mercredi 20 mars 2019

Bob et Marley - Dedieu et Marais



Quelques infos:


Édition: Seuil jeunesse
Date de parution: 2015
Âge conseillé: 2-5 ans
Nombre de tomes: j'en ai référencé 10...

Mon avis:


Voici deux lointains cousins du Petit Ours Brun. Bien plus impertinents et donc bien plus drôles aussi. Nous avons découvert ces deux personnages à la médiathèque et depuis nous sommes fans!
Il y a Bob, petit, mal dégrossi, souvent grognon et Marley, le grand, taquin et enjoué.


Ce duo improbable se retrouve dans des situations drôles, toutes simples, qui mettent en avant leur différence de caractère mais au final, c'est toujours leur amitié qui gagne. Belle leçon de tolérance.

Je vous présente ici, un de mes tomes préférés, "La nuit" qui traite avec humour des angoisses nocturnes. Bob n'arrive pas à dormir, il a peur que le soleil ne se lève pas. Pour cela, Marley lui conseille de surveiller l'arrivée du soleil, mais évidemment Bob, ne tient pas jusqu'au bout de la nuit... La suite de l'histoire est particulièrement amusante, mais chut, je ne dirai rien ici et je vous laisse la découvrir par vous même.










Le texte et les illustrations sont très simples, d'autant plus rigolotes car juste un froncement de sourcil ou une moue circonspecte arrivent à faire passer le message et déclencher l'hilarité!

Ces deux copains sont vraiment attachants. Malgré leurs défauts et leurs différences, leur complicité nous offre une belle leçon d'amitié.
Une série à suivre....

Voici ma participation pour le rendez-vous hebdomadaire "Chut les enfants lisent" du blog Devine qui vient bloguer


mardi 19 mars 2019

Le chagrin des vivants - Anna Hope



Quelques infos:


Édition: Gallimard
Date de parution: 2016
Pages: 384

Mon avis:


Londres, en novembre 1920. Deux ans après la signature de l'Armistice, l'Angleterre attend l'arrivé du Soldat inconnu dont la dépouille a été rapatriée depuis la France pour une cérémonie en grande pompe. Hommage nécessaire pour la nation toute entière qui est encore sous le choc des ravages provoqués par la grande guerre et pour laquelle elle a payé un lourd tribut. Mais en dessous de ce drame national, se cachent des drames personnels souvent secrets, cachés derrière l'Histoire. 
Il y a Ada, une mère qui pleure son fils. Sans corps autour duquel se recueillir, elle doute de sa mort et croit le voir partout.
Il y a Evelyn, qui a perdu son fiancé, qui n'est que colère et amertume.
Et enfin, Hettie, 19 ans, dont le frère est revenu de la guerre, tel un fantôme. C'est sur ses frêles épaules que repose désormais la responsabilité de faire vivre la famille. Elle est jeune, aimerait plus d'insouciance et de légèreté. Elle aspire à vivre tout simplement.

"Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose?
Pas seulement lui. Tous autant qu'ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grand chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie. (...) La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang?"

Il y a aussi les hommes. Ed, revenu de la guerre indemne de blessures physiques et qui panse ses blessures morales à coup de whisky. Rowan ancien soldat qui tente de faire vivre sa famille en vendant des babioles de maison en maison....

Tous ces personnages ont un point commun: il sont rongés par la culpabilité. Celle de n'avoir pas pu protéger ceux qu'ils aimaient, celle d'être vivant et de vouloir vivre ou celle d'avoir survécu. 

"Et quoi qu'on puisse en penser ou en dire, l'Angleterre n'a pas gagné cette guerre. Et l'Allemagne ne l'aurait pas gagnée non plus. (...) C'est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours."

Le récit s'étale sur les cinq jours qui précédent la cérémonie. Cinq journées décisives pour les personnages pendant lesquelles ils vont tenter de comprendre l'inconcevable et de se débarrasser de cette culpabilité, grâce à la parole qui libère, en exposant leur vérité. "Ne rien se dire qui ne soit pas franc."  Tous y trouveront une forme de consolation et de pardon. 

J'ai lu ce roman comme on se prend une grosse claque. C'est une oeuvre magnifique pour ne pas dire magistrale qui démontre à quel point il peut être difficile d'être le survivant. C'est un bel hommage à ceux qui ont combattu mais aussi à celles, qui sont restées à l'arrière; des femmes, des sœurs, des mères, qui, sans pourtant avoir participé aux combats, sont sorties de cette guerre tout aussi déglinguées. Et pourtant malgré leur doute, leur traumatisme, tous ces survivants ont trouvé suffisamment de force en eux pour rebondir et ont contribué à la renaissance de la nation,  Cette cérémonie du Soldat inconnu est le symbole d'un pays qui panse ses blessures individuelles et collectives autour d'une même commémoration où chacun cristallise son propre deuil.
Le fil conducteur, l'imbrication des histoires, tout est maîtrisé de bout en bout. Les tourments des personnages sont particulièrement bien décrits et fouillés. Le tout porté par une écriture sublime, subtile qui arrive à exposer l'indicible avec cette douceur percutante qui laisse le lecteur bouche bée. 
Un livre étonnant de vérité qui fera partie des inoubliables.



jeudi 14 mars 2019

Les amants du presbytère - Marie Bernadette Dupuy



Quelques infos:


Édition: Calmann Levy
Date de parution: Février 2017
Pages:  318


Mon avis:


En 1849, la ville de Saint Germain de Montbron en Charente est en ébullition. Son ancien curé ayant été défroqué, un nouveau prêtre a été nommé et vient s'installer au presbytère. Il s'agit de Roland Charvaz. Mais celui-ci ne vaut guère mieux que son prédécesseur. Bien plus préoccupé par les charmes féminins que par les confessions de ses fidèles, il remarque la jolie femme du docteur. Mathilde s'ennuie dans sa vie étriquée de bourgeoise de province et rapidement, elle succombe au charme du prêtre. Entre deux sermons, les deux amants se retrouvent lors de rendez-vous clandestins pour vivre leur passion. Jusqu'au jour où leur secret est menacé. Le couple fomentera alors un plan diabolique...

Attirée par la jolie couverture, cette histoire de couple criminel, inspirée d'un fait réel, m'a intriguée. La première partie du livre manque cependant de rythme et de profondeur. La psychologie des personnages est un peu simple, mal travaillée. Celui de Mathilde notamment, manque de complexité et apparaît comme un femme frivole et pas très futée. Le prêtre Charvaz est décrit comme le grand méchant de l'histoire, avec son côté manipulateur et possessif. Leur relation m'a déplu, Mathilde est trop soumise, il y a un rapport de dominant/dominé qui met mal à l'aise. Finalement, avec de tels protagonistes, le drame apparaît comme inéluctable.
La deuxième partie est plus intéressante, l'enquête, les commérages, le procès. Le rythme s'accélère et je me suis pris au jeu des spéculations sur le destin de Mathilde et de Roland.

Lu en deux jours pendant un week end tempétueux, j'ai été un peu déçue par ce roman. L'écriture est trop simple et manque d'envergure pour réellement nous emmener dans cette passion qui lie Mathilde et Roland. Heureusement la deuxième partie relève l'ensemble, je me suis sentie plus concernée par le devenir des personnages. C'est avec tristesse que j'ai refermé ce livre, pensant à cette pauvre Mathilde qui rêvait d'amour et qui s'est fourvoyée dans une relation qui n'avait rien de romantique au risque de perdre sa famille... quel triste destin! 






mardi 12 mars 2019

Une histoire à grosse voix - Emile Jadoul



Quelque infos:


Édition: École des loisirs
Date de parution: 2018
Pages: 24
Âge: 3 à 6 ans

Mon avis:


C'est l'heure d'aller dormir. Léa, Gaspard et Gaston, trois adorables grenouillettes réclament à leur papa une histoire. Mais pas n'importe quelle histoire.... Une histoire à GROSSE VOIX!
De celle qui, faut le reconnaître, vous file un peu les chocottes!

Le papa accepte, s'échauffe la voix et commence à raconter l'histoire de sa plus belle et grosse voix.... Mais voilà, finalement, Léa, Gaspard et Gaston se demandent si c'est vraiment une bonne idée....





Voilà un petit album sympathique qui joue sur la peur de s'endormir, les rituels du coucher, la complicité des enfants et de leurs parents autour de la lecture au moment d'aller au lit. Avec une grosse ou petite voix, peu importe, l'important c'est de passer du temps ensemble. 

Les parents lecteurs s'amuseront à faire leur plus grosse voix tandis que les enfants feront semblant d'avoir pas peur.... enfin un petit peu quand même!


C'était ma participation pour le rendez-vous hebdomadaire Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer

La vie solide, la charpente comme éthique du faire - Arthur Lochmann



Quelques infos:


Édition: Payot
Date de parution: Janvier 2019
Pages: 202


Mon avis:


Arthur Lochmann a abandonné ses études de philosophie et de droit pour devenir charpentier. Cet ouvrage est le récit de son apprentissage. Fils de maçon, c'est parce qu'il avait besoin d'un gagne-pain qu'il a commencé un CAP. Au final, ce métier lui a appris bien plus, et lui a permis de trouver des repères.

"Si je travaille régulièrement sur des chantiers de charpente depuis dix ans, je ne suis pas "devenu charpentier" au sens où l'on endosse une identité et pratique un métier pour le reste de son existence. Mais en développant un rapport productif à la matière, en apprenant à inscrire mes actions dans la durée, en adoptant l'éthique artisanale du bien faire, j'ai trouvé des clés pour m'orienter dans notre époque frénétique."

L'auteur aborde ici tous les aspects du métier de charpentier, qu'ils soient techniques, historiques mais aussi sociologiques et même philosophiques. La charpenterie nécessite un engagement total du corps et de l'esprit, les outils deviennent des prolongements de la main, le geste et l'intellect sont intimement lié. Le rapport au temps est différent, les gestes s'inscrivent dans la durée, dans ceux des charpentiers prédécesseurs et pour plusieurs siècles à venir. La transmission du savoir est essentielle où "les savoir-faire constituent un trésor immatériel qui appartient à toute la société. Chaque ouvrier en est le dépositaire temporaire. A ce titre, sa responsabilité est de la faire vivre en le transmettant."
Il y a un autre aspect de remarquable dans ces métiers c'est la satisfaction du travail bien fait liée "au fait que l'on se sache hautement responsable de son travail. Et cet engagement est d'autant plus fort que les savoir-faire mis en oeuvre sont nombreux, précis et difficiles à acquérir: on se sent d'autant plus auteur d'un ouvrage que l'on a la main sur sa qualité."

Son récit est émaillé d'anecdotes personnelles ou sur le métier en général, parfois amusantes, tout le temps instructives!

"Un adage lumineux, que l'on entend souvent sur les chantiers, guide le travail des charpentières et des charpentiers. C'est une règle toute simple selon laquelle il faut orienter la partie du bois la plus stable vers le haut, dans la direction des contraintes. Quatre mots, qui en disent long sur le métier de charpentier: le cœur au soleil."


C'est un ouvrage étonnant, riche, écrit avec passion. L'auteur livre là une belle réflexion sur les métiers d'artisanat dont il fait l'éloge, comme une réponse possible aux défis de l'époque moderne.
Merci à Babelio et aux éditions Payot-Rivages pour cet envoi!





"Dans un ouvrage majeur de l'anthropologie, Le Geste et la Parole, André Leroi-Gourhan a montré que le développement de la main et celui de l'intelligence ont été concomitants dans l'évolution de l'espèce humaine. Pour résumer: un aspect caractéristique de l'être humain, c'est sa bipédie permanente et parfaite. Le fait de ne plus marcher sur les mains les a libérées de leur fonction de locomotion et, ce faisant, a ouvert la possibilité du geste. Du même coup, la bouche s'est trouvée libérée de la fonction de préhension qu'elle assumait lorsque les mains servaient au déplacement. Elle a ainsi pu détourner ses mouvements naturels d'ouverture et de mastication pour les mettre au service de l'articulation, c'est-à-dire de la parole et du langage. Ce n'est donc pas l'intelligence de l'être humain qui l'a fait se relever, mais parce qu'il s'est relevé qu'il a pu développer son intelligence - manuelle et linguistique."

mardi 5 mars 2019

Cornebidouille - Pierre Bertrand et Magali Bonniol



Quelques infos:


Édition: École des loisirs
Date de 1ère parution: 2003
Nombre de pages: 31
Âge recommandé: 4-7 ans

Notre avis:


Connaissez-vous Cornebidouille? Si non, vous êtes le genre d'enfant sage à toujours finir son assiette de soupe. Si, comme Pierre, vous préfériez aller vous coucher le ventre vide plutôt que de manger de la soupe, alors peut-être avez vous rencontré l'affreuse sorcière Cornebidouille. Celle-ci vient dans la chambre des enfants difficiles pour leur faire peur. 
Sauf que Pierre n'est pas tout à fait un enfant comme les autres. Malicieux, un brin impertinent, la rencontre avec Cornebidouille ne va pas se passer comme prévu et Pierre donnera du fil à retordre à la sorcière.


Voici un classique de la littérature jeunesse, dont le succès ne se dément pas. C'est évidemment très drôle. Les phrases répétitives sont reprises par ma Crevette qui déclame à l'envi "Nan, j'veux pas!". Les dialogues entre Pierre et Cornebidouille sont certes, légèrement irrévérencieux, mais tellement drôles!

"Alors, crotte de fourmi, est-ce que je te fais peur?"
"Nan, mais vous avez un gros derrière!"
"Comment?"
"Une langue de vipère!"
"Comment?"
"Le nez plein de vers de terre!"
"Comment?"

Quant aux illustrations, elles accompagnent à merveille le comique de la situation, avec une Cornebidouille encore plus affreuse que nature. (Et oui, je l'ai rencontrée! ;) )



Nous retrouvons les aventures de Pierre et de Cornebidouille dans 3 autres albums, tout aussi réussis:
- La Vengeance de Cornebidouille
- Cornebidouille contre Cornebidouille
-Gloups, j'ai mangé Cornebidouille
Et on ne s'en lasse pas!

Certes, ne comptez pas sur cette série pour que votre enfant se mette à adorer la soupe, mais par contre, le fou rire partagé est garanti!


Article partagé dans le cadre du rendez-vous "Chut les enfants lisent" du blog Devine qui vient bloguer.

jeudi 28 février 2019

La maison des hautes falaises - Karen Viggers



Quelques infos:


Édition: Le livre de poche
Date de parution: Mars 2017
Pages: 507

Mon avis:


Lex Henderson vient s'installer à Merrigan, une ville perdue sur la côte est de l'Australie où il est venu se reconstruire après un divorce douloureux. 
Callista est native du coin mais reste en marge de la communauté. Elle aussi traîne ses casseroles. Artiste-peintre, elle vivote en vendant des toiles sans âme au marché de Merrigan. 
C'est là qu'ils se rencontrent,se rapprochent et se devinent dans leurs blessures respectives qu'ils tentent de dissimuler. Au milieu de cette nature sauvage où les journées sont rythmées par le bruit de l'océan, Lex et Callista entament un long processus de résilience et tenteront de faire de nouveau confiance en l'avenir.

La lecture de ce joli roman offre un dépaysement garanti. Sous les yeux de Lex et de Callista, la nature offre un merveilleux spectacle parfois apaisant, parfois destructeur. Tout est finement décrit: on entend l'océan, le chant des baleines, on sent les embruns et la force du vent.... L'auteur nous fait l'historique de la chasse à la baleine dont elle dénonce les conséquences sans juger les motivations des baleiniers qui voulaient juste nourrir leur famille.

"Lex scrutait ces hommes et rien dans leurs visages ne lui expliquait leurs choix. C'étaient les traits d'hommes normaux. Des hommes qui luttaient pour survivre à une époque difficile. Ils ressemblaient à n'importe qui travaillant  au soleil avec une pelle, ramant sur un bateau, labourant un champ pour se faire de l'argent. Ils ressemblaient à des gens ordinaires qui avaient des familles, qui mangeaient, buvaient, transpiraient, travaillaient dur, craignaient, souffraient. Il aurait pu être n'importe lequel d'entre eux q'il avait vécu à leur époque, dans leur ville, dans leur situation. Aucun d'eux n'avaient l'air d'un démon. Ce n'était pas des assassins sanguinaires qui aimaient donner la mort. Mais des hommes qui faisaient leur boulot. Et un boulot sacrément difficile."

Karen Viggers nous emmène dans la vie de la petite communauté de Merrigan avec ses célébrités locales, ses événements incontournables mais surtout cette solidarité indispensable lorsque les éléments se déchaînent. 

J'ai eu un faible pour Lex, j'ai aimé le contact qu'il avait avec la nature, la façon dont il se remettait en cause et sa lente reconstruction au contact des éléments. Pour ce qui est de l'histoire d'amour, celle-ci m'est apparue secondaire, le jeu du chat et de la souris entre Lex et Callista a même fini par me lasser. 

J'en suis d'ailleurs amusée. J'ai trouvé dans ce livre des choses que je ne suis pas venue chercher: une belle galerie de personnages secondaires, une évocation sublime de la nature et des éléments et un troisième personnage principal auquel je ne m'attendais pas: la baleine qui est magnifiée dans ce récit. Ce roman m'a donc offert une belle surprise et je le recommande chaudement

"Il y a cette étrange idée que les baleines sont le symbole de tout ce qui est grandiose et beau sur terre. Tout ce qui est sauvage et libre. Je ne sais pas d'où ça vient. Cela n'a rien de rationnel. C'est peut-être parce qu'elles sont gigantesques, parce qu'on ne les voit pratiquement jamais. Et si, par bonheur, on les aperçoit, c'est toujours une rencontre incroyable..."