Affichage des articles dont le libellé est Roman épistolaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roman épistolaire. Afficher tous les articles

samedi 25 mars 2017

Une lettre de vous - Jessica Brockmole



Quelques infos :


Édition: Pocket
Pages: 318
Date de parution : 2014

Mon avis :


Ce roman épistolaire nous propose un voyage entre deux continents et deux époques. 
Il s'ouvre sur la correspondance, commencée en 1912, entre Elspeth, une poétesse vivant sur l'île de Skye en Ecosse, et David, un américain, admirateur de ses poèmes. 
Puis l'auteur nous emmène en 1940, où Margaret échange des lettres avec son amoureux parti au front. Elle lui raconte la découverte fortuite d'une correspondance entre Sue et Davey qui l'amène à enquêter sur les secrets bien gardés de sa mère.

Alors certes, un petit manque de crédibilité m'a gênée, notamment le style que j'ai trouvé trop moderne pour du courrier datant de 1912. De plus, lorsqu'on devait attendre des lettres trois semaines, le temps qu'elles traversent l'océan, j'ai des difficultés à croire que le correspondant ne se contentait que d'écrire trois lignes. La fin et la réaction incompréhensible d'un des protagonistes, m'ont également parues un peu tirées par les cheveux.

Néanmoins, je garde le souvenir plaisant d'une lecture très agréable. C'est une belle histoire d'amour, racontée avec de jolies phrases, tout en pudeur et délicatesse. C'est la rencontre improbable entre deux individus, qu'un océan sépare mais que les mots rapprochent.

"Je me couche tôt pour cesser de ruminer et chasser la solitude, mais je n'arrive pas à fermer l'œil. Je l'avoue, j'ai ressorti et relu toutes vos lettres, ce qui fait que parfois, je m'endors enveloppée de vos mots."

Elspeth est un personnage féminin moderne pour son époque. Un peu à l'étroit sur son île d'où elle ne s'échappe qu'à travers ses lettres ou poèmes, elle suit son cœur, faisant fi des conventions, l'amour la poussant à aller au delà de ses limites.
David est un homme qu'on aimerait rencontrer. À la fois malicieux, vif d'esprit et bienveillant, il sait manier les mots avec tendresse.

"Le 24 décembre au soir, juste sur le coup de minuit sors dehors et lève la tête vers la lune. Goûte les flocons sur tes lèvres en imaginant que ce sont les miennes qui t'effleurent ainsi. Je sortirai pile au même moment. Je te le promets. Peu importe si je suis toujours à Paris ou n'importe où ailleurs en France, je fermerai les yeux et j'aurai la même pensée. Peut-être qu'elle deviendra réalité, ne serait-ce qu'un instant."

J'ai également aimé l'enquête menée par Margaret et l'audace dont elle fait preuve pour découvrir les secrets de sa mère.
La vie des civils pendant les deux grandes guerres est également évoquée. Le rationnement, l'éloignement familial, les blessures physiques et psychologiques qu'elles provoquent forment la trame de fond de ce roman qui se révèle être plus qu'une romance épistolaire.

Ce livre est arrivé au bon moment. Après avoir quitté un univers quelque peu sinistre, cette lecture lumineuse et facile m'a offert un bol d'air de bons sentiments.



vendredi 23 décembre 2016

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffers et Annie Barrows




Quatrième de couverture:


Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivaine, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu natif de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cerlce littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Quelques infos:


Editeur: NIL
Date de parution: 2009
Pages: 391

Mon avis:


Ce livre m'a été offert, il y a quelques années de cela. J'en avais lu quelques pages, je n'avais pas accroché et j'ai remis sa lecture à plus tard. Et c'est beaucoup plus tard que je l'ai redécouvert, un peu oublié dans un carton. Cette fois-ci, le charme a opéré.

Le style épistolaire n'est pas facile à aborder. Pas le temps de faire connaissance avec les personnages que nous voilà déjà plongé dans leur intimité. Je crois que c'est ce qui m'avait rebuté lors de ma tentative de lecture inachevée. A ma deuxième lecture, je me suis aperçue que les auteurs avaient parfaitement maîtrisé cet exercice de style. Quel talent que de nous raconter une histoire à travers les échanges écrits des personnages, où ils évoquent leur caractère, leur goût, leur passé. Les scènes auxquelles nous ne pouvons pas assister sont retranscrites dans les lettres, tout cela dans une écriture au style délicieusement suranné. De fait l'immersion était totale et je me suis vraiment crue en 1946, à cette époque où le courrier était quasiment le seul lien entre les gens.

En 1946, l'Europe se relève, panse ses blessures, les gens réapprennent à vivre et à croire en l'avenir, cherchent le pardon. Cela doit être un de mes premiers livres sur le sujet, et j'ai apprécié de découvrir l'état d'esprit des personnages dans cet après guerre.

Dans leurs lettres, les habitants de Guernesey évoquent également l'occupation. C'est une partie de l'histoire que j'ignorais et effectivement quelle difficulté de vivre avec l'ennemi sur une si petite surface sans aucun échappatoire. Tout cela est raconté avec pudeur et dignité, sans jamais tomber dans le larmoyant même lorsque l'on apprend le tragique destin d'un des personnages.
J'ai également aimé la façon dont la lecture est mise en avant. Plus qu'une distraction lors d'une période difficile, l'amour des livres se transmet entre les différents habitants de l'île, il pousse les gens à se rencontrer.

A force de lire, de parler de livres et de nous disputer à cause d'eux, nous en sommes venus à nous lier étroitement les uns aux autres. D'autres insulaires ont voulu se joindre à nous et nos soirées se sont transformées en moments chaleureux et animés. A tel point que, de temps en temps, nous arrivions presque à oublier la noirceur du dehors.


On rajoute là dessus des petites touches d'humour ici et là, distillées par la personnalité lumineuse de Juliet, une petite histoire d'amour touchante et nous avons entre les mains un roman vraiment réussi, qui aborde de nombreux sujets dans lesquels chacun peut se retrouver.






Citations:


C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre. Cela fonction de manière géométrique, à l'infini, et c'est du plaisir pur.

Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais.

Quand mon fils Ian est mort aux côtés de son père, à El-Alamein, les gens qui me présentaient leurs condoléances ajoutaient souvent: "La vie continue", pour me réconforter.
Quelle bêtise me disais-je. Bien sûr que non elle ne continue pas. C'est la mort qui continue.
Ian est mort et il sera encore mort demain, l'année prochaine, à jamais. La mort est sans fin.
Mais peut-être y aura-t-il une fin à la tristesse.

Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez? Mon amie Sophie appelle cela des coïncidences, et Mr Simpless, mon ami pasteur, la grâce. Il pense que quand on aime profondément une personne ou une chose, on progette une énergie à travers le monde qui lui apporte "la fécondité".


Challenge Coupe des 4 maisons: Batteur, un livre écrit à 4 mains, 25 points

mercredi 29 juin 2016

Et je danse, aussi - Jean Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux


Quatrième de couverture:


La vie nous rattrape souvent au moment où l'on s'y attend le moins.

Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n'écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d'un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n'importe quelle lectrice! Adeline Parmelan, "grande, grosse, brune" pourrait bien être son cauchemar... Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l'un à l'autre. Jusqu'au moment où le paquet révélera son contenu et ses secrets...

Pourquoi j'ai choisi ce livre:


C'est un livre dont on dit beaucoup de bonnes choses dans les blogs littéraires. La façon dont il a été construit m'a intrigué; Jean-Claude Mourlevat envoie un premier mail à Anne-Laure Bondoux qui lui répond. Ils improvisent un échange de mails entre deux personnages et au bout de quelques mois de "jeu" est né ce roman. 


Pourquoi j'ai eu un coup de cœur pour ce livre:


Pierre-Marie Sotto, écrivain à succès en panne d'inspiration, reçoit une grosse enveloppe de la part d'une de ses lectrices. Il lui répond gentiment qu'il ne lira pas ce manuscrit et lui propose de lui renvoyer son enveloppe. Mais Adeline Parmelan ne se laisse pas démonter et lui répond que ce n'est pas ce qu'il croit. L'écrivain hésite, finit par garder l'enveloppe tout en s'abstenant de l'ouvrir. S'ensuit un échange épistolaire où les deux personnages se découvrent et se comprennent. Ils se racontent leur quotidien, leurs déboires sentimentaux, leurs échecs ou leurs réussites. Le tout sur un ton jubilatoire, leurs échanges se transforment en véritable joute verbale pleine de fantaisie et de bons mots. Ils abordent les thèmes les plus tristes avec de l'humour tout en gardant une certaine gravité.
Pierre-Marie écrit également à son éditeur, ses amis, une admiratrice nymphomane. L'arrivée de ces différents personnages donne du rythme à l'histoire. Je ne me suis pas ennuyée une minute
Au fur et à mesure de la lecture, le mystère autour de l'enveloppe s'épaissit, que contient-elle? l'ouvrir ou pas? Nous suivons les questionnements de Pierre-Marie, les indices laissés par Adeline... Le suspens monte crescendo et je me suis surprise à ne pas avoir du tout envie de fermer le livre alors que l'heure d'aller au lit était plus qu'avancée! 
La fin, surprenante, est à la hauteur du début de l'histoire.

C'est donc un livre drôle et profond à la fois, positif, parfois mystérieux.
Un vrai petit bijou fait de papier et de petits caractères noirs!


Citations:


Le rejet et les humiliations auraient pu me détruire; j'ai préféré m'endormir. M'anesthésier. Mais certains événements récents m'ont réveillée de cette longue torpeur, et à présent, je veux vivre pleinement, sans concession.

La différence entre l'amour et le meurtre? Il n'y en a pas. Dans les deux cas, la même question se pose: que faire du corps, après?

Ne vous moquez ni des riches, ni des vieux, vous pourriez le devenir plus tôt que prévu (surtout vieux)

Chaque fois que j'ai eu la bonne idée d'écrire en écoutant ce genre de musique grandiose, je me suis pris pour un génie et j'ai déchanté en me relisant dans le silence. C'est comme quand on prend l'avion: c'est l'avion qui vole, pas vous.

Quant à moi, j'ai essoré ma dernière serpillière hier à 23 heures, puis je me suis écroulée sur le canapé, où j'ai dormi en position fœtale jusqu'au premier chant d'oiseaux parisien, à savoir l'automobiliste impatient (Connardus vehiculum) lançant son fameux coup de klaxon sur le boulevard.