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jeudi 20 juin 2019

Les fiancées du Pacifique - Jojo Moyes



Quelques infos:


Édition: Le livre de poche
Date de parution: 2010
Pages: 626

Mon avis:


Nous sommes en 1946, le monde panse ses plaies après la deuxième guerre mondiale. En Australie, des milliers de femmes attendent de pouvoir rejoindre leurs maris anglais, des soldats épousés à la hâte pendant la guerre. Le 2 Juillet, deux cents cinquante cinq d'entre elles sont embarquées dans le porte-avion Victoria pour rejoindre leurs époux. Accompagnées d'un millier de soldats qui raccompagne le valeureux navire à son port d'attache, ces femmes vont traverser le Pacifique, en route pour un nouveau destin.

Après un début un peu poussif (une trentaine de pages, rien d'insurmontable!) où le récit peine à se mettre en place, j'ai vite été captivée par l'histoire de ces femmes qui quittent leur terre natale pour rejoindre un homme qu'elles ont eu peu de temps de connaître et qu'elles ont épousé pendant cette période trouble. Le livre s'attache à nous décrire la vie de quatre d'entre elles: il y a Jean, âgée de 16 ans qui espère trouver en Angleterre une famille aimante, Frances, la mystérieuse, peu bavarde, elle semble cacher un lourd passé, Margaret, enceinte jusqu'au cou et Avice, de la haute société, imbue de sa personne. L'auteur nous dépeint également la vie des soldats à bord, leurs espoirs, leur joie et étonnement leur peur de rentrer au bercail et de retrouver une vie normale après la guerre.
Ces personnages se croisent, se soutiennent, s'évitent, s'attirent, se repoussent.... La traversée n'est pas de tout repos dans cet espace confiné et les caractères se révèlent au rythme des moteurs poussifs du vieux porte-avion.
De cette histoire vraie, Jojo Moyes a su nous raconter une jolie histoire. A chaque début de chapitre, un extrait d'un article, d'un rapport ou d'une lettre témoignent du contexte de l'époque. Les liens qui se créent, amicaux ou amoureux, sont racontés tout en pudeur et en finesse. Le récit se fait parfois ironique, c'est un choc pour ses femmes, parfois frivoles de se mettre aux us et coutumes militaires mais également pour ces hommes qui vont revoir leurs préjugés.
Avant tout, Jojo Moyes met en avant le courage de ces femmes qui vont droit vers l'inconnu, retrouver un homme à peine connu pour une nouvelle vie loin des leurs, un sacré pari sur l'avenir. Après tant de vies bouleversées par la guerre, elles croient au bonheur à l'autre bout du monde.

Une bien jolie histoire très bien racontée!



vendredi 14 juin 2019

Les mains du miracle - Joseph Kessel


Quelques infos:


Édition: Folio
Date de parution: 1960
Pages: 400

Mon avis:


Felix Kersten est un médecin finlandais d'origine hollandaise spécialisé dans les massages. Son excellente réputation lui vaut d'être recruté par Henrich Himmler, bras droit d'Adolf Hitler, terrassé par d'affreuses douleurs de l'estomac. Profitant des périodes de soins qu'il délivre au chef nazi, il réussit à influencer certaines décisions d'Himmler et sauva ainsi des milliers de vie.

Joseph Kessel nous livre ici la biographie d'un personnage peu connu de la seconde guerre mondiale Cet homme de l'ombre suscite l'admiration. Déjà par son art: celui des massages, des mains guérisseuses qui semblent pouvoir soulager tous les maux. Son intelligence et sa sagacité lui évitent de passer la ligne rouge. Il arrive à déjouer les pièges tendus par les proches d'Himmler qui voient d'un mauvais œil la relation privilégiée qui le lie à ce médecin. Et surtout, il arrive à rester fidèle à ses principes, durant cette période trouble où il fallait faire des choix: Résister? Participer? Fermer les yeux? Une mauvaise décision pouvait vous emmener directement dans un camp de la mort. Ici, il surmonte sa peur, son dégoût et ne fuit pas devant ses responsabilités. Il soigne, peu importe le patient mais pour rester fidèle à son humanité, il oeuvre dans l'ombre. Habilement, il arrive à convaincre Himmler pendant ses moments de faiblesses à épargner des vies: quelques unes pour commencer, puis des trains entiers.

Cette biographie est également l'occasion de se plonger dans les coulisses du régime d'Hitler: l'admiration que lui vouait Himmler et autres chefs nazis, les guerres intestines entre ceux qui voulaient leur part du pouvoir, les rapports secrets sur la santé du dictateur. Il a mené l'enquête, se basant sur des rapports officiels et apportant ainsi de la crédibilité à cette histoire.
Il met en lumière également le travail effectué par des pays comme la Suisse ou la Suède pour lutter contre le régime nazi.

Instructif et passionnant.



mercredi 22 mai 2019

Sur les sentiers de grande randonnée- Jean Marie Maquet



J'ai reçu ce livre dans le cadre d'une opération Masse Critique organisée par le site Babelio. Merci à eux et aux éditions Weyrich!
Dans ce beau livre, l'auteur nous fait partager sa passion pour la randonnée et nous emmène avec lui sur les 1200 km de chemin balisés qui sillonnent la Wallonie. Les joyaux naturels et historiques sont mis en valeur par de magnifiques photos qui prouvent toute la richesse de cette province belge qui a bien des trésors à dévoiler!
L'auteur nous invite à la marche et à la contemplation de ces panoramas. L'ensemble est porté par un joli texte qui s'attarde sur les détails et les singularités qui font le charme de cette région.
De quoi donner envie de rechausser bottes de rando!

jeudi 16 mai 2019

Les feuilles mortes - Thomas H. Cook



Quelques infos:

Édition: Gallimard Série Noire
Date de parution: 2008
Pages: 275

Mon avis:


Eric Moore mène une vie sans histoire auprès de sa femme Meredith et de son fils Keith âgé de 15 ans. Jusqu'au jour où la fille de ses voisins, Amy 8 ans, disparaît alors que son fils en avait la garde le temps d'une soirée. Très vite les soupçons se portent sur Keith, adolescent renfermé et taciturne, qui semble cacher bien des secrets. Eric se sent tiraillé entre sa position de père, prêt à tout pour protéger son fils et ses doutes sur son innocence.

Je ne suis pas vraiment fan du genre thriller, mais dès que le nom de Thomas H. Cook apparaît, c'est en toute confiance que je me plonge dans un de ses romans. Là encore, je n'ai pas été déçue. Comme à son habitude, le récit est raconté après les événements dramatiques qu'ont connu la famille Moore. Petit à petit, l'auteur tisse la toile de l'intrigue, les pièces du puzzle s'assemblent jusqu'à la révélation finale. L'originalité du récit vient du fait que l'histoire est racontée par le père du principal suspect. On assiste alors aux dommages collatéraux de cette tragique histoire de disparition. 

"Le soupçon est un acide. Il ronge tout ce qu'il touche. Il s'attaque à la surface des choses en y laissant une marque indélébile."

L'intérêt du roman se n'est pas l'enquête en elle même qui est d'ailleurs conclue assez rapidement mais du cheminement que fait Eric qui se met à douter de ses proches. Ses doutes et ses sentiments sont mis en avant. Comment concevoir que son enfant ait pu commettre l'irréparable? La mécanique bien huilée de sa famille parfaite et sans histoire s'enraye. Les non dits et les reproches apparaissent. Son propre passé resurgit et le conduit à une spirale autodestructrice et paranoïaque. 
Il y a peu d'action dans ce roman mais on y trouve une analyse approfondie des liens père/fils et du soupçon qui insidieusement ronge le cocon familial. 

"Qu'est ce que l'amour filial sinon aimer des gens que l'on n'aimerait pas?"

C'est un roman très sombre. Le mythe de la famille parfaite en prend un sacré coup. Le doute, omniprésent, rend l'atmosphère pesante.  Malgré les longs moments d'introspection du personnage principal, l'ensemble se lit sans ennui et s'avère même assez addictif. Comme Eric, le lecteur aimerait arriver à se positionner. Comme d'habitude, l'auteur flirte avec les genres: roman noir? Polar? Thriller? Roman psychologique? Un peu tout à la fois, ce roman se révèle être encore un coup de maître!





lundi 6 mai 2019

Anthracite - Cédric Gras



Quelques infos:


Édition: Folio
Date de parution: 2016
Pages: 288

Mon avis:


Depuis l'hiver 2014 où le gouvernement a été renversé par la révolution de Maïdan, le climat est tendu en Ukraine entre les pro-russes et les pro-ukrainiens. Vladlen, le chef d'orchestre de l'Opéra de Donetsk, regarde ce tumulte de loin, plus préoccupé par son histoire adultérine avec Essénia que par le climat politique de son pays. Le jour où il joue (par mégarde?!) l'hymne ukrainien devant un public de séparatistes, le voilà pourchassé dans les rues de Donetsk. Contraint de fuir la région, il rejoint son ami d'enfance, Emile, un ingénieur travaillant dans les mines à charbon du coin. 
A bord d'une Volga hors d'âge, les deux amis partent à travers leur Donbass natal ravagé par la guerre, rejoindre leur femme ou leur maîtresse.

J'ai découvert Cédric Gras grâce à son livre La mer des cosmonautes lu en Février 2017. J'avais adoré et c'est en confiance, découvrant ce titre dans les étagères de mon libraire préféré que je me suis plongé dans ce roman.
J'ai trouvé ce livre remarquable à plusieurs points de vue.
L'auteur dresse le tableau d'une région ravagée par un conflit, vu par les yeux de Vladlen et Émile. Nos deux protagonistes se retrouvent embarqués dans une histoire dont l'enjeu les dépasse. Les volte-face de nos deux antihéros au gré des barrages tenus soit par les révolutionnaires soit par les séparatistes donnent lieu à des scènes qui oscillent en permanence entre burlesque et tragédie. C'est avec un brin de cynisme que Cédric Gras nous fait partager cet épisode de l'histoire moderne qui s'est passé à nos portes et dont les enjeux dépassent les frontières de l'Ukraine même. L'histoire de Vladlen et d'Émile ne sert que de prétexte à nous informer sur les forces en présence et la confusion qu'a générée ce conflit. Le tout sans aucun parti pris. 

"Tant de jeunes hommes étaient déjà morts dans les steppes pour une causse aussi inexpliquée que les trous noirs de l'univers. Que graverait-on sur leurs tombes? -L'absurde reconnaissant"? Il ne restait plus qu'à prier."

Le seul reproche: un petit rappel historique ou même une carte m'aurait aidé dans ma lecture. J'avoue avoir peiné les 50 premières pages à comprendre qui était qui. 

De l'Histoire, de l'humour et même un peu de poésie dans les descriptions de ces steppes modelées par l'industrie minière et métallurgique. L'auteur maîtrise le sujet et je me suis laissée embarquée par ce roman.



jeudi 11 avril 2019

Le dernier gardien d'Ellis Island - Gaëlle Josse



Quelques infos:


Édition: J'ai lu
Pages: 188
Date de parution: 2014

Mon avis:


Nous sommes en 1954. Depuis 1892, Ellis Island, petite île située à l'embouchure de l'Hudson, est le lieu de passage obligé pour les candidats à l'immigration. 12 millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont passés à l'inspection, entre les mains d'infirmières, de médecin ou de fonctionnaires plus ou moins zélés, plus ou moins honnêtes. Les faibles, les malades, les déficients mentaux étaient rejetés sans appel et renvoyés dans leur pays. 
A quelques jours de la fermeture, le dernier gardien d'Ellis Island John Mitchell éprouve le besoin irrépressible de raconter ses mémoires sur quelques feuilles de papier. Dans ce lieu unique personnage à part entière, John Mitchell est hanté par toutes ces vies croisées, ces hommes et ces femmes qui se sont vus examinés, questionnés, jugés...Ces destins bouleversés par un tampon sur un un papier leur donnant la nationalité américaine ou leur billet de retour au pays. 

"J'ai parfois l'impression que l'univers entier s'est rétréci pour moi au périmètre de cette île. L'île de l'espoir et des larmes. Le lieu du miracle, broyeur et régénérateur à la fois, qui transformait le paysan irlandais, le berger calabrais, l'ouvrier allemand, le rabbin polonais ou l'employé hongrois en citoyen américain après l'avoir dépouillé de sa nationalité. Il me semble qu'ils sont tous encore là, comme une foule de fantômes flottant autour de moi."

Au crépuscule de sa vie, John Mitchell soulage sa conscience d'employé méticuleux, cette façade cachant ses faiblesses d'homme, ses deuils, ses regrets. A l'image de cette île, il s'est isolé et se sent hors du temps. C'est la touchante confession d'un homme confronté à la rigidité de l'administration américaine et aux destins de ces anonymes qui ont fuit la misère et espéré un avenir meilleur.

Dans ce court roman à l'écriture fine et sensible, l'auteur a su nous dépeindre toute la violence, la tristesse, la mélancolie qui règnent dans ce lieu. Elle nous parle d'exil, d'errance, de choix, de l'angoisse et des espoirs des candidats à l'immigration. 
C'est un livre bouleversant, dont la lecture est lourde de sens à notre époque.




samedi 6 avril 2019

Ils vont tuer Robert Kennedy - Marc Dugain



Quelques infos:


Édition: Gallimard
Date de parution: Août 2017
Pages: 399

Mon avis:


Au Canada, un professeur d'histoire contemporaine à l'université rédige une thèse sur l'assassinat des frères Kennedy. Il est persuadé que la mort du président et du sénateur sont liées à celle de ses parents. Mêlant les deux enquêtes, celle historique, l'autre fictive, ce livre nous emmène dans les coulisses de la politique américaine.
Ce roman m'a happé dès les premières pages. Fascinée par le mystère entourant la mort de John Kennedy, j'ai dévoré les premiers chapitres charmée par l'écriture précise. Le texte est dense, comme un épais brouillard à traverser sans jamais arriver à trouver la vérité. L''écriture se teinte de cynisme, de mélancolie, de fatalisme, à l'image de Robert Kennedy qui se présente aux primaires de 1968 comme on monte à l'échafaud.

"Le sens de l'existence lui fait profondément défaut. S'il avait poussé l'honnêteté vis-à-vis de lui- même à son comble, il aurait tout plaqué, laissé derrière lui cet héritage maudit, tout cet argent sale qui a fait de lui cet aristocrate irlandais désabusé, il se serait détaché de cette vie matérielle, objet de souffrances infinies, il se serait retiré de ce monde qui doit sa violence à son matérialisme acharné et où il n'est question pour chacun que d'augmenter sa part d'un gâteau supposé croître indéfiniment. L'absurdité du monde le torture, mais pas assez pour qu'il en tire des enseignements définitifs."

De fait, l'auteur démontre ici que la mort de John et de Robert sont intimement liées. La politique américaine en prend pour son grade, les valeurs de la société également. 
La qualité de l'écriture, l'érudition de l'auteur rend la démonstration convaincante même si elle manque malheureusement de références et prend même parfois des accents complotistes. Certaines phrases telles que "On peut s'imaginer que...."  font  parfois perdre de la crédibilité. Mais il s'agit d'un roman, pas d'un essai, la révélation finale sur le professeur explique peut être les invraisemblances.Mais surtout Marc Dugain connaît bien son sujet ayant abordé dans de nombreux romans les rouages de la politique américaine. 
Au final, cette immersion dans cette Amérique où l'attentat contre les personnalités était devenu un sport national est fascinante. Les conséquences de ces deux assassinats sont internationales. C'est sur ces bases malsaines que s'est construit le monde politique d'aujourd'hui.
Pas vraiment rassurant, voire même un peu déprimant. 




jeudi 28 février 2019

La maison des hautes falaises - Karen Viggers



Quelques infos:


Édition: Le livre de poche
Date de parution: Mars 2017
Pages: 507

Mon avis:


Lex Henderson vient s'installer à Merrigan, une ville perdue sur la côte est de l'Australie où il est venu se reconstruire après un divorce douloureux. 
Callista est native du coin mais reste en marge de la communauté. Elle aussi traîne ses casseroles. Artiste-peintre, elle vivote en vendant des toiles sans âme au marché de Merrigan. 
C'est là qu'ils se rencontrent,se rapprochent et se devinent dans leurs blessures respectives qu'ils tentent de dissimuler. Au milieu de cette nature sauvage où les journées sont rythmées par le bruit de l'océan, Lex et Callista entament un long processus de résilience et tenteront de faire de nouveau confiance en l'avenir.

La lecture de ce joli roman offre un dépaysement garanti. Sous les yeux de Lex et de Callista, la nature offre un merveilleux spectacle parfois apaisant, parfois destructeur. Tout est finement décrit: on entend l'océan, le chant des baleines, on sent les embruns et la force du vent.... L'auteur nous fait l'historique de la chasse à la baleine dont elle dénonce les conséquences sans juger les motivations des baleiniers qui voulaient juste nourrir leur famille.

"Lex scrutait ces hommes et rien dans leurs visages ne lui expliquait leurs choix. C'étaient les traits d'hommes normaux. Des hommes qui luttaient pour survivre à une époque difficile. Ils ressemblaient à n'importe qui travaillant  au soleil avec une pelle, ramant sur un bateau, labourant un champ pour se faire de l'argent. Ils ressemblaient à des gens ordinaires qui avaient des familles, qui mangeaient, buvaient, transpiraient, travaillaient dur, craignaient, souffraient. Il aurait pu être n'importe lequel d'entre eux q'il avait vécu à leur époque, dans leur ville, dans leur situation. Aucun d'eux n'avaient l'air d'un démon. Ce n'était pas des assassins sanguinaires qui aimaient donner la mort. Mais des hommes qui faisaient leur boulot. Et un boulot sacrément difficile."

Karen Viggers nous emmène dans la vie de la petite communauté de Merrigan avec ses célébrités locales, ses événements incontournables mais surtout cette solidarité indispensable lorsque les éléments se déchaînent. 

J'ai eu un faible pour Lex, j'ai aimé le contact qu'il avait avec la nature, la façon dont il se remettait en cause et sa lente reconstruction au contact des éléments. Pour ce qui est de l'histoire d'amour, celle-ci m'est apparue secondaire, le jeu du chat et de la souris entre Lex et Callista a même fini par me lasser. 

J'en suis d'ailleurs amusée. J'ai trouvé dans ce livre des choses que je ne suis pas venue chercher: une belle galerie de personnages secondaires, une évocation sublime de la nature et des éléments et un troisième personnage principal auquel je ne m'attendais pas: la baleine qui est magnifiée dans ce récit. Ce roman m'a donc offert une belle surprise et je le recommande chaudement

"Il y a cette étrange idée que les baleines sont le symbole de tout ce qui est grandiose et beau sur terre. Tout ce qui est sauvage et libre. Je ne sais pas d'où ça vient. Cela n'a rien de rationnel. C'est peut-être parce qu'elles sont gigantesques, parce qu'on ne les voit pratiquement jamais. Et si, par bonheur, on les aperçoit, c'est toujours une rencontre incroyable..."



lundi 11 février 2019

Toute la ville en parle - Fannie Flagg



Quelques infos:


Édition: Cherche Midi
Date de parution: Février 2019
Pages: 512


Mon avis:


"L'auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l'histoire d'un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu'à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. et c'est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d'un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l'autre, si d'inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie et la mort, de cette paisible petite communauté."

Voici un roman atypique, le personnage principal de l'histoire étant une ville, Elmwood Springs. Nous assistons à sa sa naissance, sa croissance, son évolution, sous l'influence des événements locaux, parfois mondiaux. C'est un peu déstabilisant, il y a pléthore de personnages, difficiles parfois de s'y retrouver. L'auteur a choisi de balayer large, l'histoire se déroule sur plus d'un siècle traité en 500 pages, impossible de s'intéresser en profondeur aux événements et aux personnages. Le livre se construit également autour de la vie (!) dans le cimetière d'Elmwood Springs. Les morts se retrouvent, s'aperçoivent qu'ils peuvent discuter entre eux et connaissent, débarrassés de leur enveloppe charnelle et de ses défaillance, une forme d'allégresse. C'est amusant, cela donne une note fantastique à l'histoire. Même si l'auteur dans la dernière page invite le lecteur à s'interroger, l'au-delà n'est pas le vrai sujet du livre.

Malgré ces petits défauts, l'auteur nous emmène dans cette histoire fantasque et fantastique et fait d'elle une chronique sociétale. Les personnages se succèdent, ils connaissent leurs heures de gloire, leur lot de drame et contribuent au développement d'un monde qui devient celui que nous connaissons. La fine plume de Fannie Flagg traite les sujets avec malice, humour même mais sait se faire plus grave parfois. Dans les dernières pages, c'est la nostalgie qui prédomine. 

" Norma était sûre d'être la seule Américaine dépourvue d'une adresse électronique. Elle avait pourtant tenté de garder le contact avec de vieilles relations, mais elles n'appelaient plus, elles non plus. Le téléphone était passé de mode. Lorsqu'on avait besoin de s'adresser au service clientèle d'une entreprise, il fallait utiliser l'Internet. Si on avait la chance de pouvoir parler avec quelqu'un, votre interlocuteur vous répondait depuis l'Inde avec un accent impossible.
Cette solitude était pesante. Il manquait à Norma la compagnie des voix d'antan, quelques personnes avec qui discuter du bon vieux temps, avec qui rire et parfois pleurer."

Cette rapidité avec laquelle Fannie Flagg a traité certains événements (les deux guerres mondiales notamment) prend ici finalement tout son sens: le monde tel qu'il a été bâti et voulu par nos ancêtres a changé à une vitesse étourdissante et c'est finalement avec un peu de tristesse que j'ai refermé le livre, me demandant si la vie au côté de Lordor et Katrina au 19e siècle n'était pas plus chaleureuse que celle du 21 siècle... *

"Dans une grande ville, il est toujours agréable d'entretenir de bonnes relations avec ses voisins, de se montrer cordial et, de temps en temps, de boire un verre avec eux. Dans les petites communautés agricoles du Missouri, les voisins représentaient beaucoup plus que cela. On pouvait en préférer certains, mais de toute façon, on dépendant d'eux pour sa propre survie."


C'est le troisième livre de Fannie Flagg que je découvre ici après La dernière réunion des filles de la station service et Miss Alabama et ses petits secrets. Même si ma préférence va toujours au premier, j'a trouvé ma lecture plaisante. C'est une jolie histoire racontée avec brio.

Livre reçu lors d'une opération Masse Critique. Je remercie le site Babelio et les éditions "Cherche Midi" pour cet envoi!




* La vie au 19e siècle OK, mais avec le micro-ondes et la péridurale quand même! ;)

jeudi 29 novembre 2018

Le liseur - Bernhard Schlink



Quelques infos:


Édition: Folio
Date de 1ère parution: 1995
Pages: 243

Mon avis:


Michael a 15 ans lorsqu'il rencontre Hannah âgée de 20 ans de plus que lui et dont il devient l'amant. Chaque jour, il la retrouve chez elle et avant de faire l'amour, elle lui demande de lui faire la lecture à voix haute. Ce rituel durera 6 mois, jusqu'au jour où Hannah disparaît du jour au lendemain. Il la retrouve, 7 ans plus tard, alors qu'il assiste au procès d'anciens criminels nazis et qu'elle est sur le banc des accusés. Michael comprendra alors le secret qu'elle s'évertue à cacher et tentera de se tentera de panser les plaies de cette étrange histoire d'amour.

J'ai vu le film il y a quelques mois de cela. J'en suis sortie bouleversée et quelque peu perplexe. J'ai voulu lire le roman dont il en était issu, espérant qu'il puisse répondre à certaines de mes questions. J'ai refermé ce livre, sans que ce sentiment de perplexité ne m'ait quitté. Mais qui est Hannah? Comment arriver à me positionner par rapport à elle? Cette question tourmentera le narrateur  toute sa vie. Par ricochets, il est question du jugement de toute une génération envers celle qui l'a précédé, qui a été témoin, parfois complice, des horreurs perpétrées sous le régime nazi. 

"Je pense aujourd'hui que le zèle que nous mettions à découvrir l'horreur et à la faire connaître aux autres avait effectivement quelque chose d'odieux. Plus les faits dont nous lisions ou entendions le récit étaient horribles, plus nous étions convaincus de notre mission d'élucidation et d'accusation. Même lorsque ces faits nous coupaient le souffle, nous les brandissions triomphalement. Regardez!"

Hannah est porteuse d'un secret, qui aura gouverné ses choix, la poussant même à endosser une responsabilité qui n'était pas uniquement la sienne. Pour autant, cela suffit-il à lui donner le pardon? C'est un choix que Michael sera dans l'incapacité de faire, choqué que cette femme adorée, ait pu participer à des crimes aussi abjects.
L'auteur nous plonge dans les méandres de ses réflexions intimes, ses questionnements, sans nous apporter de réponse et sans que nous, lecteurs, puissions également en trouver. C'est déstabilisant. La seule éclaircie dans ce roman, c'est lorsque Michael prend la décision de communiquer indirectement avec Hannah par l'intermédiaire des livres. Que l'amour de la lecture puisse de nouveau les réunir, j'ai trouvé cela magnifique.
Cependant Hannah restera un mystère pour moi. Tant au niveau de sa participation aux crimes nazis, que dans sa relation charnelle avec cet adolescent de 15 ans. Qu'est ce qui l'a poussé à nouer cette histoire avec ce jeune homme? Elle a des réactions complexes, inexplicables.... c'est un amour laid, destructeur, une relation de dominant à dominé et qui m'a laissé un goût amer....

Un roman à lire, qui ne peut laisser indifférent, qui pousse le lecteur à réfléchir et à s'interroger...

"Mais qu'est ce que vous auriez fait?"



jeudi 15 novembre 2018

La part des flammes - Gaëlle Nohant




Quelques infos:


Édition: Héloïse d'Ormesson
Date de parution: 19 Mars 2015
Pages: 495


Mon avis:


Paris, 1987. Tout le Paris mondain se bouscule au Bazar de la Charité où les femmes de l'aristocratie vendent des objets personnels. Les profits de cette vente reviennent aux œuvres de charité. C'est un lieu de rencontre, où il faut paraître. Sophie d'Alençon, sœur de l'impératrice d'Autriche (la fameuse Sissi!) tient un comptoir au Bazar. Elle va inviter la Comtesse de Raezal, dont le passé lui vaut d'être mise au ban de la haute société, et Constance d'Estingel, qui se sent en décalage avec les aspirations familiales et les conventions sociales  Mais en ce jour de Mai 1897, alors qu'il y a foule dans les couloirs du Bazar, les vapeurs d'éther du cinématographe s'enflamment transformant le hangar en un gigantesque brasier où près de 120 personnes périrent, dont une grande majorité de femmes. Violaine de Raezal et Constance en réchappent, affreusement blessées et verront leur destin bouleversé par cette tragédie.

Dès les premières lignes je me suis laissée prendre par cette histoire, basée sur un fait divers réel.
L'auteur ne se contente pas de relater l'incident en insufflant un peu de romanesque, elle nous fait découvrir la vie parisienne de l'époque. Sa plume se fait mordante quand elle évoque les conventions sociales de l'époque et cette charité quelque peu hypocrite où on cherchait surtout à assurer ses relations et une certaine indulgence religieuse.

"Et peut-être était-ce la finalité de ce lieu, servir de crypte à de pauvres hères que la charité bien née guidait vers une mort sanctifiée, eux qui, sans elle, eussent crevé comme des bêtes, le cœur plein de révolte et d'amertume. Si ces vertueuses dames patronnesses ne visaient pas à panser les plaies d'une société foncièrement inégalitaire, elles s'employaient à en apaiser les convulsions et à faire accepter aux pauvres l'injustice de leur destin. Qu'ils en saisissent la valeur rédemptrice et consentent à porter leur croix, et ils rejoindraient ces figures de la sainteté indigente dont on se servait pour édifier les enfants des riches."

Elle dénonce cet univers codifié où les femmes se soumettent aux conventions sociales, aux bonnes mœurs, en masquant sous des sourires affables une effroyable hypocrisie qui n'a d'égale que leur ambition; il faut voir et être vu.

"La terre était pleine de créatures saturées d'elles mêmes qui prenaient plaisir à vous foudroyer pour les fautes qu'elles s'interdisaient, les libertés qu'elles prenaient dans l'ombre, les extases qui venaient mourir près d'elles sans qu'elles se soient permis d'y goûter. Châtier était le tonique qui ranimait leur cœur exsangue."

L'incendie est évidemment le point culminant et l'auteur ne nous épargne pas les horreurs vécues par les femmes prises au piège dans le brasier. Pour autant, moi qui suis particulièrement sensible, j'ai trouvé que c'était vraiment bien amené et réaliste sans plonger dans un voyeurisme morbide.

"Il y avait eu les jours de la salle Saint-Jean, cette éprouvante identification qui avait laissé des corps sans nom, abandonnés à la fosse commune faute d'avoir été reconnus. Violaine ne pouvait s'empêcher d'imaginer au-dessus de chacun de ces anonymes une âme sursautante, déchirée d'avoir vu ses proches scruter sa dépouille pour l'écarter fermement - non, cette momie hideuse n'est pas notre mère, ne saurait être ma fille bien-aimée. Et l'âme ulcérée regardait cette écorce racornie - qui avait été son corps fier et plein - glisser dans l'anonymat de la fosse tandis que la douleur de siens butait contre une tombe impossible à remplir."

Malheureusement, j'ai trouvé que le rythme s'essoufflait dans la dernière partie du livre, consacré au personnage de Constance et mon intérêt s'est retrouvé en partie émoussé. Ses tourments m'ont un peu ennuyé, je l'ai regardé sans vraiment la comprendre et il est resté une distance entre elle et moi.  Néanmoins, j'ai vraiment apprécié cette lecture car c'est un roman très riche: à la fois roman de mœurs, roman historique et roman d'amour. Le tout porté par une très jolie plume qui ne m'a pas laissé indifférente et j'ai aimé les partis pris de l'auteur.

"Si ça pouvait réveiller les gens... Personne ne proteste! Cet incendie a fait d'eux des moutons dociles aux ordres de la sûreté! Et pourtant on a bien besoin de rire et de pleurer au théâtre, plus que jamais."



Sans oublier la très jolie morale de l'histoire....

"Chaque fois qu'elle pensait à la duchesse d'Alençon - et elle pensait souvent à elle - Violaine de Raezal se disait que s'il était un bonheur possible sur cette on ne pouvait y accéder qu'en laissant mourir certaines choses en soi. Toutes ces choses lourdes et encombrantes qui étaient un grenier plein d'objets cassés et poussiéreux que l'on n'osait mettre au rebut, mais qui arrêtaient la lumière."



vendredi 7 septembre 2018

Manderley for ever - Tatiana de ROSNAY



Quelques infos:


Edition: Le livre de poche
Année de parution: Mai 2016
Pages: 522

Mon avis:


Généralement, les biographies m'attirent peu, je préfère découvrir les écrivains à travers leurs œuvres. On m'avait cependant chaudement recommandé cet ouvrage qui m'a permis de découvrir l'énigmatique auteur de "Rebecca" et de "Ma cousine Rachel". Ses œuvres éclectiques, ses personnages et ses histoires ambiguës ont attisé ma curiosité et c'est avec un certain plaisir que je me suis plongée dans cette biographie qui se lit comme un roman. 

De sa plus tendre enfance jusqu'à sa disparition, ce livre balaye les 81 années de sa vie. Très jeune, elle découvre l'amour des livres et de là, naît sa vocation d'écrivain.

"La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays imaginaire de Peter Pan. Pendant que ses sœurs mènent leur vie (thés dansant pour Angela, tennis et cricket pour Jeanne) que Muriel règne sur Cannon hall en maîtresse de maison exemplaire, que Gerald fait palpiter ses admirateurs sur les planches, Daphné lit."


J'ai aimé découvrir le processus de création littéraire, les mots, l'histoire qui jaillissent de son esprit à partir d'une rencontre, d'un sentiment nourri à l'égard d'un proche, tous ses lieux, ses personnes qui ont nourri son imaginaire.

"Voilà comment naissent les romans, d'ardeur et d'obsession, tout ce qu'on ne peut exposer au monde extérieur au risque de passer pour une démente, tout ce qui se trame dans l'âme des écrivains, fragments de vérité et de fantasmes, argile personnelle façonnée et pétrie à souhait dans les dédales d'un labyrinthe de l'intime, interdit aux visiteurs et aux curieux"

Tatiana de Rosnay dresse le portrait d'une femme mystérieuse, à la personnalité complexe. C'est une femme entière, faisant fi des conventions qui apparaît comme particulièrement moderne pour son époque. Derrière ce caractère affirmé, j'ai aimé découvrir sa fragilité, ses déceptions face aux critiques négatives, sa part d'ombre notamment lorsqu'elle revendique sa préférence pour son dernier fils, un garçon, elle qui se sent garçon dans un corps de fille. Cette dualité et son besoin de solitude rendent parfois complexes ses relations avec ses proches.

"Comment leur comprendre, à tous, sans les blesser, sans les heurter, que sa priorité, ce n'est ni son enfant, ni son mariage, ni sa mère, ni ses sœurs, c'est écrire?"

Le travail de Tatiana de Rosnay est remarquable, on la sent passionnée par son sujet. Elle nous emmène dans les lieux qui ont tant inspiré la romancière. On découvre son amour pour les vieilles pierres, cet attachement quasi viscéral pour Menabilly, un vieux manoir qui lui inspira le fameux Manderley dont les murs ont été témoin de la tragédie de Rebecca.

"Les gens et les objets disparaissent, pas les lieux." 


Un livre passionnant qui décrit avec finesse et émotion la vie passionnante d'une grande dame de la littérature et qui donne envie de (re)découvrir toute sa bibliographie.




mardi 28 août 2018

La mer en hiver - Susanna KEARSLEY

Me revoilà après un an d'absence. J'ai passé cette année sur les bancs de la fac, ma bibliothèque ne se résumant qu'aux livres consacrés aux matières étudiées. Je vous laisse imaginer ma joie de retrouver des personnages de roman, des lieux réels ou imaginaires et d'enfin pouvoir me replonger avec délectation dans des univers d'auteur.





Quelques infos:


Édition: Charleston
Date de parution: 2015
Pages: 460


Mon avis:


Pour ce premier roman lu en 2018, je suis restée dans ma zone de confort en choisissant un roman historique dont j'avais lu des critiques dithyrambiques il y a quelques mois de cela. 

Carrie McClelland est un auteur à succès qui s'installe en Ecosse afin de trouver l'inspiration pour écrire son prochain roman qui traite de la révolte des jacobites en 1708 et de la tentative avortée de restaurer à la tête du royaume la dynastie des Stuart. 
Au fil des jours passés dans la ville de Cruden Bay dominée par les ruines du château de Slains, Carrie est irrésistiblement attirée par ces lieux. Elle éprouve un sentiment étrange de déjà vu. Ses écrits qu'elle croit avoir imaginé, sont confirmées par ses travaux de recherche et c'est ainsi qu'elle comprend qu'une de ses ancêtres "Sophia" a vécu ici même et que sont enfouis dans sa" mémoire génétique" les souvenirs de son aïeule. Les personnages s'invitent dans son esprit et son roman prend forme.

Le récit alterne entre période actuelle et le 18e siècle. Les chapitres contemporains sont racontés à la 1ère personne, par Carrie alors que les parties historiques sont écrites par elle même, ce qui confère une véritable originalité au roman.

Alors certes, la trouvaille de Susanna Kearsley d'expliquer des intuitions, des trouvailles par ce concept de mémoire génétique est une ficelle un peu grosse, néanmoins j'ai trouvé intéressant de se placer du côté d'un auteur et d'approcher le processus de création, la façon dont les personnages, les lieux prennent vie dans la tête d'un écrivain.

Il faut souligner la remarquable habilité de l'auteur a mélanger fresque historique, romance et fiction. Les pages défilent sous nos yeux, on passe d'une époque à une autre avec facilité, le style est maîtrisé de bout en bout.
La partie historique est bien détaillée et a le mérite d'expliquer clairement une partie de l'histoire écossaise à laquelle est liée la France. Cette tentative de révolte des Écossais soutenus par Louis XIV m'était totalement inconnue. J'ai particulièrement apprécié le tout dernier chapitre où Susanna Kearsley détaille les faits historiques. Son travail de recherche est remarquable.

Il faut reconnaître que la romance est cousue de fil blanc.Les histoires vécues par Carrie et Sophia se mêlent et si celle de Carrie manque d'originalité, celle vécue par Sophia, très bien écrite, a fait vibrer ma petite fleur bleue!

Le gros point fort de ce roman c'est l'atmosphère qui se dégage de l'endroit magnifique où Carrie écrit. Comme elle, je me suis retrouvée transportée dans le château de Slains, au bord des falaises. J'ai senti le souffle du vent, entendu le bruit des vagues.... et c'est avec une pointe de nostalgie que j'ai refermé la dernière page.

C'est un roman captivant, original qui m'a fait voyager dans le temps et dans l'espace.




Château de Slains

vendredi 7 juillet 2017

1, rue des petits pas - Nathalie Hug





Quelques infos:


Edition: Calmann-Levy
Date de 1ère parution: Février 2014
Pages: 346

Mon avis:


Nous sommes au lendemain de l'armistice marquant la fin de la première guerre mondiale. Dans un village proche de Verdun, des rescapés s'organisent pour former un semblant de communauté parmi les ruines. Parmi eux, il y a Louise, jeune orpheline recueillie et soignée par la matrone du village qui lui transmet son savoir. Mais à la mort de celle-ci, Louise peine à se faire reconnaître par sa communauté. Elle est jeune, étrangère au village, ne sait ni lire ni écrire. Pourtant, elle offre une oreille attentive aux maux des femmes qu'elle rencontre lors de ses consultations. A cette époque, la condition des femmes est dramatique. Victime de viols, d'inceste, de grossesses non désirées, d'accouchement laborieux, le travail de Louise est indispensable. En dépit des risques qu'elle encourt et des rumeurs dont elle est victime, elle exercera son métier dans un monde gouverné par la folie des hommes.

J'ai découvert ce roman par hasard, sur un site consacré aux livres. Concernée par le sujet, les histoires de sage-femme m'interpellent. Je n'ai pas été déçue.
D'un point de vue strictement médical, je n'y ai constaté aucune erreur. L'auteur s'est bien documentée, bien entourée. Le métier de sage-femme est parfaitement décrit, dans ses moindres détails. 
Nathalie Hug nous rend ici un bel hommage.

"L'histoire de notre profession est absurde, aucun médecin sortant de la faculté n'était formé à l'obstétrique. Ceux qui désiraient apprendre l'art de l'accouchement et de la chirurgie gynécologique étaient instruits par une sage-femme. Cent ans plus tard, ces mêmes médecins nous interdisent l'usage du forceps ou de la césarienne, sous peine d'être emprisonnées, au prétexte inavoué que nous sommes des femmes, donc inaptes et ignorantes."

C'est un roman qui nous emmène dans l'intimité féminine, ses maux, ses souffrances, ses secrets. C'est une période confuse,  les hommes ne sont pas tous revenus du front, certains sont devenus fous, d'autres sont estropiés. Les bordels fleurissent un peu partout et les maladies aussi. J'ai trouvé cette période particulièrement sombre et difficile. Je ne m'attendais pas à autant de souffrance, la vie est particulièrement rude. La mort rode à chaque coin de rue et n'épargne pas les enfants. La reconstruction se fait dans la douleur. 

"Dieu n'a rien à voir là-dedans, affirma la sage-femme. Crois-moi. Les hommes sont assez stupides pour s'entre-tuer et martyriser les femmes. Et après, on comptera les morts sur le front en oubliant toutes celles qu'on a assassinées autrement."

Dans un style brut, Nathalie Hug décrit le calvaire de ces femmes, les viols, les incestes, les maladies. Les détails anatomiques sont précis, elle ne nous épargne ni les odeurs, ni les couleurs! Âme sensible attention!
Un peu d''espoir néanmoins dans l'amour que Louise éprouve pour un étrange personnage et la relation maternelle qu'elle noue avec ce nouveau né orphelin. Elle même victime d'un viol collectif, elle peine à refaire confiance, ne crois plus en Dieu ni à l'amour. On assiste à sa lente reconstruction psychique et le soutien de cet amour incroyable est bouleversant. 

La construction du roman m'a un peu déstabilisé. Certains passages font référence à des légendes, on flotte par moment entre mythe et réalité. Au fil des chapitres le puzzle se met en place, néanmoins la lecture de ce roman requiert toute l'attention du lecteur qui risque de s'y perdre dans cette multitude de personnages.

Néanmoins, ce roman, en tant que témoignage de la folie des hommes, de la condition des femmes en cette période d'après guerre et en tant qu'hommage au métier de sage-femme mériterait de passer entre toutes les mains, pour ne pas oublier....

jeudi 8 juin 2017

Le discours d'un roi - Mark Logue, Peter Conradi



Quelques infos:


Edition: Plon
Pages: 299
Date de 1ère parution: 2011

Mon avis:


Au début du 20e siècle, le Roi Georges V règne sur l'Angleterre. Ces deux fils ont des obligations publiques, au grand dam du prince Albert, le cadet futur George VI, atteint d'un trouble de l'élocution. Chaque discours est un calvaire, le microphone son pire ennemi. Il rencontre alors, un orthophoniste australien Lionel Logue qui l'aidera à surmonter son handicap. 

Qui n'a jamais entendu parler du film sorti en 2010 avec Colin Firth dans le rôle principal? A moins de vivre sur une autre planète, vous n'avez pas pu passer à côté. De nombreux prix sont venus auréoler de succès ce petit bijou cinématographique.
J'avais une petite appréhension à l'idée de me plonger dans ce livre car j'avais encore en tête le scénario du film. En fait, ce livre le complète parfaitement.

Mark Logue est le petit fils de Lionel Logue. Il s'est plongé dans les archives familiales a retrouvé le journal de son grand père et les courriers échangés avec le Roi. A l'aide d'un journaliste spécialisé dans la monarchie britannique il nous raconte l'histoire de ces deux hommes et de leur rencontre improbable. C'est une relation empreinte de respect et d'admiration réciproque et c'est tout naturellement que les deux hommes sont devenus amis.

J'ai aimé la personnalité de Lionel Logue. Il a beaucoup de patience et de bienveillance envers ses patients. Il se sert des honoraires payés par les plus riches pour soigner les plus pauvres. Passionné et doué d'un grand sens de l'observation, il contribue au développement de l'orthophonie et de sa reconnaissance par le monde médical. Il est également la clé de voûte du règne de Georges VI et n'en tire aucune gloire. Humble, il reste dans l'ombre Il est néanmoins fier de ce patient pas comme les autres.
Quant au Roi, il est fascinant. On assiste à sa transformation. C'est un prince effacé, accablé par son bégaiement. Contraint par l'abdication de son frère à enfiler le costume de monarque, trop lourd pour lui, c'est par la force de sa volonté et l'efficacité de son travail qu'il deviendra ce grand roi admiré par son peuple. J'en ai également appris beaucoup sur l'histoire de l'Angleterre.

A la fois passionnant et émouvant, en dépit de quelques longueurs, c'est un ouvrage à découvrir pour qui a aimé le film. Parfaitement complémentaire, il apporte en outre quelques précisions sur le déroulement des événements et la relation amicale et respectueuse qui a uni ces deux hommes.




Ouvrage lu dans le cadre du challenge des douze thèmes avec un peu de retard!

Mois de Mai: Thème "Têtes couronnées", un roman ou une biographie dont le personnage central est un roi ou une reine.

mardi 6 juin 2017

La Belle du Caire - Naguib Mahfouz



Quelques infos:


Edition: Folio
Pages: 283
Date de 1ère parution: 2001

Mon avis:


Le Caire, 1930. L'Egypte connaît de profonds bouleversements sociaux. Difficile néanmoins de se faire une place dans la haute société cairote qui reste fermée et où règne la corruption. C'est pourtant ce à quoi Mahgoub Abd-el-Dayim, étudiant à l'université, aspire. Il regarde avec envie ses camarades, plus aisés que lui. Son diplôme obtenu il tente de trouver un emploi, mais il n'obtient qu'une place mal payée. Il est alors approché par un lointain parent de la famille qui lui propose de servir de mari de complaisance à la maîtresse d'un homme riche, la belle Ishane pourtant promise à un de ses camarades d'université. Faisant fi de tout scrupule, il accepte le marché et obtient ainsi une place confortable. Bientôt rattrapé par son passé, le jeune homme se retrouve finalement dans une impasse. Qu'adviendra-t-il de ce curieux ménage à trois?


Ce roman est passionnant et m'a fait découvrir un pan de l'histoire égyptienne. Les discussions entre les camarades d'université témoigne des mutations qui agitent la société cairote. L'auteur s'attache à nous décrire les personnalités et l'histoire des différents personnages, entre l'étudiant traditionaliste, prônant les valeurs de l'islam ou celui qui aspire à révolutionner la société en prenant part à la vie politique. Un étudiant se démarque, Mahgoub. Issu d'un milieu particulièrement défavorisé, il ne croit qu'en lui et veut devenir quelqu'un. Il cache derrière ses réflexions cyniques, une profonde jalousie envers ses camarades. Tout lui fait envie: leur physique, leur aisance, leurs histoires d'amour, lui qui se contente des faveurs d'une prostituée. C'est un personnage particulièrement repoussant, à la morale discutable. Il n'hésite pas, au nom de son ambition, à trahir ses amis et à renier sa famille.

"Il interprétait les philosophies avec une logique cynique conforme à son goût, et adorait l'adage de Descartes "je pense donc je suis". Il approuvait sur le fait que l'être est le fondement de l'existence et affirmait, conséquemment, que son être à lui est la chose la plus importante au monde, et que le bonheur de cet être était tout ce qui l'intéressait. (...) Sa dérision envers les hommes de science ne le cédait en rien à celle qu'il témoignait aux hommes de religion. Il n'avait dans l'existence qu'un seul but: le plaisir et la puissance, par les voies et moyens les plus simples, sans obéir à une morale, une religion ou une vertu."

Son ascension sociale, motivée par une profonde amertume, est rapide. Elle lui permet de jouir d'un statut honorable et reconnu. Mais basée sur un mensonge, son mariage corrompu, il n'arrive à faire taire sa conscience et et ne peut empêcher la chute.

"Le regard assombri par une chape obscure, il s'efforça d'aiguillonner son esprit rebelle et murmura un faible "baste", qui, chose extraordinaire, trahissait tout son désespoir et sa soumission"

C'est une histoire captivante qui, contrastant avec ce héros antipathique, prône de belles valeurs morales et humaines.  Une belle découverte

vendredi 28 avril 2017

Soudain, seuls - Isabelle Autissier




Quelques infos:


Edition: Stock
Date de 1ère parution: Mai 2015
Pages: 252

Mon avis:


J'ai eu la surprise de découvrir que la célèbre navigatrice Isabelle Autissier était également écrivain en tombant par hasard sur un de ses livres à la bibliothèque. J'avais été charmée par son roman L'amant de Patagonie. Je n'ai pas hésité lorsque j'ai trouvé dans cette même bibliothèque son dernier ouvrage, Soudain, seuls.

Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, embarquent pour un tour du monde à bord d'un voilier. Le voyage se passe sans encombre jusqu'au jour où ils accostent sur île perdue au large de la Patagonie, ancienne base baleinière désormais habitée par les manchots et les otaries. Alors qu'ils partent faire une randonnée dans l'île, ils sont pris dans une tempête et leur bateau sombre. Les voilà seuls, sans aucune autre ressource que ce que peut leur offrir ce milieu hostile et sans que personne ne sache où ils sont.

L'auteur nous parle des efforts menés par les deux personnages pour survivre dans cette nature sauvage.  Ils s'organisent et s'astreignent à un planning quotidien de chasse, d'exercices physiques, d'amélioration de leur abri... En se rattachant à l'espoir d'être secouru, à leur souvenir de leur vie d'avant, ils essayent de maintenir une unité, un semblant de vie normale pour ne pas se laisser gagner par le désespoir et sombrer dans la folie.

"L'examen de conscience, la fierté du travail accompli, les efforts justifient leur humanité, les distinguent des animaux simples prédateurs, les éloigne de cette vie des cavernes qu'ils ont quelque fois l'impression de mener. Singer la société, c'est encore y appartenir"

Mais pour Louise et Ludovic chaque geste du quotidien, tels que se laver, se chauffer, manger... est une épreuve. Leurs difficultés poussent le lecteur à s'interroger sur notre monde moderne, si éloigné de la nature, où la technologie nous rend dépendant et maladroit.

"Sont-ils, eux, moins doués que ces peuples primitifs? Sans doute, car les bienfaits de leur civilisation développée les ont coupés de cette compréhension millénaire de la nature, de ces connaissances ancestrales qui permettaient aux hommes de vivre de rien. En se civilisant, ils ont gagné en confort et en longévité, mais cette sophistication leur a fait oublier quelques fondamentaux de la vie, et voilà qu'ils se retrouvent aujourd'hui sans ressources."


Au delà de ces difficultés quotidiennes, Isabelle Autissier s'attache également à nous décrire leur relation, la façon dont leur couple est mis à l'épreuve par cet événement extrême, où leur amour est confronté à leur propre instinct de survie. Les rancœurs apparaissent, les désaccords également.

"Ils ne sont pas seulement abandonnés sans feu ni lieu, ils sont condamnés l'un avec l'autre, ou l'un contre l'autre. Quel couple résisterait à ce genre d'enfermement?"

Jusqu'au moment où, après des mois de lutte, apparaît le moment décisif, celui qui ne permettra pas de revenir en arrière. Malgré tous leurs efforts, nous assistons à leur progressif retour à l'état sauvage.

"La voilà, la confrontation primitive avec la vie, celle qui pousse à agir au-delà de tout code et de toute règle, et même au-delà de ses propres sentiments."

La seconde partie du roman est consacrée aux médias, lorsque l'aventure des deux protagonistes est rapportée au grand public, friands d'histoires sensationnelles alors même que la mésaventure de Louise et Ludovic est particulièrement cruelle.

J'ai aimé les personnages, avec une nette préférence pour Louise, faible en apparence mais dont le courage, l'obstination et l'intelligence la porteront tout au long de cette épreuve.
Le style de l'auteur est direct, sans fioriture, chaque mot soigneusement choisi. Le texte gagne en justesse sans perdre en poésie. Isabelle Autissier est incontestablement une admirable conteuse.

Cette histoire tragique nous invite à la réflexion sur nos rapports avec la nature et à plus d'humilité face aux éléments. Absolument passionnant!

"Arrivés au premier ressaut, avant de perdre la mer du vue, ils font un autre pause. C'est si simple, si beau, quasi indicible. La baie encerclée de tombants noirâtres, l'eau qui scintille comme de l'argent brassé sous la légère brise qui se lève, la tache orangée de la vieille station et le bateau, leur brave bateau qui semble dormir, les ailes repliées, pareil aux albatros du matin. Au large, des mastodontes immobiles, blanc-bleu, luisent dans la lumière. Rien n'est plus paisible qu'un iceberg par temps calme. Le ciel se zèbre d'immenses griffures, nuages sans ombre de haute altitude que le soleil ourle d'or."


vendredi 21 avril 2017

Quoi qu'il arrive - Laura Barnett



Quelques infos:


Edition: Les escales
Date de 1ère parution: Avril 2016
Pages: 464

Mon avis:


Éva et Jim se rencontrent en 1958 alors qu'ils n'étaient qu'étudiants. De cette rencontre, l'auteur décline trois versions différentes de leur histoire. Dans l'une d'entre elle, Eva épouse Jim, dans la deuxième, elle passe son chemin et épouse son petit ami du moment et dans la troisième, elle sort avec Jim mais finit par le quitter. Nous les suivrons tout au long de leurs vies possibles, où le destin semble à jamais vouloir les lier.

Le synopsis m'a tout de suite attiré. Qui ne s'est jamais posé la question: ai-je pris la bonne décision? Quelle aurait été ma vie si j'avais fait ce choix ?
Ici, cette question s'étire tout au long des chapitres où nous suivons les trois versions différentes de la vie de Jim et d’Éva. L'accent est mis sur ces instants où l'on doit faire un choix et où la vie aurait pu basculer. 

"Parfois, il imaginait qu'à la fin de sa vie on lui montrerait un film amateur de toutes les routes qu'il n'avait pas prises, et où elles l'auraient mené"


Du fait, la narration peut paraître déroutante, ce n'est pas un livre à lire en dilettante, vous aurez besoin de toute votre attention pour suivre les trois versions où l'on peut vite s’emmêler les pinceaux, notamment avec l'entourage des deux personnages principaux. Néanmoins c'est suffisamment bien écrit pour qu'à chaque chapitre, le lecteur puisse retrouver vite ses repères et je me suis vraiment laissée prendre au jeu de ce roman atypique.

Dans ces trois versions de leur histoire, aucune n'est meilleure qu'une autre, chacune apportera son lot de réussite ou d'échec, des moments de joie ou de deuil. Ce n'est pas un roman à l'eau de rose où l'amour triomphe de tout. Ici, Laura Barnett nous dépeint des tranches de vie bien réelles: Jim et Eva font des erreurs, ont des défauts, les sentiments sont mis à l'épreuve du temps... 

"C'est ça la vie de couple, non? Prendre les roses avec les épines"

Ces événements façonneront leur caractère, joueront sur leurs carrières respectives et seront à l'origine de leur rapprochement ou de leur éloignement.

Ce qui m'a marqué dans cette lecture, c'est la foi inébranlable que l'auteur a dans le destin. Car, à partir de l'instant où ils se sont croisés sur cette route, leurs vies seront liées et quoi qu'il arrive, ils se retrouveront, de manière différente certes, pas forcément comme on l'aurait souhaité mais ils auront un temps pour vivre leur amour.

J'ai aimé les voir vieillir, s'assagir et mûrir. Dans chaque version, ils admettent leurs erreurs et avancent malgré les désillusions.

"(...) il est assez vieux maintenant pour prendre le bonheur tel qu'il est: bref et volatil, non un état vers lequel tendre, qu'il faut rechercher pour s'y installer, mais qu'il faut saisir au vol et retenir le plus longtemps possible."


C'est un roman bouleversant, qui remue en nous bon nombre de réflexions sans pour autant nous plonger dans les regrets. Il est à découvrir pour la qualité de sa construction et l'optimisme qui s'en dégage.

"Il est allé contre la loi naturelle des choses, cette loi qui affirme que l'occasion d'atteindre le bonheur ne se présente qu'une seule fois, avec une seule personne, et que si on la laisse passer, elle ne se représente jamais."

Nb: La quatrième de couverture évoque un roman jubilatoire, parle de comédie romantique. C'est absolument émouvant, mais drôle, pas vraiment!



mercredi 19 avril 2017

La vérité sur l'affaire Harry Québert - Joël Dicker



Quelques infos:


Edition: De Fallois
Date de 1ère parution: 2012
Pages: 857


Mon avis:


Marcus Goldman est un écrivain à succès victime du syndrome de la page blanche. Espérant retrouver l'inspiration, il rend visite à son mentor et ami Harry Québert, un auteur reconnu. Mais lorsque celui-ci est pris dans la tourmente d'une affaire criminelle vieille de 33 ans, il décide de mener l'enquête afin de découvrir la vérité et de laver le nom de Harry Québert.

Ne soyez pas effrayés par l'épaisseur de ce roman: les 857 pages se tournent toutes seules. Je me suis sentie happée dès les premiers chapitres. 
Le narrateur Marcus Goldman est un personnage intéressant. Très lucide sur ses actes et sa personnalité, ses défauts et ses doutes le rendent très humain. Avec humour et ténacité, il arrive à ses fins et il forme une belle équipe avec le sergent Gahalowood au caractère bourru mais sympathique. D'autres personnages sont remarquables, notamment l'éditeur et la maman de Marcus, certes un peu caricaturaux mais dont les réflexions donnent aux dialogues une touche comique bienvenue.

Le seul point qui m'a particulièrement agacé, c'est la faiblesse des échanges amoureux. Toute l'intrigue est basée sur l'histoire d'amour vécue pendant l'été 1975, entre Harry, alors âgé de 34 ans, et Nola, une jeune fille de quinze ans. Et lorsque je lis qu'un trentenaire noircit des pages et des pages du prénom de son amoureuse, je n'y crois pas du tout! L'expression des sentiments est vraiment pauvre et mièvre. 
Je n'ai pas non plu été convaincue par la plongée dans le monde des écrivains et la description du processus de création dépeinte dans les conseils donnés par Harry à chaque début de chapitre. J'ai les ai trouvé assez convenus et il n'y a pas là de quoi stimuler l'imagination d'un écrivain.

Heureusement, Joël Dicker est bien meilleur pour distiller le suspense que pour parler d'amour. L'intrigue est vraiment bien ficelée et je n'ai eu qu'une envie, c'est de savoir ce qui s'est passé durant l'été 1975. Dans cette galerie de personnages, j'ai cherché le coupable et je n'ai pas vu venir la révélation finale. Les multiples rebondissements et les fausses pistes m'ont vraiment captivés et m'ont fait oublier le reste.

C'est au final ce que je retiendrais de ce livre, dévoré en trois jours. Malgré l'insipidité des dialogues, j'ai vraiment apprécié le personnage principal et l'intrigue qui m'a tenu en haleine du début jusqu'à la fin.





vendredi 14 avril 2017

La petite Fadette - George Sand



Quelques infos:


Edition: Folio Classique
Date de 1ère parution: 1849
Pages: 280


Mon avis:


Landry et Sylvinet sont deux frères jumeaux qui ont grandi dans une ferme du Berry. Liés par un amour fraternel très fort, ils n'ont jamais été séparés. Mais alors qu'ils viennent d'avoir quinze ans, Landry doit aller travailler à ferme voisine. C'est un déchirement pour Sylvinet d'autant que son frère, sans pour autant perdre son amour fraternel, semble bien s'accommoder de la situation. 
Lorsque Landry s'entiche de la petite Fadette, une jeune fille dont l'allure et les propos lui valent une réputation de sorcière auprès des paysans du coin, Sylvinet voit rouge. 
Les deux amoureux parviendront-ils à s'affranchir des préjugés de leur entourage et vivre leur amour au grand jour? Landry devra-t-il choisir entre l'amour de son frère et celui de la petite Fadette?

Voici dont le récit non pas d'une mais de deux histoires d'amour: celle de Landry et de Fadette et celle de Sylvinet pour son frère. Si dans la première, les sentiments sont lumineux et permettent à Landry de s'affirmer et à la Fadette de sortir de sa condition, dans la seconde, les sentiments qu'éprouvent Sylvinet sont nocifs pour les deux frères. Ils rendent malade l'un et enchaînent l'autre. C'est une véritable tempête intérieure qui balaye le cœur du malheureux Sylvinet qui tombera dans la mélancolie malgré les efforts de Landry pour conserver le lien.

Finalement, c'est l'arrivée de la petite Fadette qui coupera le cordon entre les deux frères. Sylvinet se moque et rejette cette petite souillon. Landry, lorsque la Fadette le tire d'un mauvais pas, découvre que cette petite gamine mal fagottée cache en réalité une personnalité en or et en tombera amoureux. 
Nous assisterons à la transformation de ce vilain petit canard. C'est une jeune fille pauvre qui a la langue bien pendue et un talent de guérisseuse. Sa famille a mauvaise réputation et elle est rejetée et moquée par les gens.

"Il est vrai que le bon Dieu m'a faite curieuse, si c'est l'être que de désirer connaître les choses cachées. Mais si on avait été bon et humain envers moi, je n'aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. J'aurais renfermé mon amusement dans la connaissance des secrets que m'enseigne ma grand mère pour la guérison du corps humain. Les fleurs, les herbes, les pierres, les mouches, tous les secrets de la nature, il y en aurait bien assez pour m'occuper et pour me divertir, moi qui aime à vaguer et à fureter partout. (...) Eh bien, au lieu d'être remerciée, honnêtement par tous les enfants de mon âge dont je guérissais les blessures et les maladies, et à qui j'enseignais mes remèdes sans demander jamais de récompense, j'ai été traitée de sorcière, et ceux qui venaient bien doucement me prier quand ils avaient besoin de moi, me disaient plus tard des sottises à la première occasion. (...) Quand à ne prendre soin ni de ma personne ni de mes manières, cela devrait montrer que je ne suis pas assez folle pour me croire belle, lorsque je sais que je suis si laide que personne ne peut me regarder. On me l'a dit assez souvent pour que je le sache; et, en voyant combien les gens sont durs et méprisants pour ceux que le bon Dieu a mal partagés, je me suis fait un plaisir de leur déplaire, me consolant par l'idée que ma figure n'avait rien de repoussant pour le bon Dieu et pour mon ange gardien, lesquels ne me la reprocheraient pas que je ne la reproche moi même."

Je la trouve particulièrement touchante dans sa façon de se raconter sans jamais se plaindre. Par amour, elle cherchera à s'améliorer, soignera son apparence et se donnera les moyens de sortir de sa condition sans pour autant changer sa nature profonde.

Enfin, ce livre nous décrit le monde rural du 19e siècle. George Sand met en relief les mœurs et les croyances de l'époque souvent teintées de méfiance et d'ignorance. Elle y fait remarquer l'hypocrisie et y défend cette petite Fadette victime des peurs collectives.

L'écriture est au départ un peu déroutante. C'est en lisant les notes à la fin du livre que j'ai compris que c'était un effet voulu par l'auteur qui utilise volontairement un vocabulaire et des tournures de phrases qui reproduisent le parler paysan. Je me suis laissée prendre au jeu et du fait je me suis sentie complètement immergée dans ce monde champêtre avec l'impression d'écouter​ une jolie fable assise au coin de l'âtre d'une ferme Berrichonne.

La lecture de ce classique de la littérature française m'a vraiment enchantée, il transmet de belles valeurs et j'ai été touchée par les talents de conteuse de George Sand.




Challenge des douze thèmes : lire un classique de la littérature française ou internationale