jeudi 14 mars 2019

Les amants du presbytère - Marie Bernadette Dupuy



Quelques infos:


Édition: Calmann Levy
Date de parution: Février 2017
Pages:  318


Mon avis:


En 1849, la ville de Saint Germain de Montbron en Charente est en ébullition. Son ancien curé ayant été défroqué, un nouveau prêtre a été nommé et vient s'installer au presbytère. Il s'agit de Roland Charvaz. Mais celui-ci ne vaut guère mieux que son prédécesseur. Bien plus préoccupé par les charmes féminins que par les confessions de ses fidèles, il remarque la jolie femme du docteur. Mathilde s'ennuie dans sa vie étriquée de bourgeoise de province et rapidement, elle succombe au charme du prêtre. Entre deux sermons, les deux amants se retrouvent lors de rendez-vous clandestins pour vivre leur passion. Jusqu'au jour où leur secret est menacé. Le couple fomentera alors un plan diabolique...

Attirée par la jolie couverture, cette histoire de couple criminel, inspirée d'un fait réel, m'a intriguée. La première partie du livre manque cependant de rythme et de profondeur. La psychologie des personnages est un peu simple, mal travaillée. Celui de Mathilde notamment, manque de complexité et apparaît comme un femme frivole et pas très futée. Le prêtre Charvaz est décrit comme le grand méchant de l'histoire, avec son côté manipulateur et possessif. Leur relation m'a déplu, Mathilde est trop soumise, il y a un rapport de dominant/dominé qui met mal à l'aise. Finalement, avec de tels protagonistes, le drame apparaît comme inéluctable.
La deuxième partie est plus intéressante, l'enquête, les commérages, le procès. Le rythme s'accélère et je me suis pris au jeu des spéculations sur le destin de Mathilde et de Roland.

Lu en deux jours pendant un week end tempétueux, j'ai été un peu déçue par ce roman. L'écriture est trop simple et manque d'envergure pour réellement nous emmener dans cette passion qui lie Mathilde et Roland. Heureusement la deuxième partie relève l'ensemble, je me suis sentie plus concernée par le devenir des personnages. C'est avec tristesse que j'ai refermé ce livre, pensant à cette pauvre Mathilde qui rêvait d'amour et qui s'est fourvoyée dans une relation qui n'avait rien de romantique au risque de perdre sa famille... quel triste destin! 






mardi 12 mars 2019

Une histoire à grosse voix - Emile Jadoul



Quelque infos:


Édition: École des loisirs
Date de parution: 2018
Pages: 24
Âge: 3 à 6 ans

Mon avis:


C'est l'heure d'aller dormir. Léa, Gaspard et Gaston, trois adorables grenouillettes réclament à leur papa une histoire. Mais pas n'importe quelle histoire.... Une histoire à GROSSE VOIX!
De celle qui, faut le reconnaître, vous file un peu les chocottes!

Le papa accepte, s'échauffe la voix et commence à raconter l'histoire de sa plus belle et grosse voix.... Mais voilà, finalement, Léa, Gaspard et Gaston se demandent si c'est vraiment une bonne idée....





Voilà un petit album sympathique qui joue sur la peur de s'endormir, les rituels du coucher, la complicité des enfants et de leurs parents autour de la lecture au moment d'aller au lit. Avec une grosse ou petite voix, peu importe, l'important c'est de passer du temps ensemble. 

Les parents lecteurs s'amuseront à faire leur plus grosse voix tandis que les enfants feront semblant d'avoir pas peur.... enfin un petit peu quand même!


C'était ma participation pour le rendez-vous hebdomadaire Chut les enfants lisent du blog Devine qui vient bloguer

La vie solide, la charpente comme éthique du faire - Arthur Lochmann



Quelques infos:


Édition: Payot
Date de parution: Janvier 2019
Pages: 202


Mon avis:


Arthur Lochmann a abandonné ses études de philosophie et de droit pour devenir charpentier. Cet ouvrage est le récit de son apprentissage. Fils de maçon, c'est parce qu'il avait besoin d'un gagne-pain qu'il a commencé un CAP. Au final, ce métier lui a appris bien plus, et lui a permis de trouver des repères.

"Si je travaille régulièrement sur des chantiers de charpente depuis dix ans, je ne suis pas "devenu charpentier" au sens où l'on endosse une identité et pratique un métier pour le reste de son existence. Mais en développant un rapport productif à la matière, en apprenant à inscrire mes actions dans la durée, en adoptant l'éthique artisanale du bien faire, j'ai trouvé des clés pour m'orienter dans notre époque frénétique."

L'auteur aborde ici tous les aspects du métier de charpentier, qu'ils soient techniques, historiques mais aussi sociologiques et même philosophiques. La charpenterie nécessite un engagement total du corps et de l'esprit, les outils deviennent des prolongements de la main, le geste et l'intellect sont intimement lié. Le rapport au temps est différent, les gestes s'inscrivent dans la durée, dans ceux des charpentiers prédécesseurs et pour plusieurs siècles à venir. La transmission du savoir est essentielle où "les savoir-faire constituent un trésor immatériel qui appartient à toute la société. Chaque ouvrier en est le dépositaire temporaire. A ce titre, sa responsabilité est de la faire vivre en le transmettant."
Il y a un autre aspect de remarquable dans ces métiers c'est la satisfaction du travail bien fait liée "au fait que l'on se sache hautement responsable de son travail. Et cet engagement est d'autant plus fort que les savoir-faire mis en oeuvre sont nombreux, précis et difficiles à acquérir: on se sent d'autant plus auteur d'un ouvrage que l'on a la main sur sa qualité."

Son récit est émaillé d'anecdotes personnelles ou sur le métier en général, parfois amusantes, tout le temps instructives!

"Un adage lumineux, que l'on entend souvent sur les chantiers, guide le travail des charpentières et des charpentiers. C'est une règle toute simple selon laquelle il faut orienter la partie du bois la plus stable vers le haut, dans la direction des contraintes. Quatre mots, qui en disent long sur le métier de charpentier: le cœur au soleil."


C'est un ouvrage étonnant, riche, écrit avec passion. L'auteur livre là une belle réflexion sur les métiers d'artisanat dont il fait l'éloge, comme une réponse possible aux défis de l'époque moderne.
Merci à Babelio et aux éditions Payot-Rivages pour cet envoi!





"Dans un ouvrage majeur de l'anthropologie, Le Geste et la Parole, André Leroi-Gourhan a montré que le développement de la main et celui de l'intelligence ont été concomitants dans l'évolution de l'espèce humaine. Pour résumer: un aspect caractéristique de l'être humain, c'est sa bipédie permanente et parfaite. Le fait de ne plus marcher sur les mains les a libérées de leur fonction de locomotion et, ce faisant, a ouvert la possibilité du geste. Du même coup, la bouche s'est trouvée libérée de la fonction de préhension qu'elle assumait lorsque les mains servaient au déplacement. Elle a ainsi pu détourner ses mouvements naturels d'ouverture et de mastication pour les mettre au service de l'articulation, c'est-à-dire de la parole et du langage. Ce n'est donc pas l'intelligence de l'être humain qui l'a fait se relever, mais parce qu'il s'est relevé qu'il a pu développer son intelligence - manuelle et linguistique."

mardi 5 mars 2019

Cornebidouille - Pierre Bertrand et Magali Bonniol



Quelques infos:


Édition: École des loisirs
Date de 1ère parution: 2003
Nombre de pages: 31
Âge recommandé: 4-7 ans

Notre avis:


Connaissez-vous Cornebidouille? Si non, vous êtes le genre d'enfant sage à toujours finir son assiette de soupe. Si, comme Pierre, vous préfériez aller vous coucher le ventre vide plutôt que de manger de la soupe, alors peut-être avez vous rencontré l'affreuse sorcière Cornebidouille. Celle-ci vient dans la chambre des enfants difficiles pour leur faire peur. 
Sauf que Pierre n'est pas tout à fait un enfant comme les autres. Malicieux, un brin impertinent, la rencontre avec Cornebidouille ne va pas se passer comme prévu et Pierre donnera du fil à retordre à la sorcière.


Voici un classique de la littérature jeunesse, dont le succès ne se dément pas. C'est évidemment très drôle. Les phrases répétitives sont reprises par ma Crevette qui déclame à l'envi "Nan, j'veux pas!". Les dialogues entre Pierre et Cornebidouille sont certes, légèrement irrévérencieux, mais tellement drôles!

"Alors, crotte de fourmi, est-ce que je te fais peur?"
"Nan, mais vous avez un gros derrière!"
"Comment?"
"Une langue de vipère!"
"Comment?"
"Le nez plein de vers de terre!"
"Comment?"

Quant aux illustrations, elles accompagnent à merveille le comique de la situation, avec une Cornebidouille encore plus affreuse que nature. (Et oui, je l'ai rencontrée! ;) )



Nous retrouvons les aventures de Pierre et de Cornebidouille dans 3 autres albums, tout aussi réussis:
- La Vengeance de Cornebidouille
- Cornebidouille contre Cornebidouille
-Gloups, j'ai mangé Cornebidouille
Et on ne s'en lasse pas!

Certes, ne comptez pas sur cette série pour que votre enfant se mette à adorer la soupe, mais par contre, le fou rire partagé est garanti!


Article partagé dans le cadre du rendez-vous "Chut les enfants lisent" du blog Devine qui vient bloguer.

jeudi 28 février 2019

La maison des hautes falaises - Karen Viggers



Quelques infos:


Édition: Le livre de poche
Date de parution: Mars 2017
Pages: 507

Mon avis:


Lex Henderson vient s'installer à Merrigan, une ville perdue sur la côte est de l'Australie où il est venu se reconstruire après un divorce douloureux. 
Callista est native du coin mais reste en marge de la communauté. Elle aussi traîne ses casseroles. Artiste-peintre, elle vivote en vendant des toiles sans âme au marché de Merrigan. 
C'est là qu'ils se rencontrent,se rapprochent et se devinent dans leurs blessures respectives qu'ils tentent de dissimuler. Au milieu de cette nature sauvage où les journées sont rythmées par le bruit de l'océan, Lex et Callista entament un long processus de résilience et tenteront de faire de nouveau confiance en l'avenir.

La lecture de ce joli roman offre un dépaysement garanti. Sous les yeux de Lex et de Callista, la nature offre un merveilleux spectacle parfois apaisant, parfois destructeur. Tout est finement décrit: on entend l'océan, le chant des baleines, on sent les embruns et la force du vent.... L'auteur nous fait l'historique de la chasse à la baleine dont elle dénonce les conséquences sans juger les motivations des baleiniers qui voulaient juste nourrir leur famille.

"Lex scrutait ces hommes et rien dans leurs visages ne lui expliquait leurs choix. C'étaient les traits d'hommes normaux. Des hommes qui luttaient pour survivre à une époque difficile. Ils ressemblaient à n'importe qui travaillant  au soleil avec une pelle, ramant sur un bateau, labourant un champ pour se faire de l'argent. Ils ressemblaient à des gens ordinaires qui avaient des familles, qui mangeaient, buvaient, transpiraient, travaillaient dur, craignaient, souffraient. Il aurait pu être n'importe lequel d'entre eux q'il avait vécu à leur époque, dans leur ville, dans leur situation. Aucun d'eux n'avaient l'air d'un démon. Ce n'était pas des assassins sanguinaires qui aimaient donner la mort. Mais des hommes qui faisaient leur boulot. Et un boulot sacrément difficile."

Karen Viggers nous emmène dans la vie de la petite communauté de Merrigan avec ses célébrités locales, ses événements incontournables mais surtout cette solidarité indispensable lorsque les éléments se déchaînent. 

J'ai eu un faible pour Lex, j'ai aimé le contact qu'il avait avec la nature, la façon dont il se remettait en cause et sa lente reconstruction au contact des éléments. Pour ce qui est de l'histoire d'amour, celle-ci m'est apparue secondaire, le jeu du chat et de la souris entre Lex et Callista a même fini par me lasser. 

J'en suis d'ailleurs amusée. J'ai trouvé dans ce livre des choses que je ne suis pas venue chercher: une belle galerie de personnages secondaires, une évocation sublime de la nature et des éléments et un troisième personnage principal auquel je ne m'attendais pas: la baleine qui est magnifiée dans ce récit. Ce roman m'a donc offert une belle surprise et je le recommande chaudement

"Il y a cette étrange idée que les baleines sont le symbole de tout ce qui est grandiose et beau sur terre. Tout ce qui est sauvage et libre. Je ne sais pas d'où ça vient. Cela n'a rien de rationnel. C'est peut-être parce qu'elles sont gigantesques, parce qu'on ne les voit pratiquement jamais. Et si, par bonheur, on les aperçoit, c'est toujours une rencontre incroyable..."



vendredi 22 février 2019

Le cœur converti - Stefan Hertmans



Quelques infos:


Édition: Gallimard
Date de parution: Août 2018
Pages: 368

Mon avis:


Au XIe siècle, à Rouen, Vigdis Adélais croise le regard de David Todros, venu étudier dans la yeshiva de Rouen. Cette jeune fille chrétienne, issue d'une riche famille Normande tombe amoureuse et choisit de se convertir au judaïsme pour les beaux yeux du jeune homme. Cet amour réprouvé par les parents de la jeune fille les oblige à fuir jusqu'à Narbonne, dans la famille de David. Poursuivi par des chevaliers normands payés par la famille de Vigdis, leur fuite se poursuivra jusqu'à Monieux, dans une communauté juive où ils connaîtront un peu de repos. Jusqu'en 1096 où le pape Urbain II appelle à une 1ère croisade jusqu'à Jérusalem. La vie de nos deux amoureux en sera à jamais bouleversée....

Voici un livre, à la construction inédite à mi-chemin entre le roman et la thèse. David et Vigdis ont réellement existé. Pour preuve, ce manuscrit trouvé dans une synagogue du Caire. Se basant sur ce témoignage, l'auteur calque ses pas sur ceux du couple et entreprend le même voyage, de Rouen jusqu'à Narbonne, puis Monieux.
Au départ j'ai été séduite par l'exercice, touchée par l'émotion ressentie par Stefan Hermans lorsqu'il se trouvait dans des lieux connus de David et Vigdis. Ces deux personnages étaient omniprésents, tels des fantômes venus raconter leur histoire. Mais rapidement, ces interventions récurrentes de l'auteur ont fini par me lasser, comme si son voyage était autant le sujet du roman que celui de la fuite éperdue de David et Vigdis.
De plus, l'auteur nous fait comprendre que les sources sont difficilement exploitables. S'il s'est autorisé à broder certains passages de l'histoire, à juste titre puisqu'il écrit un roman, il s'est limité pour d'autres, laissant le lecteur dans le flou, notamment en ce qui concerne le destin des enfants du couple.
Au fil du roman, le tragique destin des amoureux a fini par me miner et ces aller-retours entre fiction et réalité par me lasser.
Dommage car il faut reconnaître la qualité du travail de recherche de l'auteur, sa jolie écriture et ses connaissances sur le sujet.
Peut être suis-je trop conventionnelle et trop peu érudite pour en apprécier la réelle valeur....



lundi 18 février 2019

Le journal de Mary - Alexandra Echkenazi



Quelques infos:


Édition: Belfond
Date de parution: 
Pages: 288


Mon avis:


Qui a tué Mary Meyer? Cette femme de la haute société new-yorkaise a été le grand amour de Jack Kennedy. Elle a été assassinée un an après la mort de son amant, alors qu'elle n'a jamais caché ses doutes quant aux conclusions de la commission Warren. Selon ses proches, elle tenait un journal qui n'a jamais été retrouvé.

Alexandra Echkenazi écrit ici son journal fictif et dresse le portrait d'une femme moderne pour son époque, d'une femme amoureuse, d'une femme libre.

"Ils te diront que parce que tu es une femme, tu n'es pas capable de faire certaines choses. Ne les crois pas Mary. Jamais"

Cette immersion dans l'Amérique des années 60 est passionnante: l'émancipation de la femme, les tentatives d'apaisement dans les relations Est/Ouest, la fin de la ségrégation raciale.... On découvre ici le contexte dans lequel Kennedy a exercé son mandat, les décisions qu'il a du prendre dans un contexte international tendu et qui ne lui ont pas valu que des amis. Le style littéraire ne casse pas des briques, j'ai trouvé que l'histoire d'amour sonnait un peu creux, mais peut être est-ce un effet voulu par l'auteur. On lit un journal intime, pas d'un classique de la littérature. Bien que l'on connaisse le tragique destin de Mary, les pages se tournent facilement et le lecteur se laisse prendre au jeu de cette histoire d'amour. J'ai refermé ce livre avec un peu de frustration ne pouvant démêler le vrai du faux, les faits réels de ce qui est sorti de l'imagination de l'auteur. 

C'est un roman plaisant à lire qui ajoute une pierre au mystère entourant la mort de Kennedy.