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jeudi 6 avril 2017

Le pianiste - Wladyslaw Szpliman



Quelques infos:


Edition: Pocket
Date de 1ère parution: 1998
Pages: 316


Mon avis:


Nous sommes en 1939. L'Allemagne vient d'envahir la Pologne et Varsovie tombe aux mains des soldats nazis. La famille Szpilman est une famille de musicien. Un des fils, Wladyslaw, est un pianiste reconnu. Mais ils sont juifs. Rapidement, ils se retrouvent enfermés dans le ghetto où ils voient leurs libertés se réduire comme peau de chagrin et où ils subissent les exactions de soldats allemands et de policiers juifs collabos. En 1942, la famille est emmenée  pour être conduite jusqu'au 
camp de Treblinka. Au moment de monter dans le train, un policier le reconnaît, l'attrape et le sort de la foule in extremis malgré ses protestations. Commencent alors de longs mois d'errance dans les rues de Varsovie dévastées où luttant contre le froid et la faim, Wladyslaw se battra pour échapper au sort qu'auront connu sa famille et des millions de coreligionnaires.

Voilà un témoignage poignant sur la vie dans le ghetto de Varsovie. Je m'étais attendue à une lecture rude, je n'ai pas été déçue! 

Ecrit juste après la guerre, l'auteur est encore sous le coup de ce qu'il a vécu. Il expose les faits dans un style concis sans s’apitoyer sur son sort ou sans écrire des pages et des pages sur les horreurs auxquelles il a assisté. On le sent sidéré parce qu'il voit. Les exécutions sommaires, les enfants abattus froidement, les vieux défenestrés, les humiliations.... Rien ne lui a été épargné! 

Certains passages m'ont bouleversée, notamment lors de l'évacuation d'un orphelinat où un brave médecin accompagne les enfants vers le train en leur faisant croire "qu'il s'agissait d'une excursion à la campagne, qu'ils allaient enfin sortir des murs étouffants du ghetto pour découvrir des prairies en fleurs, des ruisseaux où ils pourraient se baigner, des bois remplis de groseilles et de champignons... Il leur avait recommandé de revêtir leurs plus beaux habits, et c'est ainsi qu'ils sont apparus sous mes yeux, deux par deux, bien habillés et le cœur en fête. La petite colonne était emmenée par un SS qui en bon allemand, aimait les enfants, même ceux qu'il conduisait dans l'autre monde. Il avait été particulièrement charmé par un garçon d'une douzaine d'années, un jeune violoniste qui avait pris son instrument sous le bras. Il lui a demandé de se placer en tête de la procession et de jouer des airs entraînants. Et c'est de cette manière qu'ils se sont mis en route."

Enfin un peu d'espoir apparaît lorsque la résistance s'organise et que Wladyslaw trouve un soutien dans la partie aryenne de Varsovie où d'anciennes relations le cachent jusqu'à cette rencontre avec cet officier allemand qui le sauvera. L'espoir devient enfin palpable et accessible. 

J'ai été impressionné par sa force vitale. Séparé des siens, alors même qu'il se terre dans les greniers des immeubles détruits, il lutte encore et toujours et veille à préserver ses mains dans l'espoir de retrouver son métier de pianiste à la fin de la guerre.
J'ai aimé la présence de la musique tout au long des pages et cette référence au nocturne en ut dièse mineur de Chopin, qui reste, bien avant que je connaisse l'existence du livre, mon préféré. Ici encore, l'art rapproche les hommes.

Ce témoignage est une extraordinaire leçon de vie et d'histoire que tout le monde devrait lire afin de savoir et de ne pas oublier.


"La vie dans le ghetto était d'autant plus atroce qu'elle gardait les apparences de la liberté, au contraire. Il suffisait de descendre dans la rue pour avoir l'impression trompeuse de se trouver au milieu d'une ville comme les autres. Nous ne prêtions même plus attention à nos brassards de Juifs, puisque nous en portions tous un. (...) Mais les rues du ghetto, et elles seuls, finissaient touts contre un mur. Il m'arrivait souvent de partir en marchant au hasard, sans but précis, et chaque fois j'étais surpris de buter sur l'une de ces barrières. Elles se dressaient là où j'aurais voulu continuer à avancer, m'interdisaient de poursuivre ma route, et il n'y avait aucune raison logique à cela? Soudain, la portion de la rue située de l'autre côté du mur devenait l'endroit le plus chérissable au monde, celui dont l'avais le plus besoin, qui à cet instant précis recelait tout ce que j'aurais désiré voir... Mais le mur restait le plus fort."



Nocturne en ut dièse mineur de Chopin:




samedi 11 février 2017

La mer des Cosmonautes - Cedric Gras




Quelques infos:


Edition: Paulsen
Date de parution: Janvier 2017
Pages: 187


Mon avis:


Le mois dernier, j'ai participé pour la première fois à une opération Masse Critique sur le site Babelio. L'internaute est invité à choisir un ou plusieurs livres parmi une liste et s'il est sélectionné, il reçoit un livre en cadeau et doit le chroniquer dans le mois qui suit.
J'ai eu la chance de faire parmi des heureuses élues et c'est pour La mer des Cosmonautes, paru aux éditions Paulsen, que j'ai été sélectionnée. Merci à eux!
Sitôt reçu, sitôt lu et (quasi) sitôt chroniqué!

Cedric Gras nous fait le récit des trois mois qu'il a passé sur l'Akademik Fedorov, un navire brise-glace, chargé de ravitailler les bases russes implantées en Antarctique. L'équipage est constitué d'hommes qui vont relever les équipes qui ont passé un long hivernage sur la banquise. Le bateau quitte Le Cap en Afrique du Sud pour rejoindre le continent blanc, déroutant tremplin pour l'Antarctide que cette Afrique trop hospitalière, où le climat méditerranéen n'augure en rien de la destination.

Mêlant habilement le quotidien de l'expédition au récit de la fastueuse époque de la conquête de l'Antarctique, l'auteur nous emmène dans un univers méconnu: celui des Poliarniks. Il dresse un portrait touchant de ces hommes, marins, scientifiques ou mécaniciens qui passent de longs mois éloignés des leurs pour vivre dans un milieu des plus inhospitaliers au nom de la science et de l'histoire.
Basé sur les témoignages des hommes rencontrés sur le bateau, le récit est émaillé d'anecdotes, parfois amusantes, sur leur quotidien, leur lutte contre les éléments et les soucis techniques provoqués par les contraintes naturelles.

Nous enfilons nos grosses vestes et suivons le conduit aérien qui alimente le bâtiment principal depuis la centrale. Une corde court entre les poteaux flottants sur la glace. Elle sert de guide dans les tourbillons qui contraignent de progresser à quatre pattes. "Souvent, nous luttons contre les rafales de vent pour mériter notre pitance, lâche Sergueï. Une fois au réfectoire, nous sommes raides de givre. Pour le retour, nous nous orientons au boucan des générateurs." Parfois, Sergueï et les autres demeurent sur la colline Komsomolskaïa plusieurs jours, quitte à jeûner. Au delà de 40 mètres par seconde, les sorties sont interdites. Braver les éléments pour un repas leur ferait perdre plus de calories qu'ils en gagneraient.

Les chapitres "historiques" relatent la prestigieuse épopée des poliarniks qui ont contribué, à l'instar des cosmonautes, à la gloire du bloc soviétique, notamment entre 1930-1950. Le récit se teinte de nostalgie lorsqu'ils évoquent les exploits de leur prédécesseurs, restés dans l'ombre des glorieux explorateurs du ciel. A tel point que l'Antarctique leur offre le nom d'une mer située à l'extrême sud de l'océan Indien: la Mer des Cosmonautes. Pendant que l'URSS envoyait des modules vers la Lune, l'Antarctique se trouva reléguée à sa banalité terrestre et les exploits des poliarniks furent oubliés.

Ce livre offre un vrai moment d'évasion. Je l'ai lu au chaud, près du poêle, claquant des dents à l'évocation des - 89° enregistrés sur la base de Vostok. Il a éveillé ma curiosité et me pousse à en découvrir davantage sur ce mystérieux continent où se joue des enjeux internationaux -  pour l'instant limités par le Traité de l'Antarctique qui empêche toute revendication territoriale - et où se vit de belles histoires humaines. 
Une très jolie découverte.

L'Antarctide est absente des géographies mentales de nos pareils. Cantonnée au bas des mappemondes, elle est au mieux représentée par un fin liseré blanc, lardé de déchirures ou d'écornures. Les légendes, les échelles, la rose des vents, une punaise ou un encadré thématique achèvent généralement de masquer le pôle Sud. Les cartographes se sentent moins gênés d'empiéter sur cette terre aux toponymes trop rares, à la surface si morne.




Challenge Coupe des quatre maisons: Pétards surprises, un livre que l'on m'a offert, 10 points

dimanche 18 décembre 2016

6 minutes 23 séparent l'enfer du paradis - François Suchel


Quatrième de couverture:


C'était il y a un peu plus de cent ans, Clément Ader faisait décoller son premier "Appareil Volent Imitant l'Oiseau Naturel", ouvrant ainsi la voie aux aventuriers du ciel. Les pionniers écrivirent la légende, puis vint le temps de la démocratisation: le ciel ouvert à tous. Aujourd'hui, voyager en avion est devenu banal. Mais c'est aussi un métier... un métier qui intrigue.
Commandant de bord à Air France, François Suchel nous invite à parcourir la Terre à ses côtés pour comprendre ce qu'est la vie de pilote. De la préparation des vols au bonheur de traverser les nuages, en passant par les ambiances du cockpit, il confie ses sensations, ses émotions. Il évoque Georges, cet amical ennemi qu'est le pilote automatique. Il décrit un déroutement dans un pays en guerre, un vol de reconduits à la frontière qui tourne mal, un steward appelé aux commandes d'un Boeing 747, une fin de grossesse rocambolesque, un atterrissage périlleux avec un moteur en panne. Tous ces grains de sable qui transforment parfois un vol en aventure. il revient aussi sur la catastrophe du Rio-Paris, révélant pour la première fois la version d'un pilote de ligne qualifié sur Airbus A330.
Histoires vécues, anecdotes drôles ou graves, François Suchel nous fait rêver ou frissonner, ne nous laissant jamais indifférents.

Quelques infos:


Editeur: Paulsen
Parution: Janvier 2016
Pages: 219

Mon avis:


Depuis longtemps fascinée par l'aviation, j'attendais de pouvoir lire ce témoignage depuis que j'ai eu vent de sa sortie. 
Cette compilation d'anecdotes vaut le détour, François Suchel nous fait partager sa passion pour son travail avec enthousiasme.
Il nous parle de son métier aussi bien dans sa dimension scientifique notamment quand il décrit les procédures à suivre lors d'un embarquement ou d'un atterrissage mais aussi sous abord beaucoup plus poétique lorsqu'il parle des levers ou couchers de soleil auxquels il assiste confortablement assis dans son cockpit. Le côté humain n'est pas oublié lorsqu'il évoque les interactions entre les différents membres d'équipage.

C'est donc un panorama complet du métier de pilote de ligne que l'on découvre ici, une plongée dans les coulisses de l'aviation. Même si on y perd un peu notre latin face au vocabulaire professionnel utilisé ou aux explications scientifiques parfois un peu ardues, la lecture est malgré tout plaisante.

On perçoit toute la difficulté de ce métier qui permet à ces monstres d'acier de défier les lois de la gravité et où chaque paramètre négligé peut créer des pannes aux conséquences plus ou moins graves.
L'auteur évoque avec humilité et franchise les leçons qu'il en tire au quotidien.

À la fin du livre, l'auteur a inséré des schémas du cockpit de l'avion (quelle complexité !!!) ainsi qu'un lexique du vocabulaire et des acronymes utilisés. De quoi satisfaire les esprits curieux qui souhaitent découvrir le métier de pilote et les avions !




Challenge Coupe des 4 maisons: Mimi Geignarde, livre dont vous n'aimez pas la couverture, 15 points