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vendredi 5 juillet 2019

Fille de l'air - Fiona Kidman



Quelques infos:


Édition: Wespieser
Date de parution: 2017
Pages: 480

Mon avis:


Jean Batten est une aviatrice néo-zélandaise qui enchaîna les records dans les années 30 ce qui lui valu une renommée internationale.
Dans cette biographie romancée, on découvre également un pan de l'histoire de l'aviation où les pilotes devenaient des héros à chacun de leurs exploits, les poussant à aller toujours plus vite, toujours plus loin et dont la carrière était souvent abrégée par un crash.

J'ai aimé le portrait de cette femme déterminée, sûre de son talent et de son destin. Elle a du batailler pour réaliser son rêve, à une époque où il était inenvisageable pour une jeune femme de ne pas vouloir se marier. Mais Jean a d'autres aspirations. Elle joue astucieusement de son statut de femme à marier, empruntant de l'argent à ses prétendants pour payer ses heures de vol et assouvir sa passion, soutenue dans son entreprise par une femme, sa mère, Nellie, omniprésente. 

J'ai été un peu frustrée que son voyage Angleterre/Australie dont elle pulvérise le record ne tienne que dans un chapitre. Le livre, finalement, s'intéresse plus au personnage qu'à ses exploits. Néanmoins je me suis passionnée pour l'histoire de cette femme exceptionnelle au destin tragique, qui connut les sommets de la gloire avant de tomber dans l'oubli.



vendredi 7 juin 2019

Hortense - Jacques Expert



Quelques infos:


Édition: De Noyelles
Date de parution: Juin 2016
Pages: 319

Mon avis:


Sophie Delalande élève seule sa fille Hortense qui va bientôt fêter ses 3 ans
Mère dévouée et exclusive, elle couvre sa fille de câlins et de cadeaux. Mais son univers bascule le jour où son ex conjoint kidnappe sa fille. Malgré l'enquête et les avis de recherche, Hortense et son père ne seront jamais retrouvés.
Vingt ans plus tard, Sophie n'est plus qu'une ombre qui mène une existence solitaire. Un soir elle croise une jeune femme dans la rue. Elle en est persuadée, c'est Hortense. Elle va tout faire pour se rapprocher d'elle et entre les deux femmes se noue une relation ambiguë.

Ces derniers temps, il est impossible de ne pas rencontrer le nom de Jacques Expert. Son dernier roman "Le jour de ma mort" se vend comme des petits pains. J'étais curieuse de découvrir cet auteur que je n'avais jamais lu. C'est chose faite avec ce thriller découvert à la médiathèque.

Les chapitres sont courts, alternant avec les points de vue des protagonistes et les rapports d'enquête. Le rythme est soutenu, l'ambiance glauque à souhait. Le roman devient rapidement addictif. 
Les éléments de la relation mère-fille sont habilement distillés et deviennent de plus en plus troublants.  Le lecteur échafaude ses hypothèses rapidement démontées par les chapitres suivants. 
L'ensemble est mené d'une main de maître par l'auteur jusqu'à l'avant-dernière page.
Car malheureusement, le final n'est vraiment pas à la hauteur de tout le reste! Toute la tension, le suspense élaboré au fil des pages, retombent comme un soufflé à la lecture de l'épilogue.
Je n'ai rien contre les fins ouvertes mais il manque quelques clés pour donner à l'ensemble de la crédibilité. Toutes les données exposées dans les chapitres précédents sont effacées et je suis restée perplexe avec tout un tas de questions (et pas des moindres) sans réponses.

C'est dommage car j'ai trouvé l'analyse de cette relation maternelle toxique très intéressante et rien que pour ça, je vous encourage à vous plonger dans ce thriller efficace. Et si vous avez trouvé quelques réponses qui ont pu m'échapper, n'hésitez pas à me les partager!
Bonne lecture.



jeudi 14 mars 2019

Les amants du presbytère - Marie Bernadette Dupuy



Quelques infos:


Édition: Calmann Levy
Date de parution: Février 2017
Pages:  318


Mon avis:


En 1849, la ville de Saint Germain de Montbron en Charente est en ébullition. Son ancien curé ayant été défroqué, un nouveau prêtre a été nommé et vient s'installer au presbytère. Il s'agit de Roland Charvaz. Mais celui-ci ne vaut guère mieux que son prédécesseur. Bien plus préoccupé par les charmes féminins que par les confessions de ses fidèles, il remarque la jolie femme du docteur. Mathilde s'ennuie dans sa vie étriquée de bourgeoise de province et rapidement, elle succombe au charme du prêtre. Entre deux sermons, les deux amants se retrouvent lors de rendez-vous clandestins pour vivre leur passion. Jusqu'au jour où leur secret est menacé. Le couple fomentera alors un plan diabolique...

Attirée par la jolie couverture, cette histoire de couple criminel, inspirée d'un fait réel, m'a intriguée. La première partie du livre manque cependant de rythme et de profondeur. La psychologie des personnages est un peu simple, mal travaillée. Celui de Mathilde notamment, manque de complexité et apparaît comme un femme frivole et pas très futée. Le prêtre Charvaz est décrit comme le grand méchant de l'histoire, avec son côté manipulateur et possessif. Leur relation m'a déplu, Mathilde est trop soumise, il y a un rapport de dominant/dominé qui met mal à l'aise. Finalement, avec de tels protagonistes, le drame apparaît comme inéluctable.
La deuxième partie est plus intéressante, l'enquête, les commérages, le procès. Le rythme s'accélère et je me suis pris au jeu des spéculations sur le destin de Mathilde et de Roland.

Lu en deux jours pendant un week end tempétueux, j'ai été un peu déçue par ce roman. L'écriture est trop simple et manque d'envergure pour réellement nous emmener dans cette passion qui lie Mathilde et Roland. Heureusement la deuxième partie relève l'ensemble, je me suis sentie plus concernée par le devenir des personnages. C'est avec tristesse que j'ai refermé ce livre, pensant à cette pauvre Mathilde qui rêvait d'amour et qui s'est fourvoyée dans une relation qui n'avait rien de romantique au risque de perdre sa famille... quel triste destin! 






lundi 18 février 2019

Le journal de Mary - Alexandra Echkenazi



Quelques infos:


Édition: Belfond
Date de parution: 
Pages: 288


Mon avis:


Qui a tué Mary Meyer? Cette femme de la haute société new-yorkaise a été le grand amour de Jack Kennedy. Elle a été assassinée un an après la mort de son amant, alors qu'elle n'a jamais caché ses doutes quant aux conclusions de la commission Warren. Selon ses proches, elle tenait un journal qui n'a jamais été retrouvé.

Alexandra Echkenazi écrit ici son journal fictif et dresse le portrait d'une femme moderne pour son époque, d'une femme amoureuse, d'une femme libre.

"Ils te diront que parce que tu es une femme, tu n'es pas capable de faire certaines choses. Ne les crois pas Mary. Jamais"

Cette immersion dans l'Amérique des années 60 est passionnante: l'émancipation de la femme, les tentatives d'apaisement dans les relations Est/Ouest, la fin de la ségrégation raciale.... On découvre ici le contexte dans lequel Kennedy a exercé son mandat, les décisions qu'il a du prendre dans un contexte international tendu et qui ne lui ont pas valu que des amis. Le style littéraire ne casse pas des briques, j'ai trouvé que l'histoire d'amour sonnait un peu creux, mais peut être est-ce un effet voulu par l'auteur. On lit un journal intime, pas d'un classique de la littérature. Bien que l'on connaisse le tragique destin de Mary, les pages se tournent facilement et le lecteur se laisse prendre au jeu de cette histoire d'amour. J'ai refermé ce livre avec un peu de frustration ne pouvant démêler le vrai du faux, les faits réels de ce qui est sorti de l'imagination de l'auteur. 

C'est un roman plaisant à lire qui ajoute une pierre au mystère entourant la mort de Kennedy.



lundi 28 janvier 2019

Loin de la foule déchaînée - Thomas Hardy


Quelques infos:


Date de la 1ère parution: 1874
Édition: Archipoche
Date de la présente édition: Mai 2015
Pages: 470

Mon avis:


Dans le sud de l'Angleterre à la fin du 19e siècle, un jeune berger Gabriel Oak s'éprend de la belle Bathsheba Everdene qui repousse sa demande en mariage. Gabriel connaît un nouveau revers de fortune lorsqu'il perd brutalement tout son troupeau. Ruiné, il est contraint de demander une place dans une ferme où la propriétaire n'est autre que Bathsheba. Dans un univers d'hommes, elle tente de diriger seule sa ferme, soutenue par Gabriel toujours épris d'elle. Mais deux prétendants courtisent la belle fermière. Dans ce quadrilatère amoureux, le cœur et les émotions de Bathsheba seront mis à rude épreuve.

Voici un classique de la littérature anglaise considéré comme un des 50 meilleurs romans par la BBC. Il a été publié à l'époque dans un magazine, sous forme de feuilleton. De ce fait, les chapitres ont tous un intitulé et sont relativement courts. Thomas Hardy nous plonge dans la vie rurale du 19e siècle. Le lecteur assiste aux travaux à la ferme, rythmés par les saisons, respectueux de la nature et où la moindre erreur peut être fatale pour un troupeau et une récolte. Comme si le succès ou l'infortune ne tenait qu'à un fil, à une bonne ou mauvaise décision. Ce témoignage du monde agricole de l'époque est porté par toute une galerie de personnages secondaires dont Thomas Hardy dresse le portrait et dissèque le moindre petit défaut.

L'auteur livre également une fine analyse des relations humaines à travers les déboires amoureux de ses quatre personnages principaux. C'est là que se trouve ma petite pointe de déception. J'ai trouvé à certaines phrases des relents de misogynie qui m'ont profondément déplu.

"Comme chez beaucoup de femmes, les sentiments de Bathsheba dépendaient en grande partie de ses nerfs."

Et bim! On en prend pour notre grade! Alors certes, il faut se remettre dans le contexte de l'époque mais ses phrases toutes faites sur les femmes que l'auteur assène comme des vérités ont fini par m'agacer. Je trouvais également que le personnage de Bathsheba ne relevait pas le niveau. Elle est impétueuse, vaniteuse et se conduit parfois comme une écervelée.

"Bathsheba considérait l'amour comme un jeu; mais elle ne se faisait aucune idée de l'amour vrai, celui qui subjugue."

Ces traits de personnalité ne l'aident pas à prendre les meilleures décisions. Et pourtant, au fil des chapitres, on la voit douter, réfléchir à ses erreurs et prendre acte des conséquences. Cette évolution la rend plus humaine, j'ai fini par lui pardonner ses erreurs et ses inconséquences et éprouver pour elle une forme de compassion. Au final, on prend conscience de la modernité du personnage qui doit prendre des décisions, faire sa place dans un milieu d'hommes à une époque où pour les femmes, le salut ne passait que par un bon mariage. 

Autour d'elle gravitent ses trois courtisans: le patient et fidèle Gabriel Oak, M. Boldwood au caractère passionné et le sergent Troy, un séducteur un brin cynique. Bathsheba arrivera-t-elle à faire le bon choix? C'est le fil rouge du roman. Ma petite fleur bleue a été un peu déçue voire même malmenée. Je ne me suis pas sentie emmenée par la description du sentiment amoureux, l'auteur portant même sur l'amour en général un regard assez pessimiste.

"Leur mutuel attachement n'était autre que cette affection profonde qui naît, hélas! trop rarement, lorsque le hasard a mis en présence, sous le jour le moins favorable, deux être qui, seulement plus tard, révèlent leur grandes qualités. Cette bonne camaraderie, qui résulte de la poursuite d'un but commun, est malheureusement peu fréquente à côté de l'amour: homme et femme veulent bien s'associer dans le plaisir, mais non pas dans la peine. Cependant, quand des circonstances fortuites permettent son développement, ce double sentiment est le seul amour qui soit aussi fort que la mort, l'amour que rien ne peut ébranler ni amoindrir, à côté duquel toute autre passion de ce nom n'est que vaine fumée."

Au final, j'ai apprécié ma lecture grâce à l'évolution que l'auteur a donné à Bathsheba (j'ai vraiment été circonspecte au début!) et à la description de la vie dans les campagnes anglaises à l'époque. J'y étais venue chercher une belle et grande histoire d'amour, j'ai été un peu déçue de ce point de vue là. Je dois également préciser que la traduction dans cette édition m'a paru particulièrement mauvaise. La mise en page également, l'absence de saut de ligne dans les paragraphes entre deux scènes complique nettement la lecture.



mercredi 26 décembre 2018

Le vieux qui voulait sauver le monde - Jonas Jonasson



Quelques infos:


Édition: Presses de la cité
Pages: 495
Date de parution: Octobre 2018

Mon avis:


Ce roman est une suite de "Le vieux qui ne voulait pas souhaiter son anniversaire" où l'on avait suivi les aventures d'Allan Karlsson, un centenaire qui s'était évadé de sa maison de retraite. A travers le récit de ses multiples aventures, on découvrait comment sa personnalité hors du commun lui avait permis de rencontrer les grands noms de l'Histoire.

Cet opus est dans la lignée du précédent, même ambiance, même aventures abracadabrantesques. On le retrouve ici, avec son ami Julius, dans un hôtel à Bali où ils passent des journées heureuses et insouciantes... Mais par un malheureux concours de circonstance, les voilà échoués dans une nacelle de montgolfière en pleine mer, sauvés par un navire Nord Coréen. Là encore, l'astuce et le culot du centenaire l'amèneront dans les hautes sphères du pouvoir.

Au travers cette histoire complètement farfelue, l'auteur nous livre une analyse intéressante de la géopolitique mondiale actuelle qu'il tourne en dérision. Tout le monde en prend pour son grade, les américains, les russes, les européens... Avec humour, il dresse le portait à peine caricaturés des dirigeants de ce monde, tel que Donald Trump par exemple:

"En ce qui concernait la vraie guerre, c'était un peu plus complexe. Les dirigeants des autres pays se révélaient aussi difficiles à renvoyer que les membres du Congrès. Il ne lui restait que la menace de leur faire la peau à coups de bombes. Cette approche fonctionnait dans le monde de l'entreprise, en remplaçant "bombes" par "procès". Mais quand l’adversaire était un dément narcissique, haut comme trois pommes, avec l'arme nucléaire dans la poche, mieux valait réfléchir à deux fois. Ce n'était pas le point fort de Donald Trump, il l'admettait."

L'auteur revisite l'actualité avec impertinence. Sa plume se fait mordante lorsqu'il évoque les travers de nos classes dirigeantes et il prend visiblement le parti pris d'en rire. En revanche, je suis complètement passée à côté des facéties et des aventures d'Allan qui m'ont laissé de marbre (peut être la faute à un moral en berne ces derniers temps). L'ambiance du premier tome était volontairement légère. Ici, en faisant écho à des événements inscrits dans notre présent, le ton se fait plus grave, notamment dans les dernières pages où l'on sent poindre une dose d'amertume. Et c'est avec un sentiment d’inquiétude que j'ai refermé ce livre.

"Des chercheurs avaient constaté que l'intelligence moyenne régressait. Allan avait lu que ceux qui se servaient trop de leur tablette perdaient leur aptitude à communiquer. Ceux qui surfaient sur le Net laissaient d'autres penser à leur place, au point de s'abêtir. 
Allan devient soucieux quand il comprit que lorsque la vérité reculait, l'intelligence aussi. Avant, distinguer le vrai du faux était facile. L'eau-de-vie était bonne. Deux et deux ne faisaient pas cinq. Mais maintenant que les gens ne parlaient plus entre eux, c'était à celui qui affirmait une chose le plus grand nombre de fois. Certains avaient perfectionné cet art à un tel point qu'ils parvenaient à se répéter en l’espace de quelques secondes. De quelques secondes!"


Finalement, ce n'est pas l'humour que je retiendrai de ce livre mais l'analyse et le point de vue de l'auteur sur les problématiques du monde actuel.




Livre reçu dans le cadre d'une opération Masse Critique. Merci au site Babelio et aux Éditions Presses de la Cité pour cet envoi!

samedi 8 décembre 2018

Les disparus du phare - Peter May



Quelques infos:


Édition: Édition du Rouergue (Noir)
Date de parution:  Juin 2016
Pages: 314

Mon avis:


Sur la place d'une île écossaise, un homme reprend connaissance, en état de choc. Mais sa mémoire lui joue des tours. Incapable de se souvenir de son identité, il comprend que quelque chose de terrible est arrivé et a suscité son amnésie. Petit à petit, il reconstitue les pièces du puzzle et recherche des indices pour découvrir qui il est et les raisons de sa présence sur cette île
Parallèlement, on suit Karen, une ado, rebelle, dévastée par le suicide de son père, 2 ans plus tôt. Elle mène également son enquête afin de découvrir les raisons de la disparition de son père. 

Je ne suis pas une grande adepte des polars, même si j'apprécie d'en lire un de temps en temps. On m'avait recommandé Peter May, cet auteur écossais dont la fine plume reconstitue merveilleusement la splendeur sauvage des paysages écossais. J'ai effectivement apprécié la description des lieux, des ambiances, de ces rivages façonnés par les embruns, de ces landes balayées par les tempêtes.... L'amnésie du personnage principal participe à la tension ressentie au fil des pages. Le lecteur est emmené avec lui dans la quête de son identité. 
Lorsque l'on comprend les raisons qui ont poussé le héros à s'installer sur cette île, le livre devient plus engagé, avec une thématique écologique particulièrement intéressante et tout à fait d'actualité.
Même si les ficelles sont un peu grosses, qu'on voit venir le dénouement et que certains personnages sont un peu caricaturaux (l'adolescente rebelle avec ses tatouages et ses piercings manque de subtilité), c'est une lecture que j'ai apprécié, la qualité d'écriture de l'auteur relevant l'ensemble.

Il me tarde désormais de découvrir,de ce même auteur,la trilogie écossaise.



mardi 27 novembre 2018

Une colonne de feu - Ken Follett



Quelques infos:


Édition: Robert Laffont
Date de parution: Septembre 2017
Pages: 928 (!)

Mon avis:


En 1558, à l'ombre de la cathédrale de Kingsbridge, cité marchande d'Angleterre, deux adolescents Ned et Margery, rêvent d'amour et de mariage. Mais la famille de Margery a d'autres projets pour la jeune fille, son père et son frère la promettent au comte de Shiring. Une telle union leur permettra d'entrer dans noblesse anglaise et d'accroître leur influence. Ned, le cœur brisé, part rejoindre les services secrets de sa majesté Elizabeth I, de confession protestante, qui essaye d'établir un semblant de paix dans le royaume en proie à des luttes de pouvoir entre catholiques et protestants. 

Ken Follett relate ici, sur plusieurs décennies, les guerres de religion qui ont embrasé l'Europe au 16e siècle. Insérant habilement des personnages fictifs au sein même de l'Histoire, il nous narre cette période obscure où catholiques et protestants se sont entre-tués pour l'exercice de leur culte. Alors certes, ce roman me fait l'effet d'un blockbuster Hollywoodien. C'est efficace, bien calibré pour le succès... Mais ça manque de charme. Notamment, les personnages beaucoup trop manichéens à mon goût, la cruauté des méchants ou la perfection des gentils n'ont aucune mesure. L'intérêt de cette galerie de personnages s'en trouve diminué, l'ensemble manquant de relief.  Les piliers de la terre ou Un monde sans fin faisait la part belle aux bâtisseurs de cathédrales. Ici, Kingsbridge n'est qu'un décor parmi d'autres, la cathédrale est relayée au second plan (petite déception personnelle). 
Mais je lui pardonne bien volontiers. C'est un roman très riche, racontant les guerres de religion sans aucun parti pris, éclairant le lecteur sur certains faits historiques. C'est toujours très intéressant et très bien documenté.  J'ai aimé la partie espionnage de ce roman historique et la façon dont Elizabeth place ses pions afin de déjouer les complots ourdis contre elle. J'ai aimé la bataille navale, où là encore, je ne peux qu'admirer l'érudition et la qualité d'écriture de Ken Follett. Les 928 pages de ce pavé défilent toutes seules et c'est sans aucune lassitude que je suis allée au bout. 



mercredi 17 octobre 2018

Erick de Briovère - Jean-Claude Boscher




Quelques infos:

Édition: Eurocibles
Date de parution: 2016
Pages: 220

Mon avis:


Erick est un jeune norvégien qui débarque avec ses parents sur la rive de la Ver (la Vire) en l'an 890. Attirés par le doux climat et les collines verdoyantes, ils décident de s'installer à Briovère, ancien nom de Saint-Lô, malgré la méfiance des locaux. Malheureusement lorsque des Vikings s'attaquent aux habitants et détruisent la ville, Erick et sa famille sont pris pour cible. Contraint de retourner en Norvège, Erick se retrouve tiraillé entre son pays natal et la nostalgie de la belle région normande.

J'ai reçu ce livre lors de la dernière opération Masse Critique organisé par le site Babelio. L'auteur nous raconte de façon romancée un épisode de l'histoire de la ville de Saint-Lô détruite lors de la bataille de Briovère en l'an 890. Le livre est agrémenté de photos illustrant les vestiges de la ville à cette époque. J'ai bien aimé découvrir les relations commerciales de l'époque, aspect méconnu des échanges entre Européens et Vikings. A la fin du livre, l'auteur cite ses sources, et rend compte du sérieux de son travail. L'écriture est simple, sans prétention, et le livre se lit facilement. 
A découvrir pour les locaux ou les passionnés de l'histoire viking.



jeudi 11 octobre 2018

Danse avec les loups - Michael Blake



Quelques infos:


Édition: J'ai lu
Pages: 317
Date de 1ère parution: 1988

Mon avis:


Le lieutenant John Dunbar, après un acte héroïque sur le champ de bataille en pleine guerre de Sécession, choisit son affectation dans un poste reculé situé à la frontière de l'Ouest sauvage. Découvrant le fort abandonné, il se charge de le remettre en état. Ses journées sont rythmées par les travaux quotidiens, les rondes avec son cheval Cisco et les visites inattendues du loup "Deux bottes". Jusqu'au jour où des indiens Comanches tentent de lui voler son cheval. Il décide d'aller à la rencontre de ses hardis voisins. John Dunbar découvrira alors leur mode de vie, en harmonie avec la nature, fondé sur le respect de l'autre et le partage. Prenant alors conscience de la bêtise et de la cruauté de l'homme blanc, il se détachera progressivement de son ancienne existence, renonçant à ses devoirs de soldat pour partager la vie et le tragique destin des Comanches.

Comme beaucoup je pense, j'ai découvert le film avant le livre, dont le succès critique et public a marqué les années 90. La lecture du roman dont Kevin Costner s'est inspiré m'a permis de me replonger dans cette sublime histoire d'amour et de tolérance.

Si cela m'a permis d'éclaircir certains points qui m'ont échappé, je dois reconnaître que j'ai rarement vu un film aussi proche du roman dont il s'est inspiré. On retrouve quelques différences dans la chronologie, des Sioux à la place des Comanches (d'ailleurs pourquoi?) mais quasiment toutes les scènes ont été fidèlement retranscrites.

Pour autant, j'ai trouvé la lecture de ce roman parfaitement complémentaire. Il permet de saisir parfaitement le choc des cultures et l'évolution du lieutenant Dunbar. Dans un premier temps fidèle à ses devoirs de soldat, sa rencontre avec les Comanches ébranlera ses certitudes. Il soignera ses blessures à l'âme, meurtrie par la guerre, au contact d'un peuple à la vie simple, en harmonie avec la nature. Émerveillé par leur mode de vie, il se sentira enfin en accord avec lui même découvrant l'homme véritable qui vit au fond de lui: "Danse avec les loups".

"Il y a de nombreuses pistes dans cette vie, mais peu d'hommes sont capables de suivre celle qui compte le plus... même des hommes comanches. C'est la piste du véritable être humain. Je pense que tu es sur cette piste. C'est une chose que je suis heureux de voir. C'est bon pour mon cœur."

Néanmoins, le film réalisé par Kevin Costner garde ma préférence. Il mérite le qualificatif de "chef d'oeuvre" ce qui, de mon point de vue, n'est pas le cas du roman.
Je vous invite malgré tout à découvrir le livre, si comme moi, vous aimez comprendre la genèse d'une oeuvre.






mardi 11 septembre 2018

Toute la lumière que nous ne pouvons voir - Anthony Doerr




Quelques infos:


Édition: Livre de Poche
Date de publication: 2016
Pages: 697

Mon avis:



C'est en flânant entre les rayonnages d'une librairie que j'ai été attirée par la jolie couverture représentant une vue aérienne de Saint Malo. L'autocollant "Prix des lecteurs 2017" et la lecture du résumé ont achevés de me convaincre d'acheter ce livre.

Marie-Laure est française. Orpheline de mère, elle vit seule avec son père qui travaille au Muséeum d'histoire naturelle à Paris. Devenue aveugle, elle est poussée par son père à dépasser son handicap. Ingénieux, il s'évertue à créer maquettes et autres casse tête pour que Marie Laure adapte et développe ses autres sens. Poussés par la guerre à l'exode, père et fille se réfugient à Saint Malo où s'organise la résistance.
Werner est allemand. Il vit avec sa sœur dans un orphelinat où son seul avenir est de descendre à la mine comme les autres hommes de la région. Mais c'est un enfant curieux et dégourdi qui se passionne pour les radios, qu'il répare avec ce qu'il trouve lors de ses escapades autour du pensionnat. Son talent est remarqué par un officier allemand qui le pousse à intégrer une école des Jeunesses hitlériennes. C'est ainsi qu'il se retrouve, un peu malgré lui, sur le front à rechercher des émetteurs radios clandestins.

Ce roman alterne des chapitres courts basculant d'un personnage à un autre, d'une époque à une autre. Le style est incisif, percutant. Les phrases sont courtes, fragmentées. Les ellipses font travailler l'imagination du lecteur qui en ressort tout étourdi. Nos jeunes héros auront finalement vécu le bombardement de Saint Malo de la même manière. Werner est pris au piège dans une cave effondrée, Marie-Laure est privée de sa vue, et c'est à l'aide de leurs seuls sens encore efficients qu'ils essayeront de sauver leur peau.

Malheureusement, le style de l'auteur m'a parfois gênée. Le bombardement de Saint Malo est le fil rouge du roman. On y revient sans cesse entre deux chapitres consacrés à l'enfance des deux enfants. Et il y a une telle tension dramatique pendant cet épisode que j'ai trouvé cet effet "page turner" assez insupportable et un peu artificiel.

C'est dommage car j'ai vraiment été emportée par le tragique destin de Werner et de Marie-Laure, ces deux adolescents brutalement sortis de l'enfant en ces temps de guerre. Leur extrême maturité est particulièrement touchante et ne peut laisser indifférent. Du haut de leur seize ans, ils nous donnent une belle leçon de vie.

" Quand j'ai perdu la vue, on m'a dit que j'étais courageuse. Quand mon père est parti, on m'a encore dit que j'étais courageuse. Mais ce n'est pas du courage: je n'avais pas le choix. Tous les matins, je me réveille et je vis ma vie. Pas vous?"

Il y a également toute une galerie de personnages secondaires tout aussi attachants: le père de Marie-Laure, qui s'investit avec amour dans l'éducation de sa fille handicapée, son grand-oncle, devenu un peu fou après la première guerre mondiale et qui va peu à peu sortir de sa torpeur sous l'influence de la jeune fille...
Comme à chaque roman sur le sujet, le lecteur est amené à s'interroger. Qui fait vraiment la guerre? La guerre ne provoque-t-elle pas que des victimes?

"Tu sais qu'elle est la plus grande leçon de l'histoire? C'est qu'elle est toujours écrite par les vainqueurs. La voilà la leçon. Celui qui juge, c'est le vainqueur."


Au final, voilà un énième roman sur la seconde guerre mondiale qui a le mérite de renouveler le genre. Ce livre ne peut laisser indifférent. Loin d'y trouver le chef d'oeuvre vanté par la quatrième de couverture, j'ai trouvé cette histoire passionnante mais mal desservie par le style de l'auteur.




lundi 17 juillet 2017

Le Cercle - Dave Eggers




Quelques infos:


Edition: Gallimard
Date de 1ère parution: 2016
Pages: 511


Mon avis:


Mae Holland, 24 ans, vient de se faire engager par une entreprise informatique prestigieuse: Le Cercle. Elle intègre son siège californien et découvre, éblouie, les règles sociales appliquées par son nouvel employeur. Le siège de l'entreprise ressemble à un parc d'attraction où les employés ont accès à des salles de sport, ont un suivi médical rigoureux et peuvent tester les derniers gadgets. Au Cercle, il ne suffit pas de travailler, il faut également participer activement à la communauté en utilisant les réseaux sociaux; Relayer les infos, commenter, liker, suivre sa cote de popularité qui évolue selon son taux de participation. Jouant le jeu jusqu'à la démesure, Mae se fait remarquer et progresse rapidement au point de devenir une personnalité en vue. Appliquant à la lettre les consignes de son employeur, Mae s'éloigne de ses proches et devient l'instrument consentant d'une entreprise totalitaire.

Voici un roman de science-fiction qui fait froid dans le dos. C'est une version 2.0 de 1984 qui j'ai lu adolescente. Ici c'est le Cercle qui nous regarde, collectant les infos que nous laissons innocemment sur le net, croisant les données et obligeant les internautes à se dévoiler. Cette société semble idéale, plus de mensonges, accès à la connaissance illimité... Derrière des objectifs philanthropiques se cache une entreprise qui veut tout contrôler, tout aseptiser... Dave Eggers pousse son raisonnement à l'extrême: que deviendrait une société où l'on pourrait tout montrer, tout voir? Deviendrait elle un paradis où le mensonge, les mystères seraient bannis ou au contraire une tyrannie, où la norme devrait être respectée, où l'intimité serait bannie et considérée comme anormale? 
Les raisonnements sont simplifiés à l'extrême (si vous n'avez rien à vous reprocher, pourquoi vous cacher?), l'avis des masses met à mal notre libre-arbitre. La façon dont cette araignée tisse sa toile, prenant dans ses filets de simple concitoyens, puis des hommes politiques, puis des gouvernements entiers est terrifiante. 
Certains passages sont savoureux, les réactions de ses collègues lorsqu'elle oublie de commenter une de leur publication ou de participer à leur réseau donnent lieu à des scènes complètement absurdes.
Les entretiens entre Mae et sa hiérarchie sont remarquables. Une machinerie à broyer tout sens critique se met en branle alors même que les dialogues semblent bienveillants. Mae se fait manipuler sans même s'en rendre compte.

Même si ce livre connaît quelques longueurs et présente une piètre qualité littéraire, le propos est intéressant, instructif et a le mérite de faire réfléchir sur notre utilisation des réseaux sociaux et des données que nous laissons sur le net. 



vendredi 16 juin 2017

Aphrodites et vieilles dentelles - K. Brunk Holmqvist



Quelques infos:


Edition: J'ai lu
Date de 1ère parution: 2004
Pages: 280


Mon avis:


Tilda et Elida sont sœurs, vieilles filles, et vivent toutes deux dans la maison familiale héritée de leur parent. Sans eau courante, les toilettes sont au fond du jardin. Malgré ce manque de confort, elles sont attachée à leur maison. Elles mènent une vie réglée comme du papier à musique, rythmée par les travaux domestiques, les confitures, l'entretien du jardin.... Jusqu'au jour où un nouveau voisin s'installe dans la maison d'à côté. Lorsqu'elles constatent que l'engrais qu'il utilise fait de l'effet aux animaux du voisinage, elles décident de monter un commerce de vente par correspondance de produit aphrodisiaque afin de s'offrir des WC à l'intérieur. 

Ce livre m'a été envoyé par les Editions J'ai lu dans le cadre d'une opération Masse critique du site Babelio, merci à eux!
J'ai un peu la nostalgie du savoir-faire de nos grands parents, qui occupaient leur journée à la broderie, au jardin ou aux confitures et dont la vie était rythmée par les saisons et j'ai aimé découvrir la vie de ces deux vieilles femmes. Bien qu'âgées de 72 et 79 ans, elles restent attachées aux valeurs de piété et bonne conduite enseignées par leur parent et il est amusant de voir comment elles vont être amenées à fabriquer des potions aphrodisiaques. Elles sont vraiment attendrissantes ces deux vieilles, dans leurs petites manies, leur relation et leur courage aussi car il en faut pour monter un tel commerce quand on est vieille fille et qu'aller à la ville est déjà toute une aventure.
Malheureusement, l'histoire a du mal à décoller. Le lancement du commerce n'intervient qu'en milieu de livre. J'imaginais une réelle aventure pour nos deux petites vieilles mais l'intrigue reste dans l’œuf et le livre se referme sur une impression d'inachevé. 
C'est néanmoins une lecture agréable, le style est plaisant, les notes d'humour font mouche. Un livre à lire pour un bon moment de détente.




samedi 25 mars 2017

Une lettre de vous - Jessica Brockmole



Quelques infos :


Édition: Pocket
Pages: 318
Date de parution : 2014

Mon avis :


Ce roman épistolaire nous propose un voyage entre deux continents et deux époques. 
Il s'ouvre sur la correspondance, commencée en 1912, entre Elspeth, une poétesse vivant sur l'île de Skye en Ecosse, et David, un américain, admirateur de ses poèmes. 
Puis l'auteur nous emmène en 1940, où Margaret échange des lettres avec son amoureux parti au front. Elle lui raconte la découverte fortuite d'une correspondance entre Sue et Davey qui l'amène à enquêter sur les secrets bien gardés de sa mère.

Alors certes, un petit manque de crédibilité m'a gênée, notamment le style que j'ai trouvé trop moderne pour du courrier datant de 1912. De plus, lorsqu'on devait attendre des lettres trois semaines, le temps qu'elles traversent l'océan, j'ai des difficultés à croire que le correspondant ne se contentait que d'écrire trois lignes. La fin et la réaction incompréhensible d'un des protagonistes, m'ont également parues un peu tirées par les cheveux.

Néanmoins, je garde le souvenir plaisant d'une lecture très agréable. C'est une belle histoire d'amour, racontée avec de jolies phrases, tout en pudeur et délicatesse. C'est la rencontre improbable entre deux individus, qu'un océan sépare mais que les mots rapprochent.

"Je me couche tôt pour cesser de ruminer et chasser la solitude, mais je n'arrive pas à fermer l'œil. Je l'avoue, j'ai ressorti et relu toutes vos lettres, ce qui fait que parfois, je m'endors enveloppée de vos mots."

Elspeth est un personnage féminin moderne pour son époque. Un peu à l'étroit sur son île d'où elle ne s'échappe qu'à travers ses lettres ou poèmes, elle suit son cœur, faisant fi des conventions, l'amour la poussant à aller au delà de ses limites.
David est un homme qu'on aimerait rencontrer. À la fois malicieux, vif d'esprit et bienveillant, il sait manier les mots avec tendresse.

"Le 24 décembre au soir, juste sur le coup de minuit sors dehors et lève la tête vers la lune. Goûte les flocons sur tes lèvres en imaginant que ce sont les miennes qui t'effleurent ainsi. Je sortirai pile au même moment. Je te le promets. Peu importe si je suis toujours à Paris ou n'importe où ailleurs en France, je fermerai les yeux et j'aurai la même pensée. Peut-être qu'elle deviendra réalité, ne serait-ce qu'un instant."

J'ai également aimé l'enquête menée par Margaret et l'audace dont elle fait preuve pour découvrir les secrets de sa mère.
La vie des civils pendant les deux grandes guerres est également évoquée. Le rationnement, l'éloignement familial, les blessures physiques et psychologiques qu'elles provoquent forment la trame de fond de ce roman qui se révèle être plus qu'une romance épistolaire.

Ce livre est arrivé au bon moment. Après avoir quitté un univers quelque peu sinistre, cette lecture lumineuse et facile m'a offert un bol d'air de bons sentiments.



mercredi 1 mars 2017

Une page d'amour - Emile Zola



Quelques infos:


Edition: Livre de poche
Pages: 416
Date de parution: 1879

Mon avis:


Veuve depuis son arrivée récente sur Paris, Hélène Grandjean élève seule sa fille Jeanne, enfant maladive âgée de onze ans, qui voue à sa mère un amour absolu et exclusif. Sortant peu pour ménager la santé délicate de sa fille, ses journées s'égrènent dans le calme, rythmées par ses travaux de couture, la contemplation de Paris et  les visites hebdomadaires des rares amis qu'elle a pu rencontrer. Lors d'une crise de sa fille, Hélène fait la connaissance du Docteur Henri Deberle, homme marié et père d'un petit garçon. Cette rencontre les bouleverse tous deux et ils découvrent un sentiment jusque là méconnu: la passion. Elle s'ouvre petit à petit au monde qui l'entoure et rend quotidiennement visite à la famille Deberle. 
L'amour qui unit Henri et Hélène n'est partagé que par d'intenses conversations, des échanges de regard et des effleurements. Des moments intimes et connus d'eux seuls qui leur offrent une douce quiétude.

"Alors, les relations se nouèrent plus étroitement encore, une vie charmante commença. Pour Hélène, c'était comme si Henri n'avait jamais cédé à une minute de folie; elle avait rêvé cela; ils s'aimaient mais ne se le diraient plus, ils se contenteraient de le savoir. Heures délicieuses pendant lesquelles, sans parler de leur tendresse, ils s'en entretenaient continuellement, par un geste, par une inflexion de voix, par un silence même. Tout les ramenait à cet amour, tout les baignait dans une passion qu'ils emportaient avec eux, autour d'eux, comme le seul air où ils pussent vivre."

Mais lorsque Jeanne perçoit le lien qui les unit, elle se montre jalouse et tentera par tous les moyens de les séparer.

Quelle belle et bouleversante histoire que celle d'Hélène. 
J'ai beaucoup aimé son personnage, cette femme du 19e siècle, honnête et droite, mère dévouée qui voit son quotidien bouleversé par la passion qu'elle ressent pour un homme marié. Ces sentiments vont s'insinuer dans sa vie sage et rangée, un moment suspendu dans le temps, une page d'amour. C'est un magnifique portrait de femme, partagée entre sa maternité, le respect des conventions morales de l'époque et les sentiments qui animent son cœur de femme, 
Ce qui rend cette histoire si troublante, c'est le personnage de Jeanne, très complexe. Sa maladie nous bouleverse  et on retrouve parfois chez elle l’innocence propre aux enfants de son âge mais l'amour destructeur qu'elle voue à sa mère est dérangeant. Elle se comporte souvent en tyran à l'égard d'Hélène. On perçoit tout le temps sa présence, oppressante, elle en ferait presque peur.

"Et elle vit Jeanne, la face toute pâle, qui les regardait, de ses yeux grandis, d'un noire d'encre. L'enfant n'avait pas bougé, le menton dans la plume, serrant toujours l'oreiller dans ses petits bras. Elle venait seulement d'ouvrir les yeux, et elle les regardait.
- Jeanne, qu'as tu? demanda Hélène. Es-tu malade? Veux-tu quelque chose?
Elle ne répondait pas, elle ne bougeait pas, n'abaissait même pas les paupières, avec ses grands yeux fixes, d'où sortait une flamme. L'ombre farouche était descendue sur son front, ses joues blêmissaient et se creusaient. Déjà elle renversait les poignets, comme à l'approche d'une crise de convulsions."

Enfin, Zola ne serait pas Zola sans les longues pages où il plante le décor. De longues descriptions évoquent ce Paris, animé, qui s'agite sous les fenêtres de l'appartement d'Hélène.

Ce livre est le 8e tome de la série des Rougon-Macquart. Je l'ai lu indépendamment des autres sans avoir l'intention de relire toute la série.  Je ne peux donc le comparer aux autres œuvres que j'ai lu au collège ou au lycée et dont je n'ai gardé qu'un souvenir lointain. Alors certes, les digressions de Zola sur les personnages secondaires m'ont parfois impatientées. Néanmoins, j'ai trouvé son écriture très cinématographique, le décor est décrit avec une telle précision qu'il s'anime sous nos yeux. L'amour et la passion sont superbement bien retranscrits et ces mots ont fait vibrer ma petite fleur bleue.





Challenge des douze thèmes: "Coeurs sur toi" Et si on lisait une romance?
Coupe des 4 maisons: Relique de l'amour, livre avec un triangle amoureux (15 points)

vendredi 17 février 2017

Voici venir les rêveurs - Imbolo Mbue




Quelques infos:


Edition: Belfond
Date de parution: 2016
Pages: 420

Mon avis:


Jende est camerounais. Il a immigré aux Etats Unis et a travaillé dur pour faire venir sa femme, Neni et son fils. Doté d'un visa qui arrive à expiration, il attend d'obtenir sa green card, ce sésame qui lui permettra de rester aux Etats-Unis. Neni mène des études brillantes et se rêve pharmacienne. Ils ont des projets de maison, de grandes études pour leur fils. Tout semble si accessible aux Etats Unis.

"L'Amérique a quelque chose à offrir à tout le monde monsieur. Regardez Obama, monsieur. Qui est sa mère? Qui est son père? Ce ne sont pas des gens importants du gouvernement. Ce ne sont pas des gouverneurs, pas des sénateurs. En fait, monsieur, j'ai entendu dire qu'ils étaient morts. Et regardez Obama aujourd'hui? Cet homme, un homme noir sans père, ni mère, qui essaie de devenir le président d'un pays!"

Et lorsque Jende décroche une place de chauffeur pour un grand financier de Wall Street, ils touchent du doigt leur rêve. Mais c'est sans compter la malchance et la crise financière des subprimes. Jende et Neni vont de désillusions en désillusions et voient leur rêve s'effondrer. 

Roman sur la vie des immigrés, ces candidats à une vie meilleure, l'auteur remet en cause ce rêve américain où persiste les inégalités et où les valeurs humaines et familiales s'effacent devant l'argent. Elle retranscrit parfaitement les difficultés rencontrées par Jende et Neni d'aller au delà des clivages sociaux dans cette Amérique où ils se sont bercés d'illusions. 
La ténacité dont ils font preuve, leur courage, leur naïveté parfois m'ont touché. 
J'ai cependant été moins convaincue par le couple d'américains qu'ils côtoient. Symboles de la réussite dont rêve Jende, ils réunissent les stéréotypes de la famille américaine, ultra-riche mais névrosée, chez qui il manque l'essentiel. On frise la caricature.
C'est d'ailleurs lorsque ce couple d'américain s'efface que le récit gagne en intérêt. 

C'est un livre qui offre un éclairage intéressant sur un sujet d'actualité et qui nous imprègne de culture camerounaise. Une belle découverte.




Citations:


"Les gens restaient avec leurs semblables. Même à New-York, même dans cette ville de mélanges, les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres composaient leur petit cercle de gens comme eux. Et quel mal y avait-il à cela? Il était bien plus simple de faire ainsi que de dépenser son énergie à tenter de se fondre dans un monde auquel on n'était pas censé appartenir. Voilà ce qui rendait New-York si merveilleux: il y avait là un monde pour chacun.


Les Jeux Olympiques des nationalités: Continent: Afrique, Pays, Cameroun
7 pays sur 10

samedi 28 janvier 2017

L'auberge de la Jamaïque - Daphné du Maurier



Quelques infos:


Edition: Livre de poche
Parution: 1936
Pages: 321

Mon avis:


A la mort de sa mère, Mary Yellan quitte sa région natale pour rejoindre sa tante qui vit en Cornouailles avec son mari, aubergiste. Sa tante est devenue une femme soumise, terrorisée par sa brute de mari. L'auberge, peu accueillante, ne reçoit plus de voyageurs depuis longtemps. Au milieu de cette lande désolée, des hommes s'arrêtent certaines nuits, aussi violents et avinés que le tenancier. Malgré le sentiment de dégoût que lui inspire son oncle, l'environnement hostile des marécages environnants, Mary reste dans le but de sauver sa tante des mains de son mari. 

Le voyage de Mary quittant les vertes prairies d'Helford vers l'Auberge de la Jamaïque annonce tout de suite la couleur. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une ambiance lourde et angoissante. 

"Elle était inexorable cette pluie qui cinglait les vitres du coche et s'infiltrait dans un sol rude et stérile. Il n'y avait pas d'arbres, sauf un ou deux peut-être qui tendaient aux quatre vents leurs branches dénudées, ployés et tordus par des siècles d'intempéries. Et les orages et le temps les avaient si bien noircis que si, par aventure, le printemps s'égarait en un tel endroit, aucun bourgeon n'osait se transformer en feuille, de crainte de mourir de froid. La terre était pauvre, sans prés ni haies; on ne voyait que des pierres, de la bruyère noire et des genêts rabougris."

L'oncle de Mary est particulièrement terrifiant. Ravagé par l'alcool, ses réactions imprévisibles et violentes laissent craindre le pire pour la jeune fille. Au fil des pages, le suspense monte crescendo. Mais que se passe-t-il dans cette auberge? Le cadre de cette histoire est parfaitement décrit par Daphné du Maurier. Au milieu de la nuit, le lecteur entend le grincement des roues des chariots, distingue les ombres des hommes se donnant à de mystérieux trafics au milieu de la cour. 
Je me suis sentie plongée dans cette ambiance glauque et mystérieuse. Les pages se tournent facilement et j'éprouvais une envie irrépressible de découvrir ce que cachait l'oncle. Certains passages m'ont clairement fait frissonner et même si ils me laissaient un sentiment de malaise, c'était suffisamment bien écrit pour que j'ai envie d'y retourner!

"Une araignée rampa sur la main du mort* et il sembla étrange à Mary que cette main restât immobile, sans chercher à se débarrasser de l'araignée. Puis, l'araignée grimpa sur le bras, montant vers l'épaule; quand elle arriva à la blessure, elle hésita, fit un détour, puis revint avec curiosité; il y avait, dans sa rapidité, une absence de crainte qui était horrible et profanatrice." 

(*Afin de ne pas spolier l'oeuvre, j'ai volontairement enlevé le nom du mort!)

Si les personnages de l'oncle et de la tante sont bien réussis et crédibles, une petite ombre entache ma lecture. J'ai eu du mal à comprendre Mary. C'est une femme courageuse, travailleuse, indépendante, un brin féministe, mais parfois tellement naïve. Sa fâcheuse tendance à se jeter dans la gueule du loup était agaçante. Mais surtout, je n'ai pas du tout cru en son histoire d'amour avec un des personnages. Ses sentiments s'installent avec une rapidité surprenante envers un homme particulièrement machiste (la scène où il la relègue aux fourneaux pour préparer un repas m'a laissé perplexe!). Les deux dernières pages m'ont laissé une impression un peu amère et je n'ai pas compris son choix et cette façon de se soumettre en totale contradiction avec sa personnalité.

"Je m'étais proposé (...) quand tout serait fini, de trouver du travail quelque part dans une ferme et de vivre comme un homme, ainsi que j'en avais l'habitude. Mais maintenant je ne puis faire aucun plan ni penser par moi-même. Je tourne en rond dans un piège, et tout cela à cause d'un homme que je méprise, qui n'a rien à voir avec mon esprit, avec ma raison. Je ne veux pas aimer comme une femme ni éprouver des sentiments de femme. Cela ne signifie que des souffrances et des tourments qui peuvent durer une vie entière. Je n'ai pas cherché cela! Je n'en veux pas!"

C'est donc le cinquième livre de Daphné du Maurier que je découvre. Même si ce n'est pas l'oeuvre que je préfère, j'ai passé un bon moment de lecture. J'aime particulièrement l'ambiance de ses romans et ici, une fois encore, je me suis retrouvée en immersion totale dans cette lande désertique battue par les vents et fouettée par la pluie. J'en frissonne encore!





Challenge Coupe des 4 maisons: Petrificus totalus, livre avec une couverture rigide, 15 points


Livre lu dans le cadre d'une lecture commune sur le site Livraddict

mardi 10 janvier 2017

Les cerfs-volants de Kaboul - Khaled Hosseini


Quatrième de couverture:


Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçon grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n'entament leur amitié. Jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés...
Été 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. "Il existe un moyen de te racheter", lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan, des talibans... et de son propre passé.

Quelques infos:


Edition: 10/18
Date de parution: 2006
Pages: 408


Mon avis:


 Alors que je cherchais un auteur pour compléter le challenge de JO, j'ai repensé à ce film vu il y a des années de cela et que je savais inspiré d'un roman écrit par un auteur afghan. Si j'avais gardé un souvenir assez vague de l'histoire, je me souvenais parfaitement d'avoir été profondément bouleversée par le destin d'Amir et de Hassan. C'est avec beaucoup d'émotion que je me suis plongée dans la lecture de ce roman.

La première partie se concentre sur l'enfance d'Amir dans le Kaboul des années 70. Il partage ses jeux d'enfants avec Hassan, le fils de son serviteur. Leur amitié est faussée par leurs différences d'origine et de condition. L'un va à l'école et sait lire, l'autre effectue des tâches ménagères et est illettré. Et même si Amir affiche parfois des airs supérieurs, il ressent beaucoup d'affection pour son ami d'enfance.

Au final, je restais un Pachtoune et lui un Hazara. J'étais sunnite et lui chiite. Personne n'y pouvait rien changer. Personne. Nous n'en étions pas moins des garçons qui avaient appris à marcher ensemble, et cela, l'histoire, les ethnies, la société et la religion n'y changeraient rien non plus.

 Mais tiraillé entre ses sentiments, l'opinion des autres et sa quête d'affection paternelle, Amir commettra une faute qu'il ne se pardonnera jamais. Cette faute signera la fin de leur amitié.
L'auteur a beaucoup développé dans cette partie la vie à Kaboul à cette époque, Les enfants allaient voir John Wayne au cinéma, ils jouaient au foot et couraient après leur cerf-volant. C'était une ville aux couleurs chatoyantes, belle et joyeuse. J'ai adoré cette immersion dans la culture afghane, j'ai aimé découvrir ces codes, j'aurais voulu goûter aux plats, et déambuler dans les rues de Kaboul entendre le rire des enfants. Le contraste entre l'Afghanistan merveilleusement racontée par Khaled Hosseini et l'image que nous avons pu voir aux JT n'en est que plus saisissant.

Voici le rituel que j'observe chaque année lors de la première chute de neige: je sors de la maison tôt le matin, encore en pyjama, en serrant mes bras contre moi pour me réchauffer. Je découvre l'allée du jardin, la voiture de mon père, les murs, les arbres, les toits et les collines ensevelis sous une couche de trente centimètres. Je souris. Le ciel bleu s'étend à l'infini et la neige est si blanche que les yeux me brûlent. J'en ramasse un peu et la fourre dans ma bouche, j'écoute le silence assourdi interrompu par le seul croassement des corbeaux. Puis je descend les marches du perron, pieds nus et j'appelle Hassan pour qu'il vienne profiter du spectacle.

Dans la deuxième partie, Amir et son père fuient le régime communiste qui a envahi l'Afghanistan. Dans d'affreuses conditions ils partent s'installer aux Etats-Unis. Leur relation évolue et j'ai été surprise de la facilité avec laquelle ils se sont adaptés à leur nouveau pays. Il laisse son passé derrière lui, se construit un avenir, vit du métier qu'il a toujours voulu faire. Mais, c'est une erreur de vouloir enterrer le passé; il s'accroche tant et si bien qu'il remonte toujours à la surface.

Et bien des années après que Amir devenu adulte retourne sur les terres de son enfance, racheter sa faute. Il découvre, horrifié, ce qu'il est advenu de son pays.

Revenir à Kaboul me procurait la même sensation que lorsqu'on rencontre par hasard un vieil ami perdu de vue et qu'on le découvre sans abri, démuni et durement éprouvé par la vie.


 Kaboul est en ruine, les talibans y font régner la terreur et il se retrouve confronté lui même à cette horreur. C'est la partie que j'ai le moins aimé. Si la description de Kaboul est particulièrement juste, j'ai moins adhéré à la fiction. Heureusement, la fin laisse plusieurs ouvertures, on échappe de peu à un super happy end qui aurait fait perdre toute crédibilité à l'histoire.

Je garde un très bon souvenir de cette lecture, j'ai eu un aperçu de l'histoire de Kaboul, ce qui a contribué à sa chute. C'est également une histoire de destin, de sens de la famille et de rédemption,




Challenge Les jeux olympiques: Pays: Afghanistan, Continent Asie
5 pays sur 10
Coupe des 4 maisons: Item Cho Chang (2e fois) livre dont le héros est asiatique: 5 points

dimanche 18 décembre 2016

6 minutes 23 séparent l'enfer du paradis - François Suchel


Quatrième de couverture:


C'était il y a un peu plus de cent ans, Clément Ader faisait décoller son premier "Appareil Volent Imitant l'Oiseau Naturel", ouvrant ainsi la voie aux aventuriers du ciel. Les pionniers écrivirent la légende, puis vint le temps de la démocratisation: le ciel ouvert à tous. Aujourd'hui, voyager en avion est devenu banal. Mais c'est aussi un métier... un métier qui intrigue.
Commandant de bord à Air France, François Suchel nous invite à parcourir la Terre à ses côtés pour comprendre ce qu'est la vie de pilote. De la préparation des vols au bonheur de traverser les nuages, en passant par les ambiances du cockpit, il confie ses sensations, ses émotions. Il évoque Georges, cet amical ennemi qu'est le pilote automatique. Il décrit un déroutement dans un pays en guerre, un vol de reconduits à la frontière qui tourne mal, un steward appelé aux commandes d'un Boeing 747, une fin de grossesse rocambolesque, un atterrissage périlleux avec un moteur en panne. Tous ces grains de sable qui transforment parfois un vol en aventure. il revient aussi sur la catastrophe du Rio-Paris, révélant pour la première fois la version d'un pilote de ligne qualifié sur Airbus A330.
Histoires vécues, anecdotes drôles ou graves, François Suchel nous fait rêver ou frissonner, ne nous laissant jamais indifférents.

Quelques infos:


Editeur: Paulsen
Parution: Janvier 2016
Pages: 219

Mon avis:


Depuis longtemps fascinée par l'aviation, j'attendais de pouvoir lire ce témoignage depuis que j'ai eu vent de sa sortie. 
Cette compilation d'anecdotes vaut le détour, François Suchel nous fait partager sa passion pour son travail avec enthousiasme.
Il nous parle de son métier aussi bien dans sa dimension scientifique notamment quand il décrit les procédures à suivre lors d'un embarquement ou d'un atterrissage mais aussi sous abord beaucoup plus poétique lorsqu'il parle des levers ou couchers de soleil auxquels il assiste confortablement assis dans son cockpit. Le côté humain n'est pas oublié lorsqu'il évoque les interactions entre les différents membres d'équipage.

C'est donc un panorama complet du métier de pilote de ligne que l'on découvre ici, une plongée dans les coulisses de l'aviation. Même si on y perd un peu notre latin face au vocabulaire professionnel utilisé ou aux explications scientifiques parfois un peu ardues, la lecture est malgré tout plaisante.

On perçoit toute la difficulté de ce métier qui permet à ces monstres d'acier de défier les lois de la gravité et où chaque paramètre négligé peut créer des pannes aux conséquences plus ou moins graves.
L'auteur évoque avec humilité et franchise les leçons qu'il en tire au quotidien.

À la fin du livre, l'auteur a inséré des schémas du cockpit de l'avion (quelle complexité !!!) ainsi qu'un lexique du vocabulaire et des acronymes utilisés. De quoi satisfaire les esprits curieux qui souhaitent découvrir le métier de pilote et les avions !




Challenge Coupe des 4 maisons: Mimi Geignarde, livre dont vous n'aimez pas la couverture, 15 points

mardi 29 novembre 2016

La chambre des officiers - Marc Dugain




Quatrième de couverture:


Dans les premiers jours de 1914, Adrien, jeune lieutenant du génie est fauché par un éclat d'obus. Défiguré, il est transporté au Val de Grâce où il passera le reste de la guerre dans la chambre des officiers. Au fil des amitiés qui s'y noueront, lui et ses camarades, malgré la privation brutale d'une part de leur identité, révéleront toute leur humanité.

Quelques infos:


Edition: JC Lattès
Date de parution: 2008
Pages: 180


Pourquoi ce livre:


Découvert au hasard de mes balades dans les rayonnages de la bibliothèque municipale.

Mon avis:


Comme tant de jeunes hommes mobilisés en 1914, Adrien Fournier part la fleur au fusil combattre les Allemands dans l'Est de la France. Envoyé en repérage, il est fauché par un obus dont les éclats mutileront atrocement son visage. Il est envoyé au Val de Grâce où il passera le reste de la guerre. Avec l'aide des médecins, des infirmières et de ses compagnons d'infortune, il tentera de se reconstruire un visage et un avenir.


Ceux qui vont me rejoindre auront des souvenirs de combat, de corps à corps, de grandes offensives, alors que j'ai été abattu sans avoir jamais croisé le feu, ni même le regard de l'ennemi et que je ne pourrai jamais raconter à mes enfants à quoi ressemble un Allemand. Je devrai inventer les grosses moustaches et le casque à pointe. 
En ces premiers jours de septembre, mes blessures au visage me causent moins de souffrance que cette défaite sans combat, que l'absurdité de mon sort que je n'ai ni construit, ni défendu.


En peu de mots, Marc Dugain nous raconte le destin de ces soldats qui ont sacrifié, au sens propre, une partie d'eux mêmes pour leur patrie. Sans forcément s'étendre sur les dégâts provoqués par ces blessures et les douleurs qu'ils subissent, l'auteur s'attache à nous narrer leur courage. Ces hommes, dont le visage a perdu un aspect humain, ont gardé toute leur humanité. Même si chacun devient le miroir de l'autre, ce qui est au premier abord effrayant, ils se soutiennent mutuellement. Nous assistons avec émotion à toutes leurs premières fois: premiers mots prononcés, première sortie dans la rue où les passants les regardent de travers, première retrouvaille avec leur famille... C'est une belle leçon de vie que nous découvrons ici et nous ne pouvons que nous incliner face à leur détermination à se construire un nouvel avenir. 

J'ai ensuite découvert que Marc Dugain était personnellement concerné par l'histoire de ces soldats, son grand-père ayant été une "gueule cassée". J'ai également appris qu'après la guerre, les blessures au visage n'étaient pas considérées comme une infirmité et ne donnait droit à aucune pension. Le retour à la vie civile a été particulièrement difficile pour eux.

Un livre à livre afin de connaître le sacrifice de ces hommes et de ne pas les oublier.





Citations:


S'il n'y avait pas cette foutue croyance dans la vie éternelle, disait-elle, les hommes n'iraient pas à la boucherie avec une telle conviction!

Il n'y a finalement que les morts qui puissent nous envier. Et encore, j'en doute.


Challenge Coupe des 4 maisons: Ordre de Merlin, livre ayant reçu plusieurs prix littéraires, 50 points