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lundi 31 juillet 2017

La mémoire des embruns - Karen Viggers




Quelques infos:


Edition: Le livre de poche
Pages: 568
Date de 1ère parution: Mars 2015


Mon avis:


Mary, 77 ans, passe sa retraite à Hobart en Australie. Elle sent sa santé s'affaiblir et décide de partir en pèlerinage sur l'île Bruny où elle a vécu avec ses enfants et son mari, le gardien du phare. Elle remonte ainsi le fil de ses souvenirs, tentant de réparer ses erreurs avant de rendre son dernier souffle. Parallèlement, Tom, son benjamin, tente de la soutenir et de la comprendre. C'est un homme solitaire, qui fuit la société depuis son retour d'un voyage en Antarctique. Nous les suivons dans leurs cheminements intérieur alors même que Mary s'éteint et que son fils tente de retrouver le goût de la vie.

Cette saga familiale avait tout pour plaire. La mer, le vent, la Tasmanie, le phare... Malheureusement, je suis restée sur ma faim. L'alternance de la narration, l'une à la 3e personne l'autre à la 1ère, m'a gênée. La description des paysages, faites de phrases très courtes, ne m'aidait pas à me faire une représentation de l'île Bruny. Peu de détails sur la vie du gardien de phare, l'auteur privilégie les moments d'introspection, cela occasionne quelques longueurs.
L'histoire en elle même est convenue, l'auteur tente de ménager un suspens mais on a vite fait de comprendre la faute de Mary et ce qui a rendu Tom asocial. 

 Une vie entre deux océans, qui reprend les même thèmes (la vie d'un gardien de phare, les secrets de famille...) m'avait tellement plu, que j'attendais les mêmes émotions à la lecture de celui-ci. Il lui manque un supplément d'âme, une magie dans les mots qui m'a laissée à la place de spectatrice.
Ce n'est pas un livre qui marquera ma mémoire.




vendredi 23 juin 2017

Mille femmes blanches - Jim Fergus



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 2000
Pages: 506

Mon avis:


En 1874, le chef Cheyenne Little Wolf rencontre le président Grant à Washington. Afin de réconcilier les deux peuples, il lui fait une proposition: mille femmes blanches contre mille chevaux. Selon lui, les enfants qui naîtront de leur union avec les indiens favoriseront l'intégration de tout un peuple au monde des Blancs. Officiellement, la proposition fut refusée. Mais en coulisse, le président et le conseiller trouvèrent quelques avantages à ce projet, notamment celui d'offrir une solution pacifique au conflit avec le peuple indien.
Comme il est difficile de trouver mille volontaires enthousiastes c'est dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques qu'un premier groupe de femmes est recruté et envoyé dans les Grandes Plaines auprès du peuple Cheyenne.
May Dodd est l'une d'entre elles. Internée de force dans un asile pour avoir eu des enfants hors mariage, elle subit pendant son hospitalisation des traitements inhumains. Ce projet est pour elle synonyme de liberté. 

"Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

A travers son journal intime, nous suivons son aventure. Avec elle, nous faisons connaissances avec les autres femmes qui ont toutes eu de bonnes raisons de partir vivre cette folie. Elle nous raconte son long voyage en train jusqu'aux Grandes Plaines, l'émotion de la première rencontre avec son nouveau peuple. Au fil des jours, elle et ses consœurs découvrent une nouvelle culture, une nouvelle langue. Bien loin des clichés qu'on lui avait inculqué sur ce peuple sauvage, elle en apprend les règles et découvre avec émotion une société plus simple et plus juste, respectueuse des êtres vivants et de la nature.

"Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible: je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau..."

Elle redécouvre auprès des Cheyennes la liberté dont elle a été privée et s'interroge sur le bien fondé de sa mission. Car derrière ce tableau idyllique se cache une réalité plus dure: le territoire Cheyenne attire la convoitise des Blancs. Elle prend alors conscience du piège qui se referme sur son peuple d'adoption.

C'est un roman fascinant. Déjà par sa description des us et coutumes du peuple Cheyenne. Sans aucun tabou, May nous fait part de son quotidien, des travaux dans le camp, la vie nomade, des rapports hommes-femmes et des relations, parfois violentes, avec les autres tribus. Malgré la barrière de langue, l'incompréhension mutuelle face à certaines habitudes, les femmes s’intègrent petit à petit et deviennent de véritables squaws. 

May est un personnage féminin comme je les aime. C'est une femme moderne. Elle refuse les codes de la société dans laquelle elle évolue et cela lui vaudra d'être internée. Malgré les épreuves, elle reste forte et fière. Dotée d'un cœur en or, elle regarde avec bienveillance son peuple d'adoption. Elle adopte parfois un certain détachement, ce qui lui permet, non sans ironie, de comparer sa vie d'avant et sa vie de squaw.

Basé sur des faits véridiques, l'auteur mêle habilement récit intime et récit historique. A travers la plume de May, il condamne la politique de l'époque; celle où l'on pouvait se servir des femmes comme d'une monnaie d'échange et celle qui proclamait la supériorité des blancs sur le peuple indien.

C'est un de ses romans que l'on oublie pas.  C'est un hommage aux grands espaces, à la vie proche de la nature et le témoignage du génocide dont a été victime le peuple indien. 

jeudi 8 juin 2017

Le discours d'un roi - Mark Logue, Peter Conradi



Quelques infos:


Edition: Plon
Pages: 299
Date de 1ère parution: 2011

Mon avis:


Au début du 20e siècle, le Roi Georges V règne sur l'Angleterre. Ces deux fils ont des obligations publiques, au grand dam du prince Albert, le cadet futur George VI, atteint d'un trouble de l'élocution. Chaque discours est un calvaire, le microphone son pire ennemi. Il rencontre alors, un orthophoniste australien Lionel Logue qui l'aidera à surmonter son handicap. 

Qui n'a jamais entendu parler du film sorti en 2010 avec Colin Firth dans le rôle principal? A moins de vivre sur une autre planète, vous n'avez pas pu passer à côté. De nombreux prix sont venus auréoler de succès ce petit bijou cinématographique.
J'avais une petite appréhension à l'idée de me plonger dans ce livre car j'avais encore en tête le scénario du film. En fait, ce livre le complète parfaitement.

Mark Logue est le petit fils de Lionel Logue. Il s'est plongé dans les archives familiales a retrouvé le journal de son grand père et les courriers échangés avec le Roi. A l'aide d'un journaliste spécialisé dans la monarchie britannique il nous raconte l'histoire de ces deux hommes et de leur rencontre improbable. C'est une relation empreinte de respect et d'admiration réciproque et c'est tout naturellement que les deux hommes sont devenus amis.

J'ai aimé la personnalité de Lionel Logue. Il a beaucoup de patience et de bienveillance envers ses patients. Il se sert des honoraires payés par les plus riches pour soigner les plus pauvres. Passionné et doué d'un grand sens de l'observation, il contribue au développement de l'orthophonie et de sa reconnaissance par le monde médical. Il est également la clé de voûte du règne de Georges VI et n'en tire aucune gloire. Humble, il reste dans l'ombre Il est néanmoins fier de ce patient pas comme les autres.
Quant au Roi, il est fascinant. On assiste à sa transformation. C'est un prince effacé, accablé par son bégaiement. Contraint par l'abdication de son frère à enfiler le costume de monarque, trop lourd pour lui, c'est par la force de sa volonté et l'efficacité de son travail qu'il deviendra ce grand roi admiré par son peuple. J'en ai également appris beaucoup sur l'histoire de l'Angleterre.

A la fois passionnant et émouvant, en dépit de quelques longueurs, c'est un ouvrage à découvrir pour qui a aimé le film. Parfaitement complémentaire, il apporte en outre quelques précisions sur le déroulement des événements et la relation amicale et respectueuse qui a uni ces deux hommes.




Ouvrage lu dans le cadre du challenge des douze thèmes avec un peu de retard!

Mois de Mai: Thème "Têtes couronnées", un roman ou une biographie dont le personnage central est un roi ou une reine.

vendredi 14 avril 2017

La petite Fadette - George Sand



Quelques infos:


Edition: Folio Classique
Date de 1ère parution: 1849
Pages: 280


Mon avis:


Landry et Sylvinet sont deux frères jumeaux qui ont grandi dans une ferme du Berry. Liés par un amour fraternel très fort, ils n'ont jamais été séparés. Mais alors qu'ils viennent d'avoir quinze ans, Landry doit aller travailler à ferme voisine. C'est un déchirement pour Sylvinet d'autant que son frère, sans pour autant perdre son amour fraternel, semble bien s'accommoder de la situation. 
Lorsque Landry s'entiche de la petite Fadette, une jeune fille dont l'allure et les propos lui valent une réputation de sorcière auprès des paysans du coin, Sylvinet voit rouge. 
Les deux amoureux parviendront-ils à s'affranchir des préjugés de leur entourage et vivre leur amour au grand jour? Landry devra-t-il choisir entre l'amour de son frère et celui de la petite Fadette?

Voici dont le récit non pas d'une mais de deux histoires d'amour: celle de Landry et de Fadette et celle de Sylvinet pour son frère. Si dans la première, les sentiments sont lumineux et permettent à Landry de s'affirmer et à la Fadette de sortir de sa condition, dans la seconde, les sentiments qu'éprouvent Sylvinet sont nocifs pour les deux frères. Ils rendent malade l'un et enchaînent l'autre. C'est une véritable tempête intérieure qui balaye le cœur du malheureux Sylvinet qui tombera dans la mélancolie malgré les efforts de Landry pour conserver le lien.

Finalement, c'est l'arrivée de la petite Fadette qui coupera le cordon entre les deux frères. Sylvinet se moque et rejette cette petite souillon. Landry, lorsque la Fadette le tire d'un mauvais pas, découvre que cette petite gamine mal fagottée cache en réalité une personnalité en or et en tombera amoureux. 
Nous assisterons à la transformation de ce vilain petit canard. C'est une jeune fille pauvre qui a la langue bien pendue et un talent de guérisseuse. Sa famille a mauvaise réputation et elle est rejetée et moquée par les gens.

"Il est vrai que le bon Dieu m'a faite curieuse, si c'est l'être que de désirer connaître les choses cachées. Mais si on avait été bon et humain envers moi, je n'aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. J'aurais renfermé mon amusement dans la connaissance des secrets que m'enseigne ma grand mère pour la guérison du corps humain. Les fleurs, les herbes, les pierres, les mouches, tous les secrets de la nature, il y en aurait bien assez pour m'occuper et pour me divertir, moi qui aime à vaguer et à fureter partout. (...) Eh bien, au lieu d'être remerciée, honnêtement par tous les enfants de mon âge dont je guérissais les blessures et les maladies, et à qui j'enseignais mes remèdes sans demander jamais de récompense, j'ai été traitée de sorcière, et ceux qui venaient bien doucement me prier quand ils avaient besoin de moi, me disaient plus tard des sottises à la première occasion. (...) Quand à ne prendre soin ni de ma personne ni de mes manières, cela devrait montrer que je ne suis pas assez folle pour me croire belle, lorsque je sais que je suis si laide que personne ne peut me regarder. On me l'a dit assez souvent pour que je le sache; et, en voyant combien les gens sont durs et méprisants pour ceux que le bon Dieu a mal partagés, je me suis fait un plaisir de leur déplaire, me consolant par l'idée que ma figure n'avait rien de repoussant pour le bon Dieu et pour mon ange gardien, lesquels ne me la reprocheraient pas que je ne la reproche moi même."

Je la trouve particulièrement touchante dans sa façon de se raconter sans jamais se plaindre. Par amour, elle cherchera à s'améliorer, soignera son apparence et se donnera les moyens de sortir de sa condition sans pour autant changer sa nature profonde.

Enfin, ce livre nous décrit le monde rural du 19e siècle. George Sand met en relief les mœurs et les croyances de l'époque souvent teintées de méfiance et d'ignorance. Elle y fait remarquer l'hypocrisie et y défend cette petite Fadette victime des peurs collectives.

L'écriture est au départ un peu déroutante. C'est en lisant les notes à la fin du livre que j'ai compris que c'était un effet voulu par l'auteur qui utilise volontairement un vocabulaire et des tournures de phrases qui reproduisent le parler paysan. Je me suis laissée prendre au jeu et du fait je me suis sentie complètement immergée dans ce monde champêtre avec l'impression d'écouter​ une jolie fable assise au coin de l'âtre d'une ferme Berrichonne.

La lecture de ce classique de la littérature française m'a vraiment enchantée, il transmet de belles valeurs et j'ai été touchée par les talents de conteuse de George Sand.




Challenge des douze thèmes : lire un classique de la littérature française ou internationale

jeudi 6 avril 2017

Le pianiste - Wladyslaw Szpliman



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 1998
Pages: 316


Mon avis:


Nous sommes en 1939. L'Allemagne vient d'envahir la Pologne et Varsovie tombe aux mains des soldats nazis. La famille Szpilman est une famille de musicien. Un des fils, Wladyslaw, est un pianiste reconnu. Mais ils sont juifs. Rapidement, ils se retrouvent enfermés dans le ghetto où ils voient leurs libertés se réduire comme peau de chagrin et où ils subissent les exactions de soldats allemands et de policiers juifs collabos. En 1942, la famille est emmenée  pour être conduite jusqu'au 
camp de Treblinka. Au moment de monter dans le train, un policier le reconnaît, l'attrape et le sort de la foule in extremis malgré ses protestations. Commencent alors de longs mois d'errance dans les rues de Varsovie dévastées où luttant contre le froid et la faim, Wladyslaw se battra pour échapper au sort qu'auront connu sa famille et des millions de coreligionnaires.

Voilà un témoignage poignant sur la vie dans le ghetto de Varsovie. Je m'étais attendue à une lecture rude, je n'ai pas été déçue! 

Ecrit juste après la guerre, l'auteur est encore sous le coup de ce qu'il a vécu. Il expose les faits dans un style concis sans s’apitoyer sur son sort ou sans écrire des pages et des pages sur les horreurs auxquelles il a assisté. On le sent sidéré parce qu'il voit. Les exécutions sommaires, les enfants abattus froidement, les vieux défenestrés, les humiliations.... Rien ne lui a été épargné! 

Certains passages m'ont bouleversée, notamment lors de l'évacuation d'un orphelinat où un brave médecin accompagne les enfants vers le train en leur faisant croire "qu'il s'agissait d'une excursion à la campagne, qu'ils allaient enfin sortir des murs étouffants du ghetto pour découvrir des prairies en fleurs, des ruisseaux où ils pourraient se baigner, des bois remplis de groseilles et de champignons... Il leur avait recommandé de revêtir leurs plus beaux habits, et c'est ainsi qu'ils sont apparus sous mes yeux, deux par deux, bien habillés et le cœur en fête. La petite colonne était emmenée par un SS qui en bon allemand, aimait les enfants, même ceux qu'il conduisait dans l'autre monde. Il avait été particulièrement charmé par un garçon d'une douzaine d'années, un jeune violoniste qui avait pris son instrument sous le bras. Il lui a demandé de se placer en tête de la procession et de jouer des airs entraînants. Et c'est de cette manière qu'ils se sont mis en route."

Enfin un peu d'espoir apparaît lorsque la résistance s'organise et que Wladyslaw trouve un soutien dans la partie aryenne de Varsovie où d'anciennes relations le cachent jusqu'à cette rencontre avec cet officier allemand qui le sauvera. L'espoir devient enfin palpable et accessible. 

J'ai été impressionné par sa force vitale. Séparé des siens, alors même qu'il se terre dans les greniers des immeubles détruits, il lutte encore et toujours et veille à préserver ses mains dans l'espoir de retrouver son métier de pianiste à la fin de la guerre.
J'ai aimé la présence de la musique tout au long des pages et cette référence au nocturne en ut dièse mineur de Chopin, qui reste, bien avant que je connaisse l'existence du livre, mon préféré. Ici encore, l'art rapproche les hommes.

Ce témoignage est une extraordinaire leçon de vie et d'histoire que tout le monde devrait lire afin de savoir et de ne pas oublier.


"La vie dans le ghetto était d'autant plus atroce qu'elle gardait les apparences de la liberté, au contraire. Il suffisait de descendre dans la rue pour avoir l'impression trompeuse de se trouver au milieu d'une ville comme les autres. Nous ne prêtions même plus attention à nos brassards de Juifs, puisque nous en portions tous un. (...) Mais les rues du ghetto, et elles seuls, finissaient touts contre un mur. Il m'arrivait souvent de partir en marchant au hasard, sans but précis, et chaque fois j'étais surpris de buter sur l'une de ces barrières. Elles se dressaient là où j'aurais voulu continuer à avancer, m'interdisaient de poursuivre ma route, et il n'y avait aucune raison logique à cela? Soudain, la portion de la rue située de l'autre côté du mur devenait l'endroit le plus chérissable au monde, celui dont l'avais le plus besoin, qui à cet instant précis recelait tout ce que j'aurais désiré voir... Mais le mur restait le plus fort."



Nocturne en ut dièse mineur de Chopin:




samedi 25 mars 2017

Une lettre de vous - Jessica Brockmole



Quelques infos :


Édition: Pocket
Pages: 318
Date de parution : 2014

Mon avis :


Ce roman épistolaire nous propose un voyage entre deux continents et deux époques. 
Il s'ouvre sur la correspondance, commencée en 1912, entre Elspeth, une poétesse vivant sur l'île de Skye en Ecosse, et David, un américain, admirateur de ses poèmes. 
Puis l'auteur nous emmène en 1940, où Margaret échange des lettres avec son amoureux parti au front. Elle lui raconte la découverte fortuite d'une correspondance entre Sue et Davey qui l'amène à enquêter sur les secrets bien gardés de sa mère.

Alors certes, un petit manque de crédibilité m'a gênée, notamment le style que j'ai trouvé trop moderne pour du courrier datant de 1912. De plus, lorsqu'on devait attendre des lettres trois semaines, le temps qu'elles traversent l'océan, j'ai des difficultés à croire que le correspondant ne se contentait que d'écrire trois lignes. La fin et la réaction incompréhensible d'un des protagonistes, m'ont également parues un peu tirées par les cheveux.

Néanmoins, je garde le souvenir plaisant d'une lecture très agréable. C'est une belle histoire d'amour, racontée avec de jolies phrases, tout en pudeur et délicatesse. C'est la rencontre improbable entre deux individus, qu'un océan sépare mais que les mots rapprochent.

"Je me couche tôt pour cesser de ruminer et chasser la solitude, mais je n'arrive pas à fermer l'œil. Je l'avoue, j'ai ressorti et relu toutes vos lettres, ce qui fait que parfois, je m'endors enveloppée de vos mots."

Elspeth est un personnage féminin moderne pour son époque. Un peu à l'étroit sur son île d'où elle ne s'échappe qu'à travers ses lettres ou poèmes, elle suit son cœur, faisant fi des conventions, l'amour la poussant à aller au delà de ses limites.
David est un homme qu'on aimerait rencontrer. À la fois malicieux, vif d'esprit et bienveillant, il sait manier les mots avec tendresse.

"Le 24 décembre au soir, juste sur le coup de minuit sors dehors et lève la tête vers la lune. Goûte les flocons sur tes lèvres en imaginant que ce sont les miennes qui t'effleurent ainsi. Je sortirai pile au même moment. Je te le promets. Peu importe si je suis toujours à Paris ou n'importe où ailleurs en France, je fermerai les yeux et j'aurai la même pensée. Peut-être qu'elle deviendra réalité, ne serait-ce qu'un instant."

J'ai également aimé l'enquête menée par Margaret et l'audace dont elle fait preuve pour découvrir les secrets de sa mère.
La vie des civils pendant les deux grandes guerres est également évoquée. Le rationnement, l'éloignement familial, les blessures physiques et psychologiques qu'elles provoquent forment la trame de fond de ce roman qui se révèle être plus qu'une romance épistolaire.

Ce livre est arrivé au bon moment. Après avoir quitté un univers quelque peu sinistre, cette lecture lumineuse et facile m'a offert un bol d'air de bons sentiments.



mardi 21 mars 2017

Les hauts de Hurle-vent - Emily Brontë


Quelques infos:


Édition: Folio
Pages : 503
Date de 1ère parution: 1846


Mon avis:


La première fois que j'ai rencontré Heathcliff et Catherine, c'était au collège lorsque j'ai du étudier "Kamo, l'agence Babel" de Daniel Pennac en cours de français. Cela m'a suffisamment marqué pour que je m'en souvienne encore aujourd'hui et, chaque fois que je rencontrais des œuvres qui y  faisait référence, je me disais qu'il était peut-être temps que je découvre pleinement cette histoire. C'est chose faite aujourd'hui.
Au cas où vous viendriez d'une autre planète et que vous n'en aviez jamais entendu parler, voici un bref résumé.

Heathcliff est un jeune garçon adopté par M. Earnshaw. Hindley, le fils légitime le rejette immédiatement tandis que sa sœur Catherine en tombe amoureuse. Lorsque M. Earnshaw décède, Hindley fait subir les pires affronts à Heathcliff et lorsque Catherine se marie à un autre, il jure alors de se venger des deux familles.

Je suis contente de l'avoir enfin lu et tout aussi contente de l'avoir fini et de quitter cet univers glauque et ces héros torturés.
Cette lecture ne m'a apporté aucun réconfort, aucun plaisir à retrouver ces personnages que je n'ai pas pu ni soutenir ni apprécier. Pas un pour rattraper l'autre. Ils sont soit violents, soit maladifs, soit fous, ou en passe de le devenir. 
Les émotions sont exacerbées, capables de provoquer la mort. L'amour ne transcende pas les individus, il est possessif et destructeur et n'apporte aucun apaisement. 

"Mon amour pour Heathcliff ressemble aux roches immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff !"

L'ambiance est austère, l'environnement sombre et le domaine des Hurle-vent repoussant. 
Le style de narration est assez déroutant. L'histoire est racontée par M. Lockwood, fraîchement arrivé dans la région et qui découvre la terrible histoire des familles Earnshaw et Linton, racontée par Nelly, qui parfois, en faisant parler un personnage, rajoute un troisième niveau dans cette narration, de quoi perdre un lecteur averti.

Alors, ai-je aimé ou pas? Pas vraiment. Je n'adhère clairement pas aux émotions et aux actes qui y sont décrits. J'en garderai juste la satisfaction d'avoir été au bout d'un grand classique de la littérature anglaise, mais, là, tout de suite, j'ai envie de joie et de lumière !



mercredi 1 mars 2017

Une page d'amour - Emile Zola



Quelques infos:


Edition: Livre de poche
Pages: 416
Date de parution: 1879

Mon avis:


Veuve depuis son arrivée récente sur Paris, Hélène Grandjean élève seule sa fille Jeanne, enfant maladive âgée de onze ans, qui voue à sa mère un amour absolu et exclusif. Sortant peu pour ménager la santé délicate de sa fille, ses journées s'égrènent dans le calme, rythmées par ses travaux de couture, la contemplation de Paris et  les visites hebdomadaires des rares amis qu'elle a pu rencontrer. Lors d'une crise de sa fille, Hélène fait la connaissance du Docteur Henri Deberle, homme marié et père d'un petit garçon. Cette rencontre les bouleverse tous deux et ils découvrent un sentiment jusque là méconnu: la passion. Elle s'ouvre petit à petit au monde qui l'entoure et rend quotidiennement visite à la famille Deberle. 
L'amour qui unit Henri et Hélène n'est partagé que par d'intenses conversations, des échanges de regard et des effleurements. Des moments intimes et connus d'eux seuls qui leur offrent une douce quiétude.

"Alors, les relations se nouèrent plus étroitement encore, une vie charmante commença. Pour Hélène, c'était comme si Henri n'avait jamais cédé à une minute de folie; elle avait rêvé cela; ils s'aimaient mais ne se le diraient plus, ils se contenteraient de le savoir. Heures délicieuses pendant lesquelles, sans parler de leur tendresse, ils s'en entretenaient continuellement, par un geste, par une inflexion de voix, par un silence même. Tout les ramenait à cet amour, tout les baignait dans une passion qu'ils emportaient avec eux, autour d'eux, comme le seul air où ils pussent vivre."

Mais lorsque Jeanne perçoit le lien qui les unit, elle se montre jalouse et tentera par tous les moyens de les séparer.

Quelle belle et bouleversante histoire que celle d'Hélène. 
J'ai beaucoup aimé son personnage, cette femme du 19e siècle, honnête et droite, mère dévouée qui voit son quotidien bouleversé par la passion qu'elle ressent pour un homme marié. Ces sentiments vont s'insinuer dans sa vie sage et rangée, un moment suspendu dans le temps, une page d'amour. C'est un magnifique portrait de femme, partagée entre sa maternité, le respect des conventions morales de l'époque et les sentiments qui animent son cœur de femme, 
Ce qui rend cette histoire si troublante, c'est le personnage de Jeanne, très complexe. Sa maladie nous bouleverse  et on retrouve parfois chez elle l’innocence propre aux enfants de son âge mais l'amour destructeur qu'elle voue à sa mère est dérangeant. Elle se comporte souvent en tyran à l'égard d'Hélène. On perçoit tout le temps sa présence, oppressante, elle en ferait presque peur.

"Et elle vit Jeanne, la face toute pâle, qui les regardait, de ses yeux grandis, d'un noire d'encre. L'enfant n'avait pas bougé, le menton dans la plume, serrant toujours l'oreiller dans ses petits bras. Elle venait seulement d'ouvrir les yeux, et elle les regardait.
- Jeanne, qu'as tu? demanda Hélène. Es-tu malade? Veux-tu quelque chose?
Elle ne répondait pas, elle ne bougeait pas, n'abaissait même pas les paupières, avec ses grands yeux fixes, d'où sortait une flamme. L'ombre farouche était descendue sur son front, ses joues blêmissaient et se creusaient. Déjà elle renversait les poignets, comme à l'approche d'une crise de convulsions."

Enfin, Zola ne serait pas Zola sans les longues pages où il plante le décor. De longues descriptions évoquent ce Paris, animé, qui s'agite sous les fenêtres de l'appartement d'Hélène.

Ce livre est le 8e tome de la série des Rougon-Macquart. Je l'ai lu indépendamment des autres sans avoir l'intention de relire toute la série.  Je ne peux donc le comparer aux autres œuvres que j'ai lu au collège ou au lycée et dont je n'ai gardé qu'un souvenir lointain. Alors certes, les digressions de Zola sur les personnages secondaires m'ont parfois impatientées. Néanmoins, j'ai trouvé son écriture très cinématographique, le décor est décrit avec une telle précision qu'il s'anime sous nos yeux. L'amour et la passion sont superbement bien retranscrits et ces mots ont fait vibrer ma petite fleur bleue.





Challenge des douze thèmes: "Coeurs sur toi" Et si on lisait une romance?
Coupe des 4 maisons: Relique de l'amour, livre avec un triangle amoureux (15 points)

dimanche 22 janvier 2017

L'oiseau des neiges - Tracy Rees


Quatrième de couverture:


Janvier 1831. Abandonnée, à même la neige, Amy n'a que quelques jours lorsqu'elle est trouvée par Aurelia Vennaway, huit ans, unique héritière d'une famille aristocratique. Malgré l'hostilité de ses parents, elle réussit à faire recueillir l'enfant, qui grandira à Hatville Court parmi les domestiques.
La jeune et sémillante Aurelia est sa seule amie. Aussi, quand cette dernière lui apprend qu'elle va mourir, Amy est dévastée.
Aurelia, cependant, lui a laissé un dernier cadeau: une série de lettres à retrouver aux quatre coins de l'Angleterre, telle une chasse au trésor, et qui l'aideront à lever le voile sur sa propre histoire mais aussi sur celle, inattendue, d'Aurelia.
Amy parviendra-t-elle à résoudre l'énigme?

Quelques infos:


Edition: Presses de la Cité
Parution: Octobre 2016
Pages:

Mon avis:


Dans le cadre du challenge des douze thèmes, je dois lire un livre:

" qui sent bon le feu de cheminée et qu'on a envie de lire en se blottissant chaudement avec un plaid et une boisson chaude". 

Avec sa couverture enneigée et son titre, je trouvais que "L'oiseau des neiges" tombait à point nommé. Découvert lors de mes promenades sur la blogosphère littéraire, je me suis laissée tenter par l'engouement général autour de ce roman.

Amy est recueillie alors qu'elle n'était qu'un nouveau-né par Aurelia, une jeune fille de la société anglaise. Au fil du temps, une profonde amitié se noue entre les deux jeunes filles malgré la désapprobation des parents d'Aurelia qui n'auront de cesse de reprocher à Amy ses origines obscures.
Lorsqu'Aurelia décède d'une longue maladie, Amy, 17 ans, est chassée du domaine. Mais son amie lui a laissé en héritage une série de lettres où, indices après indices telle une chasse aux trésors, Amy découvrira le secret d'Aurelia. Mais surtout, au fil de ses voyages et de ses rencontres, elle se révèlera à elle même.

Je n'ai malheureusement pas partagé l’enthousiasme général. J'ai trouvé que les personnages frisaient parfois la caricature, notamment la famille Vennaway, les méchants de l'histoire, ou la famille Wister, trop Bisounours pour moi. 
Les doutes et les questionnements d'Amy, trop répétitifs, ont eu tendance à m'agacer. J'ai trouvé au final, que la transformation de ce vilain petit canard en joli cygne trop surfaite et maintes fois racontée.

Il a fallu que je fasse appel à celle que j'étais il y a quelques année pour que je trouve un quelconque intérêt à ma lecture. Et c'est en m'imaginant moi, à 15 ans tournant les pages de ce roman que j'ai fini par trouver quelques qualités à cette histoire.
Cette quête, façon chasse aux trésors, ménage un léger suspense qui m'a encouragé à terminer l'ouvrage.
Ce livre à le mérite d'aborder le thème de la condition féminine dans l'Angleterre victorienne où les femmes n'ont d'autres choix que de se conformer aux rigides codes sociaux de l'époque.

"Ce monde est d'une stupidité absolue, Amy: les conventions, ce qu'elles tolèrent, ce qu'elles interdisent. Un mariage avantageux, par exemple, est respecté, admiré, alors qu'il revient à ceder une femme contre de l'argent, comme un cheval! Quant aux choses que l'on condamne alors qu'elles sont bonnes et naturelles.... Tout cela dépasse l'entendement!"

Somme toute, je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce roman, la faute à une écriture simpliste et à des facilités scénaristiques. Il me semble plus adapté à un public adolescent qui pourra avoir un aperçu de la vie des femmes au 19e siècle






Challenge Coupe des quatre maisons: Item éphèmère "Nargole" 80 points (1er livre acheté cette anée)

lundi 9 janvier 2017

Le challenge des douze thèmes

En ce début d'année, de nombreux challenge fleurissent sur Livraddict. Devant tant de tentations, l'envie de participer est très grande. Grâce aux challenges, mes horizons littéraires s'ouvrent, je découvre des livres que je n'aurais jamais ouvert si je n'y avais pas été incitée, les discussions s'animent autour de certains livres... Alors, malgré mes deux challenges déjà en cours, je me suis décidée à participer au "Challenge des douze thèmes".
Le principe: Douze thèmes de lecture ont été défini par l'organisatrice, nous devons lire un livre par le thème de mois.
Les thèmes m'ont plu, ils sont compatibles avec mes autres challenges en cours et le rythme de lecture me convient parfaitement.



Les thèmes pour l'année sont:

Janvier: Thème "Un plaid, une cheminée, un chocolat chaud" Une lecture qui sent bon le feu de cheminée et qu'on a envie de lire en se blottissant chaudement avec un plaid et une boisson chaude.

Février: Thème "Coeurs sur toi" Février, c'est le mois des amoureux. Si on lisait une romance? Epoque, lieu, vous avez l'embarras du choix!

Mars: Thème "My tailoir is rich" Un livre dont l'action se passe en Angleterre.

Avril: Thème "Plume d'oie et cire à cacheter" Un classique de la littérature française ou internationale.

Mai: Thème "Têtes couronnée" Un roman ou une biographie dont le personnage central est un roi ou une reine.

Juin: Thème "Du Saint Laurent au Rio Grande" un livre dont l'action se passe en Amérique.

Juillet: Thème "Lecture sur le sable", un livre idéal pour la plage, que vous soyez en vacances ou non.

Août: Thème "Empreinte" ce mois ci, je vous propose de lire un roman policier. On en a tous un dans notre PAL! Encore une fois, le choix de l'époque, du lieu, des personnages, est libre.

Septembre: Thème "Grande Découverte" ce mois-ci, nous lirons un livre d'un auteur dont on découvre l'oeuvre.

Octobre: Thème "Rose", parce que c'est Octobre Rose, nous lirons donc un livre dont la couverture sera rose ou possédera des touches de rose.

Novembre: Thème "Thé matcha et poivre du Sichuan" Un livre dont l'action se passe en Asie, tous pays confondus.

Décembre: Thème "Noël et ses merveilles" Un livre dont le thème central est... Noël bien évidemment!

Pour plus d'infos, vous pouvez aller voir sur le forum de Livraddict ou bien sur le blog de A little Bit Dramatic.