. Malgré la barrière de langue, l'incompréhension mutuelle face à certaines habitudes, les femmes s’intègrent petit à petit et deviennent de véritables squaws. 

May est un personnage féminin comme je les aime. C'est une femme moderne. Elle refuse les codes de la société dans laquelle elle évolue et cela lui vaudra d'être internée. Malgré les épreuves, elle reste forte et fière. Dotée d'un cœur en or, elle regarde avec bienveillance son peuple d'adoption. Elle adopte parfois un certain détachement, ce qui lui permet, non sans ironie, de comparer sa vie d'avant et sa vie de squaw.

Basé sur des faits véridiques, l'auteur mêle habilement récit intime et récit historique. A travers la plume de May, il condamne la politique de l'époque; celle où l'on pouvait se servir des femmes comme d'une monnaie d'échange et celle qui proclamait la supériorité des blancs sur le peuple indien.

C'est un de ses romans que l'on oublie pas.  C'est un hommage aux grands espaces, à la vie proche de la nature et le témoignage du génocide dont a été victime le peuple indien. 

mardi 30 mai 2017

Miss Alabama et ses petits secrets - Fannie Flagg



Quelques infos:


Edition: Cherche midi
Pages: 435
Date de 1ère parution: Mai 2015

Mon avis:


Maggie Fortenberry, la soixantaine, est agent immobilier et travaille à Birmingham, Alabama. Un jour de Novembre 2008, ne trouvant plus aucun attrait à la vie qu'elle mène, elle planifie son suicide. Elle organise cet événement comme elle a toujours mené sa vie: avec méticulosité, en femme bien élevée, en essayant de ne froisser personne voire même en tâchant de leur faire plaisir en leur laissant ce qu'elle possède. C'est sans compter son amie Brenda qui lui demande de l'accompagner à un spectacle. Pour ne pas la vexer, elle décide de remettre son projet à la semaine suivante. Mais de jour en jour, d’événement improbables en rencontres inattendues, Maggie se laissera surprendre par l'imprévisibilité de la vie

Ce livre est une galerie de portraits essentiellement féminin dont je n'ai pas vraiment saisi la finalité. Autant dans son roman La dernière réunion des filles de la station service, derrière l'histoire d'une famille hors norme, transparaissait celle des pionnières de l'aviation, ici je n'ai pas compris où l'auteur voulait en venir. 
Certaines personnalités sont excessives. Babs l'agent immobilier, concurrente de la douce Maggie est exécrable et frise la caricature. Hazel, la patronne, naine, concentré de dynamisme et de générosité m'a paru peu crédible.
Dans le lot, seule la collègue Brenda m'a plu. Elle a un tempérament de gagnante et regarde devant tandis que Maggie ressasse sans cesse ses vieux souvenirs, ses heures de gloire lorsqu'elle était Miss Alabama. Je l'ai senti enchaînée par ses croyances, trop concentrée sur l'avis des autres. La majeure partie du livre se concentre sur ses états d'âmes. Chaque tentative de suicide avortée nous offre une plongée dans sa mélancolie, cela a fini par me lasser. En revanche, la façon dont elle organise son projet, qui l'oblige à racheter tout ce dont elle s'est débarrassée, donne lieu à des scènes assez hilarantes. Et le dernier tiers du livre laissant place à une petite intrigue se lit plus facilement. 
Mention spéciale à Leroy le bouc dont la trop brève apparition m'a bien fait rire.

C'est un livre que j'ai lu dans un contexte un peu particulier. Pour cause de travaux dans la maison, je ne me suis pas sentie à 100%. Peut être est-ce une des raisons pour laquelle je n'ai pas adhéré plus que ça à cette histoire.

jeudi 30 mars 2017

La cuisinière - Mary Beth Keane




Quelques infos:


Édition : Presse de la cité
Date de parution : janvier 2014
Pages: 401

Mon avis:


Quel destin tragique que celui de Mary Mallon! 
Cette immigrée irlandaise débarque à New York à la fin du 19e siècle. Travailleuse et déterminée, elle grimpe petit à petit l'échelle sociale et devient cuisinière pour des familles fortunées. Certains membres des familles dont elle s'occupe tombent malades mais quoi d'anormal dans cette ville surpeuplée et insalubre?
Cependant, un expert des autorités sanitaires mène l'enquête et fait le lien entre la présence de Mary aux cuisines et l'apparition de la thyphoide dans les foyers.
À cette époque, la notion de "porteur sain" est méconnue et lorsqu'il tente de lui expliquer qu'elle transmet la maladie en cuisinant, la farouche irlandaise refuse de croire ce dont on l'accuse. Se sentant persécutée et victime de préjugés  elle se rebiffe et c'est manu militari que Mary se retrouve en quarantaine sur l'île de North Brother au large de Manhattan où, isolée des siens, elle mènera un combat pour retrouver la liberté.

S'inspirant d'un personnage ayant réellement existé, l'auteur nous dresse le portrait saisissant d'une femme indomptable et obstinée. Sans aucun parti pris, elle nous raconte son histoire, de son arrivée à New York dans des conditions effroyables, jusqu'à son histoire d'amour avec Alfred, un homme oisif et alcoolique. 
Le lecteur comprend rapidement le danger que Mary fait courir aux familles pour qui elle cuisine. Mais j'ai été touchée par cette femme courageuse, qui ne peut comprendre une notion aussi abstraite que celle du porteur sain. Elle doit lutter, seule, sur plusieurs fronts. Les autorités ne prennent pas de gants avec elle. Les examens médicaux sont humiliants, elle vit dans la crainte de perdre un certain statut social qu'elle a mis tant de temps à acquérir. Elle est en lutte avec son destin, elle qui est entièrement dévouée à son travail et qui ne peut l'exercer sans répandre la mort autour d'elle. J'ai aimé la façon dont elle évolue, elle passe de la colère au déni puis à l'acceptation d'une réalité à laquelle elle ne peut échapper.

L'auteur évoque également des tragédies qui ont émaillées la vie de New York comme le naufrage du Général Soclum (1000 morts) ou l'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist. Le lecteur se trouve en immersion totale dans la vie New Yorkaise de l'époque. Au delà du portrait de Mary, elle dépeint les problèmes sanitaires, les difficultés de logement, les inégalités sociales, le pouvoir des journaux, mais aussi la solidarité qui règne entre les habitants des quartiers pauvres.
Passé le premier tiers, où les nombreux flash back m'ont posé quelques problèmes, la suite du roman est passionnante et les pages se tournent rapidement.


Bien écrit et richement documenté, ce livre me laisse la satisfaction d'avoir appris énormément de choses et je garderais longtemps le souvenir de Mary Mallon.



lundi 13 mars 2017

La vierge en bleu - Tracy Chevalier



Quelques infos:


Editions: De la table ronde (quai Voltaire)
Pages: 317
Date de parution: 2004

Mon avis:


Dans un premier chapitre, nous suivons l'histoire d'Isabelle qui vit dans les Cevennes à la fin du 16e siècle. Catholique, elle doit se convertir au protestantisme qui s'étend dans la région à cette époque. Contrainte d'épouser l'homme qui la mis enceinte, elle est rejetée par sa belle famille du fait de sa flamboyante chevelure qui évoque la vierge, pour qui elle voue en secret un culte. 
Dans le second chapitre, nous basculons dans le présent et nous faisons la connaissance d'Ella, une américaine qui a émigré en France, dans le Tarn, pour suivre son mari. Elle ne peut pour l'instant exercer son métier de sage-femme en France et l'adaptation est pour elle difficile. Elle se plonge alors dans l'histoire de sa famille, ses ancêtres ayant vécu à quelques centaines de kilomètres de là. 
Les chapitres alternent entre l'histoire d'Isabelle et d'Ella. C'est un voyage dans le temps où les deux destins des héroïnes s'entrecroisent. 
Malheureusement je n'ai pas du tout adhéré. Le récit est émaillé d'invraisemblances (la famille d'Isabelle se nourrit de pommes de terre, mais n'ont elles pas été introduites en France au 18e siècle?). Les français en prennent pour leur grade, c'est bourré de clichés, par exemple lorsqu'Ella s'achète une machine à laver et que les autochtones la regardent de travers (ce qu'ils sont rétrogrades dans le Tarn!) La partie contemporaine, avec sa bluette sentimentale peu transcendante, n'est pas plus convaincante que la partie historique, où l'histoire est suggérée plutôt que racontée laissant ainsi de nombreuses zones d'ombre qui ont suscité chez moi de nombreuses incompréhensions.
Une déception!




lundi 6 mars 2017

L'inconnue du quai - Mary Kubica


Quelques infos:


Edition: Mosaïc
Date de parution: 2016
Pages: 396

Mon avis:


Mary Kubica nous emmène dans le quotidien d'une famille aisée de Chicago. Zoé, la fille âgée de douze ans entre de plein pied dans l'adolescence et communique de plus en plus difficilement avec ses parents. Chris, bourreau de travail, s'éloigne de sa femme d'autant que sa superbe associée lui fait du gringue. Quant à Heidi, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession, toujours prête à secourir la veuve et l'orphelin. Elle travaille dans un milieu associatif qui vient en aide aux immigrés, à des années lumières des marchés financiers dans lesquels exerce son mari. 
Lorsqu'elle rencontre cette jeune fille accompagnée de son bébé âgé de quelques mois qui marche sous la pluie battante, c'est tout naturellement qu'elle lui vient en aide et qu'elle finit par lui proposer le gîte et le couvert. Pour quelques jours seulement assure-t-elle à ses proches, habitués à ses lubies. 
Mais aucun d'entre eux ne s'imaginent à quel point l'arrivée de Willow va rompre l'équilibre familial. Il y a danger, le lecteur le perçoit mais d'où vient il? Bien malin qui pourrait le deviner!
La narration à trois voix donne du rythme à l'histoire. Heidi, Willow et Chris évoquent tour à tour leur passé, les secrets douloureux, enfouis au fond d'eux même et qui brutalement vont remonter à la surface et vont faire l'effet d'une bombe.

Les premiers chapitres m'ont fait un peu peur, Chris et Zoé m'ont paru très stéréotypés. Mais je me suis laissée prendre au jeu d'une écriture simple et efficace. La tension monte crescendo.
Habilement, l'auteur assemble les pièces de puzzle pour façonner une intrigue qui fait froid dans le dos. Ce drame familial évoque des thèmes riches comme la maternité, le deuil, la maltraitance infantile, les relations de couple.

Deuxième opus de Mary Kubica, il s'agit pour moi d'une découverte intéressante et je me laisserai bien tenter par son premier livre "Une fille parfaite" qui a rencontré un grand succès en 2015.



jeudi 23 février 2017

L'éveil - Kate Chopin




Quelques infos:


Edition; Liana Levi
Date de parution: 1899
Pages: 210

Mon avis:


Le roman s'ouvre sur les vacances estivales de la famille Pontellier. Installés dans la pension de la famille Lebrun à Grand Isle où tous les notables de la Nouvelle Orléans, Edna, son mari et ses enfants passent un séjour rythmé par les baignades, les soirées musicales et les conversations.
Les jours s'écoulent, lentement... De nouveaux sentiments animent Edna. C'est "l'éveil". Elle ne supporte plus son existence de femme soumise à l'autorité d'un mari, certes aimant, mais épousé sans amour. Enchaînée par les carcans moraux de la société américaine du 19e siècle, Edna est en proie à une grande souffrance psychique où ces états d'âme ne suscitent que désapprobation et mépris de son entourage.
Elle trouve un exutoire à ses tourments dans la musique ou la peinture et les conversations avec Robert Lebrun, rencontré à la pension, qui éveillera en elle un sentiment méconnu: la passion. Au fil des pages, Edna devient de plus en plus tourmentée, tentant de se libérer de ses chaînes jusqu'à la perte finale de ses illusions.

Ce roman est considéré comme un chef d'oeuvre méconnu de la littérature américaine. J'ai compris pourquoi. Il est vrai que l'auteur fait preuve d'un grand talent pour rendre compte de l'ennui éprouvé par Edna coincée dans une vie qui ne lui correspond pas. Il transparaît à chaque page et à l'instar de l'héroïne je l'ai parfaitement ressenti! 
Edna m'a profondément agacé. J'ai vraiment cru qu'après la scène où elle apprend à nager, elle allait faire preuve de plus de volonté, mais non.... Elle reste passive. Ses tentatives d'émancipation deviennent des caprices d'enfant gâté. Elle ne va pas au bout de ses désirs, ce qui la rend superficielle et éternellement insatisfaite. 

Loin de m'avoir exalté, ce roman, heureusement court, m'a profondément ennuyé. Une déception!





Citations: 


La voix de la mer est séductrice: sans jamais se lasser, elle chuchote, gronde, murmure, invite l'âme à errer pour un temps dans des abîmes de solitude: à se perdre dans des dédales de contemplation intérieure. La voix de la mer parle à notre âme. La caresse de la mer est sensuelle, elle enveloppe le corps de sa douce étreinte.



jeudi 29 décembre 2016

Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur - Thomas H. Cook





Quatrième de couverture:


"Qu'allait faire Kelli sur le mont Crève-Coeur ce jour là? Qu'allait-elle chercher, seule dans la profondeur de ces bois"
Trente ans après le drame, Ben demeure obsèdé par l'image du corps de Kelli tel qu'il a été découvert sur la hauteur de ce mont où, jadis, l'on organisait une course de Noirs avant les enchères du marché aux esclaves.
Dans un de ces flash-back troublants tel que Thomas H. Cook maîtrise à merveille, le lecteur revisite avec Ben, ancien condisciple de la victime devenu médecin de campagne, les événements qui ont bouleversé la petite communauté blanche et conservatrice de Choctaw, Alabama, au mois de mai 1962.
Le meilleur ami de Ben le soupçonne toujours d'en savoir plus qu'il ne l'admet sur l'agression de la jeune beauté venue de Baltimore: Kelli a-t-elle été tuée parce que Todd, le bourreau des coeurs local, avait plaqué sa petite copine pour elle ou parce qu'elle soutenait la cause des Noirs dans le journal du lycée?

Quelques infos:


Edition: Seuil
Parution: Août 2016
Pages: 316

Mon avis:


L'histoire est racontée par un Ben vieillissant qui replonge dans ses souvenirs de cette terrible année 1962. Avec nostalgie et culpabilité, il se rappelle l'adolescent qu'il a été, épris de liberté.... 
Ça ne vous rappelle rien? 
Moi si. J'ai lu en Mars 2016 Au lieu dit Noir-Etang que j'avais adoré. Le style de Thomas H. Cook m'avait tellement emballé que je me suis promis de le suivre. 
Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur n'en est malheureusement qu'une copie. Ou plutôt une ébauche vu qu'il l'a écrit en 1995 alors que Au lieu dit Noir-Etang a été publié en 1997. (les publications en France ne respectent pas cette chronologie)
On y retrouve exactement les mêmes thèmes: l'adolescent solitaire qui se sent à l'étroit dans sa ville et qui découvre le sentiment amoureux, les dommages collatéraux du drame qui a secoué son lycée, les destins à jamais brisés, le temps qui passe, implacable....
Pour qui n'a jamais lu cet auteur, vous avez là un livre de qualité, les personnages sont bien travaillés, l'alternance du présent et du passé s'enchaîne sans lourdeur et le suspense est subtilement ménagé. Jusqu'au bout vous vous demanderez qu'elle est l'implication du narrateur dans l'agression de Kelli. Personnellement je n'ai guère été surprise puisque c'est la même ficelle que dans le livre cité précédemment.
Il y a malgré tout une révélation qui m'a étonné, mais que je n'ai pas crue et pour laquelle j'ai trouvé qu'il manquait des explications. 
Au final, j'ai clairement été déçue par cette lecture. Si Thomas H. Cook nous sert la même recette à chaque fois, je vais effectivement finir par me lasser. Dommage parce que j'aime beaucoup sa qualité d'écriture et la façon dont il met en lumière la psychologie de ses personnages.





Challenge Coupe des 4 maisons: Auror, un livre policier, 30 points





vendredi 23 décembre 2016

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffers et Annie Barrows




Quatrième de couverture:


Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivaine, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu natif de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cerlce littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Quelques infos:


Editeur: NIL
Date de parution: 2009
Pages: 391

Mon avis:


Ce livre m'a été offert, il y a quelques années de cela. J'en avais lu quelques pages, je n'avais pas accroché et j'ai remis sa lecture à plus tard. Et c'est beaucoup plus tard que je l'ai redécouvert, un peu oublié dans un carton. Cette fois-ci, le charme a opéré.

Le style épistolaire n'est pas facile à aborder. Pas le temps de faire connaissance avec les personnages que nous voilà déjà plongé dans leur intimité. Je crois que c'est ce qui m'avait rebuté lors de ma tentative de lecture inachevée. A ma deuxième lecture, je me suis aperçue que les auteurs avaient parfaitement maîtrisé cet exercice de style. Quel talent que de nous raconter une histoire à travers les échanges écrits des personnages, où ils évoquent leur caractère, leur goût, leur passé. Les scènes auxquelles nous ne pouvons pas assister sont retranscrites dans les lettres, tout cela dans une écriture au style délicieusement suranné. De fait l'immersion était totale et je me suis vraiment crue en 1946, à cette époque où le courrier était quasiment le seul lien entre les gens.

En 1946, l'Europe se relève, panse ses blessures, les gens réapprennent à vivre et à croire en l'avenir, cherchent le pardon. Cela doit être un de mes premiers livres sur le sujet, et j'ai apprécié de découvrir l'état d'esprit des personnages dans cet après guerre.

Dans leurs lettres, les habitants de Guernesey évoquent également l'occupation. C'est une partie de l'histoire que j'ignorais et effectivement quelle difficulté de vivre avec l'ennemi sur une si petite surface sans aucun échappatoire. Tout cela est raconté avec pudeur et dignité, sans jamais tomber dans le larmoyant même lorsque l'on apprend le tragique destin d'un des personnages.
J'ai également aimé la façon dont la lecture est mise en avant. Plus qu'une distraction lors d'une période difficile, l'amour des livres se transmet entre les différents habitants de l'île, il pousse les gens à se rencontrer.

A force de lire, de parler de livres et de nous disputer à cause d'eux, nous en sommes venus à nous lier étroitement les uns aux autres. D'autres insulaires ont voulu se joindre à nous et nos soirées se sont transformées en moments chaleureux et animés. A tel point que, de temps en temps, nous arrivions presque à oublier la noirceur du dehors.


On rajoute là dessus des petites touches d'humour ici et là, distillées par la personnalité lumineuse de Juliet, une petite histoire d'amour touchante et nous avons entre les mains un roman vraiment réussi, qui aborde de nombreux sujets dans lesquels chacun peut se retrouver.






Citations:


C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre. Cela fonction de manière géométrique, à l'infini, et c'est du plaisir pur.

Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais.

Quand mon fils Ian est mort aux côtés de son père, à El-Alamein, les gens qui me présentaient leurs condoléances ajoutaient souvent: "La vie continue", pour me réconforter.
Quelle bêtise me disais-je. Bien sûr que non elle ne continue pas. C'est la mort qui continue.
Ian est mort et il sera encore mort demain, l'année prochaine, à jamais. La mort est sans fin.
Mais peut-être y aura-t-il une fin à la tristesse.

Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez? Mon amie Sophie appelle cela des coïncidences, et Mr Simpless, mon ami pasteur, la grâce. Il pense que quand on aime profondément une personne ou une chose, on progette une énergie à travers le monde qui lui apporte "la fécondité".


Challenge Coupe des 4 maisons: Batteur, un livre écrit à 4 mains, 25 points

mercredi 21 septembre 2016

La dernière réunion des filles de la station-service - Fannie Flagg



Quatrième de couverture:


Point Clear, Alabama. Après avoir marié la dernière de ses filles, Sookie Poole aspire à un repos bien mérité. Elle aimerait se consacrer enfin à elle, à son couple, faire avec Earle, son mari, les voyages dont elle rêve. Mais elle doit encore compter avec sa mère, l’incroyable Lenore Simmons Krackenberry qui, à 88 ans, épuise les infirmières à domicile les unes après les autres. Si certains de ses coups d'éclat récents peuvent laisser penser qu'elle souffre de démence sénile, le diagnostic n'est pas aisé à établir car, toute sa vie, son comportement a été des plus excentriques.
Le jour où un mystérieux interlocuteur révèle à Sookie un secret de famille parfaitement inattendu, son existence vole en éclats, à commencer par ses rapports avec sa mère. Afin de comprendre qui elle est vraiment, Sookie va alors se mettre sur la piste d'une femme exceptionnelle, Fritzi qui, en 1940, tenait avec ses trois soeurs une station-service dans le Wisconsin. Le destin incroyable de Fritzi donnera-t-il à Sookie une nouvelle inspiration pour sa propre vie?

Pourquoi j'ai choisi ce livre:


J'ai vu passé ce titre de nombreuse fois sur le site Livraddict. Intriguée par le titre, le résumé m'a plu. Tout simplement....

Pourquoi j'ai aimé ce livre:


J'ai profité d'une journée sans enfant et sans conjoint pour dévorer ce livre. J'avais besoin d'un peu de légèreté après une lecture assez dense et ce roman est tombé à point nommé.
C'est une histoire bien sympathique, avec des personnages hauts en couleur comme je les aime. Il y a l'attachante Sookie qui mène une vie bien (trop?) tranquille auprès de son mari, sa mère, Lenor, dont les excentricités mènent la vie dure à sa fille, et Fritzi, dont le destin exceptionnel pendant la seconde guerre mondiale est raconté en parallèle. Cette alternance entre passé et présent est très bien construit et le secret qui unit les trois femmes est dévoilé au fil des pages.
J'ai été agréablement surprise, ce livre aborde beaucoup de thèmes: les liens familiaux, le jugement des autres, les mères "nocives" et surtout j'ai découvert l'existence des pionnières de l'aviation qui ont servi sous les drapeaux américains pendant la seconde guerre mondiale et qui ont essuyé les plâtres d'une société machiste qui a peiné à reconnaître le service qu'elles ont rendu à leur patrie.
L'écriture est légère pleine d'humour et l'auteur sait se montrer sévère quand elle aborde les difficultés de ses femmes pilotes d'avion.
Je découvrirai avec plaisir une autre oeuvre de cette auteur.

Citations:


Quand le jour où tes propres enfants te regardent avec d'autres yeux, où ils deviennent plus que tes enfants, mais des êtres à part entière, alors ça vaut la peine de supporter les rides et les kilos en trop.




Challenge Coupe des 4 maisons: Eclair de feu, lire + de 400 pages en une journée, 70 points


samedi 21 mai 2016

La couleur des sentiments - Kathryn Stockett


Quatrième de couverture:


Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolent Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié: moins encore la toléreraient. Pourtant, poussée par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

Pourquoi j'ai choisi ce livre:


Ce best seller a fait fureur dans la bibliothèque de mes amies, il était temps que je me plonge dans la lecture de ce roman.


Pourquoi j'ai adoré ce livre:


Comme l'histoire est racontée à trois voix, nous avons une vision d'ensemble de ce qu'était la ségrégation raciale aux Etats-Unis dans les années 60. Nous suivons les pensées des narratrices, et nous avons une idée de ce qu'était la vie d'une femme noire à l'époque, au service de famille blanche qui plus est. Nous découvrons d'abord Aibeleen qui en plus de s'occuper du ménage et de la cuisine, élève et éduque la fille de sa patronne, Mae Mobley âgée de deux ans. Bien trop occupée par ses mondanités et ses travaux de couture, sa mère la néglige complètement et Aibileen se charge de lui apporter l'amour maternel dont la petite est privée.
Vient ensuite Minny, une bonne forte en gueule qui vient de se faire renvoyer par la fille de sa patronne. Femme d'un ivrogne qui la bat régulièrement, elle est soutenue par son amie Aibileen qui l'aide à trouver une nouvelle place. La voilà arrivée chez Miss Celia, une jeune écervelée qui ne sait rien faire de ses dix doigts et qui a bien besoin d'aide pour entretenir sa maison. 
Et enfin, nous suivons Skeeter Phelan. Elle vient de finir ses études, elle retourne vivre chez ses parents. Elle se sent un peu en marge de la société de Jackson où l'objectif principal de toutes les jeunes filles de son âge est de trouver un bon parti. Elle, elle rêve de devenir écrivain.  
Elle prend alors contact avec une grande maison d'édition qui l'encourage à écrire un livre que personne n'oserait écrire. 
Nous sommes en 1962, sous l'influence de Martin Luther King, les esprits s'ouvrent et l'idée d'écrire un livre racontant le quotidien des bonnes noires au service des familles blanches germe dans son esprit. C'est ainsi qu'elle se rapproche d'Aibileen et de Minny, ouvrant les yeux avec stupéfaction sur le travail de ses femmes.

Une foule de personnages secondaires les entourent, Hilly Holbrook, symbole du conservatisme, détestable d'un bout à l'autre du roman, la "méchante" de l'histoire. Miss Leefolt qui suit aveuglément les conventions de son époque: se marier, avoir des enfants, avoir une bonne à son service, s'offusquer des idées intégrationnistes, tout ça sans la moindre jugeote ni aucun sens critique. Je n'ai pas du tout aimé ce personnage, la façon dont elle traite sa fille m'a bouleversé, rendant Aibileen d'autant plus sympathique. La mère de Skeeter est également un personnage antipathique, elle critique sans cesse sa fille sur son physique, ses choix, ses idées.... J'ai trouvé son évolution curieuse, un revirement total, un peu tiré par les cheveux à mon avis. J'ai eu aussi des difficultés à suivre Miss Celia, elle est désespérante, ne sait rien faire du tout, passe ses journées au lit, je me suis demandée ce que son mari pouvait bien lui trouver!

Par contre, j'ai aimé l'évolution des personnages principaux. Aibileen contient la rage qu'elle éprouve depuis la mort accidentelle de son fils. Rage contre sa patronne qui néglige complètement sa fille de 2 ans, contre la ségrégation dont sont victime les noirs, contre sa condition, elle qui était douée à l'école et qui aurait pu étudier si elle était née ailleurs ou à une autre époque. Elle trouve un exutoire à sa colère dans l'écriture de ce livre.
Les relations entre Minny et Miss Celia deviennent de plus en plus personnelles au fil des pages. Minny qui refuse de se laisser aller à tout sentimentaliste, pour qui montrer ses émotions est signe de faiblesse, finit par s'attacher à cette patronne qui peine à s'intégrer à la communauté de Jackson. 
Skeeter est le personnage qui évolue le plus dans cette histoire. L'écriture de ce livre la pousse à s'interroger sur la façon dont sont traitées les bonnes, elle ouvre les yeux et prend conscience de la ségrégation dont elles sont victimes. Elle ne fait pas qu'écouter les histoires, elle éprouve la même peur lorsqu'elle prend des risques pour rejoindre Aibileen en secret, elle vit ce même rejet lorsqu'elle perd petit à petit ses amies qui lui découvrent des idées intégrationnistes. Elle ressort grandie et libérée de cette histoire.

Grâce à ses trois personnages principaux, cette histoire est bouleversante, elle fait réfléchir à l'injustice. De belles valeurs sont mises à l'honneur: le courage, l'amitié, la tolérance, l'amour...
A lire sans hésitation!

vendredi 13 mai 2016

Le dernier message de Sandrine Madison - Thomas H. Cook



Quatrième de couverture:


Sam et Sandrine enseignent tous deux - elle l'histoire et lui la littérature - à l'université de Coburn, en Géorgie. La nuit où Sandrine succombe à un mélange de vodka et de Demerol, on peut croire à un suicide. Le comportement singulier de Sam lui vaut cependant d'être accusé du meurtre de sa femme, malgré l'absence de preuves. Aux première heures du procès, tout est envisageable: Sam semble sincérement effondré et, à l'entendre, Sandrine avait de bonnes raisons de vouloir mourir. Pour autant, il n'est pas impensable qu'il l'ait tuée: plusieurs témoignages éclairent l'affaire d'un jour nouveau qui ne lui est pas favorable. Les souvenirs de l'accusé, qui se déploient en contre-point des attaques du procureur et des arguments de l'avocat de la défense, brossent un paysage conjugal d'une extrême complexité, embrouillant le jugement du lecteur. Des deux conjoints, lequel a manipulé l'autre? 
Plus qu'un "roman de prétoire  Le dernier message de Sandrine Madison est, pour reprendre l'impeccable formule de Joyce Carol Oates "l'autopsie d'un mariage... mais aussi une histoire d'amour inattendue".

Pourquoi j'ai choisi ce livre:


 Au lieu-dit Noir-Etang a été un de mes coups de cœur de cette année. J'avais très envie de relire un livre de Thomas H. Cook en espérant y retrouver les mêmes qualités d'écriture et le même suspense que dans ce livre qui m'avait emballé. Mon choix s'est porté sur celui-ci, paru en 2013.

Pourquoi j'ai adoré ce livre:


Ce roman nous plonge dans le procès de Samuel Madison accusé d'avoir tué sa femme Sandrine et d'avoir maquillé son meurtre en suicide. Sa vie est alors exposée au grand jour dans ses moindres détails. Ils se sont rencontrés alors qu'ils étaient étudiants, des rêves plein la tête, elle souhaitait ouvrir une école et Sam voulait écrire un roman. Ils ont fait le tour de la Méditerranée, le voyage de leur vie, ils se sont mariés, ont eu une fille puis se sont installés dans la ville de Coburn en Géorgie où ils ont eu leur premier poste de professeur à l'université. Une histoire de couple banale me direz-vous... Sauf qu'entre Sam et Sandrine on parle plus d'histoire antique que de sentiments, de Shakespeare que d'émotions.
Nous suivons les pensées de Sam, ses certitudes, ses doutes. On déplore son manque de complaisance vis à vis de ses collègues, ses étudiants, sa maitresse... Chaque témoin appelé à la barre lui donne l'occasion de ressasser ses souvenirs et de les réinterpréter. C'est là toute la force de ce polar qui ne respecte pas les codes du genre. L'intrigue policière est simple: meurtre ou suicide ? Coupable ou innocent ? Qui a manipulé qui ? Mais ce n'est qu'un prétexte pour avant tout raconter l'histoire d'un couple dont l'amour s'est émoussé au fil du temps, au fur et à mesure que leurs rêves se sont éteints. Un homme et une femme qui ont fini par s'éloigner l'un de l'autre, jusqu'à une issue dramatique.
J'avoue avoir peiné le premier tiers du roman; ce couple qui, pour n'importe quelle phrase du quotidien, cite un auteur ancien avait tendance à m'agacer. Puis l'auteur a fini par m'emmener. Sous des dehors pédant et cynique, les failles de Sam apparaissent. Je me suis prise au jeu du procès anticipant les "objection votre honneur!" tout en déplorant, à l'instar de Sam, d'assister à un spectacle où le but du procureur est de faire condamner l'accusé et celui de l'avocat de la défense de le faire acquitter, peu importe la vérité .
La psychologie des personnages est extrêmement bien travaillée, celle de Sam bien sûr qu'on voit évoluer au fil de son procès mais également la personnalité de Sandrine qui se dévoile à travers les témoignages et au travers des souvenirs de Sam.
La révélation finale se trouve dans la toute fin du roman maintenant le suspense à son sommet jusque dans les dernières pages.
Il y a également beaucoup de références culturelles, peut être un peu trop...

J'ai encore été très emballée par ce livre et je n'hésiterai pas à me plonger de nouveau dans un livre de  Thomas H. Cook.

                                        Et vous, qu'en pensez vous ?

Citations :


- C'est une chose de jeter un coup d'œil dans le miroir, mais une tout autre de voir ce qui s'y trouve réellement.

- Plus encore peut-être que quelqu'un à aimer et qui nous aime en retour, nous avons besoin de quelqu'un à qui nous pouvons dire la vérité sur nous-mêmes, sans fard.

- Vivez ou mourrez, avait écrit la poétesse Anne Sexton, mais pour l'amour de Dieu ne gâchez pas tout.

- Avais-je lu, étudié, enseigné l'oeuvre de grands auteurs, des grands penseurs de ce monde, pour en être réduit à ne plus respecter ceux qui travaillent de leur main, et ce malgré la beauté et l'utilité des choses qu'il créaient.

mardi 26 avril 2016

Lucy in the sky - Pete Fromm



Quatrième de couverture:


Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l'âge adulte. Prise entre l'urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l'amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n'est pas aussi solide qu'enfant, elle l'a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère encore jeune, rêve d'une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d'une solide dose de culot, elle s'apprête à sortir pour toujours de l'enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l'équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes le couleurs à ceux qui l'aiment.
Dans un Montana balayé par les vents, c'est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à cœur perdu dans des aventures inoubliables.

Pourquoi j'ai choisi ce livre:


Il était exposé parmi d'autres sur une étagère de la bibliothèque. Le titre m'a interpellé et m'a fait penser immédiatement à la chanson des Beatles "Lucy in the sky with diamonds". Lorsqu'en lisant la quatrième de couverture j'ai découvert que l'héroïne s'appelait Lucy Diamond, je me suis dit que l'éditeur  avait bien réussi son coup!

Pourquoi ce livre m'a laissé un sentiment mitigé:


Nous suivons l'histoire de Lucy âgée de 14 ans qui vit avec ses parents dans une petite ville du Montana. Plus tout à fait une enfant, pas encore une adulte, elle navigue, à la recherche de repères entre ces deux états. Ses changements physiques la bouleversent et bouleversent ses rapports aux autres, notamment avec Kenny son ami depuis toujours. Son père est absent la plupart du temps, sa mère, démissionnaire, fait le strict minimum, pour sa bonne conscience. C'est seule qu'elle fait ses choix, qu'elle appréhende le monde des adultes qu'elle découvre construit sur des mensonges et sur du paraître.
J'ai trouvé ce livre particulièrement triste et violent. La transformation de Lucy se fait dans les cris, les larmes, les expériences plus ou moins heureuses. Sa personnalité est complexe, ses décisions difficiles à suivre. Tout va beaucoup trop vite, les changements physiques, son monde qui s'écroule. Ses parents loin de l'aider à se construire, la fragilisent plus que tout; son père ne la voit pas grandir, sa mère lui donne des responsabilités qu'elle n'a pas à assumer. Seul Kenny, lui même très fragile, lui apporte un semblant de stabilité.
La fin apporte une note d'espoir, mais reste tout de même un sentiment de tristesse en refermant ce livre.
L'écriture ne m'a pas emballée plus que ça. Certes, les répliques cinglantes de Lucy font parfois mouche mais dans l'ensemble aucune phrase ne m'a particulièrement enchantée, les mots ont comme glissé sur moi. Derrière ce livre de taille moyenne (392 pages) se cache en fait un gros pavé! Les chapitres, certes assez courts, sont écrits petits rendant l'ensemble assez dense.
Quand je lis les critiques trouvées sur le site de l'éditeur, certains libraires ont trouvé ce livre d'un humour incroyable! Je ne suis pas sûre d'avoir lu le même livre ou bien j'ai été complètement à côté de mes pompes cette semaine!
A noter que ce roman a été adapté au cinéma en 2013 mais à ma connaissance il n'a pas été diffusé en France.

Et vous, qu'en pensez vous?

lundi 28 mars 2016

Au lieu-dit Noir-Etang - Thomas H.Cook




Quatrième de couverture :


Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, en 1926, le jeune Henry découvre la relation adultérine qu'entretiennent deux de ses professeurs. La solitude de M. Reed, marié et père de famille, l'intrigue;  tout comme le fascine la beauté et le caractère passionné de Mlle Channing. Henry va être le témoin complice et muet de la tragédie qui se noue au lieu maudit appelé Noir-Etang.



Pourquoi j'ai choisi ce livre:


Rien d'exceptionnel, un jour la couverture est apparue sur mon mur sur Pinterest, le titre m'a intrigué, la quatrième de couverture également.... 


Pourquoi j'ai adoré:


L'histoire est racontée par un Henry vieillissant qui replonge dans les souvenirs de cette terrible année 1927. Avec nostalgie et culpabilité il se rappelle l'adolescent qu'il a été, épris de liberté, aspirant à vivre passionnément, bien loin de cette ville à la morale étriquée et de cette famille conventionnelle.
Il va être le témoin de la rencontre entre Mlle Channing, jeune femme libre, belle et indépendante, et de M. Reed, être énigmatique, ombrageux, blessé par la vie... Entre eux deux va naître une passion qui va enflammer l'imagination d'Henry, voyant dans ces deux être les héros romantiques, symboles de la liberté dont il a toujours rêvé. Jusqu'au drame...
Roman haletant, extrêmement bien construit. L'auteur ne s'est pas contenté de nous raconter le drame qui s'est noué à Noir-Etang. Il nous parle aussi de nostalgie, de relation père-fils, d'adolescence... 
La construction de ce roman est originale, dès le départ on sait qu'il s'est passé quelque chose de tragique, on connaît les responsables mais le reste nous échappe. L'intrigue est dévoilée de manière détournée, lentement, pages après pages, distillée à petite dose jusqu'au point final 
C'est terriblement efficace!

Citations:


"Une phrase me frappa à jamais: La vie ne vaut d'être vécue qu'au bord de la folie. Je me souviens qu'une exaltation farouche gonflait mon cœur à mesure que je lisais et relisais cette phrase dans ma chambre, et qu'il me semblait qu'elle illuminait tout ce que j'avais ressenti jusqu’alors. Aujourd'hui encore, je suis frappé de constater que nulles ténèbres n'avaient jamais surgi d'une flamme aussi vive."

"Je connaissais parfaitement l'idée que mon père se faisait du bonheur, les satisfactions qu'il signifiait pour lui: une vie marquée par des événements prévisibles et de faible portée, étriquée et sans inspiration, pâle compensation aux aspirations plus profondes et plus insistantes qui devaient bien le tenailler de temps à autre"

"L'art c'est comme l'amour; c'est tout ou rien"

"Pour être peintre ou sculpteur, dit-elle, il faut modifier ses sens. Les inverser de façon à voir avec les doigts, et à toucher avec les yeux"

"Un amour ne peut naître que d'un amour qui se meurt"

"Durant les années qui ont suivi, j'ai considéré que l'affaire de Chatham School était (...) une chose qui avait fleuri brièvement, exhalé un parfum exquis puis, en instant déchirant, tout réduit en cendres" 



Et vous, qu'en pensez vous?