mercredi 17 octobre 2018

Erick de Briovère - Jean-Claude Boscher




Quelques infos:

Édition: Eurocibles
Date de parution: 2016
Pages: 220

Mon avis:


Erick est un jeune norvégien qui débarque avec ses parents sur la rive de la Ver (la Vire) en l'an 890. Attirés par le doux climat et les collines verdoyantes, ils décident de s'installer à Briovère, ancien nom de Saint-Lô, malgré la méfiance des locaux. Malheureusement lorsque des Vikings s'attaquent aux habitants et détruisent la ville, Erick et sa famille sont pris pour cible. Contraint de retourner en Norvège, Erick se retrouve tiraillé entre son pays natal et la nostalgie de la belle région normande.

J'ai reçu ce livre lors de la dernière opération Masse Critique organisé par le site Babelio. L'auteur nous raconte de façon romancée un épisode de l'histoire de la ville de Saint-Lô détruite lors de la bataille de Briovère en l'an 890. Le livre est agrémenté de photos illustrant les vestiges de la ville à cette époque. J'ai bien aimé découvrir les relations commerciales de l'époque, aspect méconnu des échanges entre Européens et Vikings. A la fin du livre, l'auteur cite ses sources, et rend compte du sérieux de son travail. L'écriture est simple, sans prétention, et le livre se lit facilement. 
A découvrir pour les locaux ou les passionnés de l'histoire viking.



lundi 15 octobre 2018

Vivement l'avenir - Marie-Sabine Roger



Quelques infos:


Edition: Du Rouergue
Date de parution: 2010
Pages: 301

Mon avis:


Alex, la trentaine, look androgyne, loge, le temps de son CDD dans un poulailler industriel, chez Marlène et Bertrand qui louent une chambre dans leur maison avec "vue sur le poulailler et l'échangeur de l'autoroute".
Cédric, chômeur, désabusé, traîne son ennui et son chagrin d'amour le long du canal en compagnie de son ami Olivier, obèse, taciturne, dont l'ambition est de construire un barrage avec les canettes de bière qu'il siffle à longueur de journée.
Il y a aussi Gérard, le frère handicapé de Bertrand, qui vit sous leur toit et que Marlène ne supporte plus. 
Ces personnages, un peu marginaux, vont se rencontrer, se découvrir bien au delà des apparences. Cette amitié improbable les aidera à sortir de leur marasme.

Comme d'habitude, ce roman de Marie-Sabine Roger m'a enchanté. On y retrouve une fois de plus, cette plume enchanteresse, à la fois tendre et piquante, souvent drôle et touchante. Elle sait trouver les mots, empreints de vérité, avec ce sens inégalé de la formule qui résonne au fond de nous.

"J'ai commencé à la sentir, l'urgence, à ne plus supporter ce vide devant moi, ce grand Rien, que je ne savais ni comment remplir ni avec quoi. Vivre! Vivre putain! J'avais que ce mot là.
Juste un mot, sans explications, sans rien pour me dire où aller ou quoi faire. Comme un gros bouquin sans sommaire. Et dans le même temps, parce que je ne savais pas comment faire pour vivre, justement, j'ai commencé à avoir des angoisses, des vraies, de celles qui te déguisent en guenille, te font pleurer ta mère à l'intérieur de toi, croire que tu deviens fou, que tu te barres en couille ou que tu vas mourir. J'ai vécu la déglingue infernale, avec cette impression d'être déboulonné, en kit et sans notice. J'ai picolé à me vomir moi-même, baisé à perdre toute envie. Aujourd'hui je sais ce que j'avais: j'étais trop plein de vide et pas assez de vie."

Cette galerie de personnage sonne juste. Elle dresse un portrait réaliste des laissés pour compte. Ce sont de vrais gens, comme dans la vraie vie, ni trop beaux, ni trop honnêtes... Il y a toujours quelque chose qui nous touche chez eux, même Marlène "plus bête que méchante", avec ses rêves de midinette inassouvis. Les deux brutes du canal avec leurs "deux neurones qui se baladent; un pour être bête, l'autre pour être méchant" sont les seuls personnages vraiment antipathiques.

En mettant en lumière le meilleur de ses protagonistes, Marie-Sabine Roger fait naître une étincelle d'espoir. L'ensemble donne un roman plein de douceur et de poésie. Le personnage de Gérard surnommé Roswell, est particulièrement réussi. Loin de plonger dans l’apitoiement ou la caricature, on le découvre tel qu'il est, sans filtres. 

"Seulement, pour ceux qui sont comme Roswell, ceux qui sont réellement affreux, c'est plus compliqué, je crois bien. Il faudrait oublier ce qu'ils montrent, pour pouvoir découvrir ce qu'ils cachent. Très vite, il faudrait l’oublier. Roswell est un monstre c'est vrai. Il est d'une laideur parfaite. Il n'y a rien en lui qui ne soit pas raté, déformé, effrayant, ridicule. Rien sauf son regard de chiot, d'une douceur pas racontable. Sauf son rire éclatant, plein de vie et d'humour. (...) On en croisera d'autres, qui se mettront à rire en regardant Roswell. Les monstres ce sont eux."

En générant autour de lui un élan de solidarité et de sympathie, il insuffle aux autres un élan de vie et de cœur.

C'est un roman de vie et d'amitié qui met de la couleur dans notre quotidien. 
Une réussite!

Une dernière citation pour la route, parce qu'elle me fait marrer (et sonne tellement juste!):

"Lui, je l'aurais bien vu en homme politique: son obsession, c'est laisser quelque chose après lui. Tant pis si c'est qu'un tas de merde!"




jeudi 11 octobre 2018

Danse avec les loups - Michael Blake



Quelques infos:


Édition: J'ai lu
Pages: 317
Date de 1ère parution: 1988

Mon avis:


Le lieutenant John Dunbar, après un acte héroïque sur le champ de bataille en pleine guerre de Sécession, choisit son affectation dans un poste reculé situé à la frontière de l'Ouest sauvage. Découvrant le fort abandonné, il se charge de le remettre en état. Ses journées sont rythmées par les travaux quotidiens, les rondes avec son cheval Cisco et les visites inattendues du loup "Deux bottes". Jusqu'au jour où des indiens Comanches tentent de lui voler son cheval. Il décide d'aller à la rencontre de ses hardis voisins. John Dunbar découvrira alors leur mode de vie, en harmonie avec la nature, fondé sur le respect de l'autre et le partage. Prenant alors conscience de la bêtise et de la cruauté de l'homme blanc, il se détachera progressivement de son ancienne existence, renonçant à ses devoirs de soldat pour partager la vie et le tragique destin des Comanches.

Comme beaucoup je pense, j'ai découvert le film avant le livre, dont le succès critique et public a marqué les années 90. La lecture du roman dont Kevin Costner s'est inspiré m'a permis de me replonger dans cette sublime histoire d'amour et de tolérance.

Si cela m'a permis d'éclaircir certains points qui m'ont échappé, je dois reconnaître que j'ai rarement vu un film aussi proche du roman dont il s'est inspiré. On retrouve quelques différences dans la chronologie, des Sioux à la place des Comanches (d'ailleurs pourquoi?) mais quasiment toutes les scènes ont été fidèlement retranscrites.

Pour autant, j'ai trouvé la lecture de ce roman parfaitement complémentaire. Il permet de saisir parfaitement le choc des cultures et l'évolution du lieutenant Dunbar. Dans un premier temps fidèle à ses devoirs de soldat, sa rencontre avec les Comanches ébranlera ses certitudes. Il soignera ses blessures à l'âme, meurtrie par la guerre, au contact d'un peuple à la vie simple, en harmonie avec la nature. Émerveillé par leur mode de vie, il se sentira enfin en accord avec lui même découvrant l'homme véritable qui vit au fond de lui: "Danse avec les loups".

"Il y a de nombreuses pistes dans cette vie, mais peu d'hommes sont capables de suivre celle qui compte le plus... même des hommes comanches. C'est la piste du véritable être humain. Je pense que tu es sur cette piste. C'est une chose que je suis heureux de voir. C'est bon pour mon cœur."

Néanmoins, le film réalisé par Kevin Costner garde ma préférence. Il mérite le qualificatif de "chef d'oeuvre" ce qui, de mon point de vue, n'est pas le cas du roman.
Je vous invite malgré tout à découvrir le livre, si comme moi, vous aimez comprendre la genèse d'une oeuvre.






mercredi 3 octobre 2018

Au fond de l'eau - Paula Hawkins




Quelques infos:


Édition: Pocket
Date de parution: Juin 2017
Pages: 504

Mon avis:


Julia vient de perdre sa sœur Nel avec qui elle était en froid depuis de nombreuses années dans des circonstances troublantes. Elle se rend à Beckford, dans la maison parentale où de lourds secrets refont surface. Elle fait la connaissance de sa nièce, une adolescente rebelle et rencontre les habitants du village qui s'interrogent face à cette succession de suicides de jeunes filles dans le "bassin aux noyées". La mort de Nel est elle en lien avec ces tragédies?

Trouvé dans une boîte à livres, j'ai évidemment reconnu le nom de l'auteur qui avait eu un succès époustouflant il y a quelques années avec son roman "La fille du train" qui m'avait plu mais sans plus. 
Là, ma chronique va être très courte puisque je me suis arrêtée à mi-chemin. Utilisant le même procédé narratif que dans son précédent opus, l'auteur fait progresser l'intrigue en utilisant la voix de (trop) nombreux narrateurs internes. J'ai très vite été perdue. 
Quant à l'écriture (à moins que ce soit la traduction) elle est assez pitoyable. La phrase qui m'a achevé "Ce n'est pas tes affaires!" J'enverrai un Bescherelle au traducteur à l'occasion.
Comme l'intrigue n'a pas éveillé ma curiosité, j'ai fini par laisser tomber. 
Je vais aller remettre ce livre là où je l'ai trouvé.




mardi 25 septembre 2018

La piscine magique - Carl Norac et Clothilde Delacroix



Quelques infos:


Édition: Didier Jeunesse
Date de parution: Février 2017
Âge: dès 5 ans


Notre avis:


La savane est en ébullition! Roi Lion a proposé à certains animaux, triés sur le volet, de venir plonger dans sa piscine magique.


Les animaux essayent leurs maillots de bain les plus chics, afin d'être sélectionné.


Le lion a fait son choix. La girafe, l'ours, Marquise de Cochon, le singe, le marabout et le phoque arrivent devant la fameuse piscine, émerveillés. 


Qu'a-t-elle de magique cette piscine? C'est simple, il suffit de plonger en prononçant un vœu et l'eau de la piscine se transforme immédiatement. Ainsi l'ours plonge dans une piscine de miel, Marquise de Cochon dans du parfum....

Tout se passe pour le mieux jusqu'à l'arrivée de la Reine, la lionne qui éprouve beaucoup de mépris pour ces invités et qui veut les congédier sans ménagement...


Je ne vais pas vous spoiler la fin, la "chute" est vraiment drôle. 

C'est un album joyeux, à l'humour potache qui ravit La Crevette. Les illustrations sont gaies et colorées, les expressions des animaux vraiment amusantes.

C'est un album parfait pour un moment de complicité entre parent et enfant qui pourront imaginer leur vœu, la prochaine fois qu'ils plongeront dans une piscine!





Voici ma participation au rendez-vous hebdomadaire "Chut les enfants lisent" du blog "Devine qui vient bloguer"

Le général du roi - Daphné Du Maurier



Quelques infos:


Édition: Phébus
Date de 1ère publication: 1946
Pages: 360

Mon avis:


Si vous ne connaissez pas Honor Harris, je vous conseille fortement de la découvrir dans ce fabuleux roman. Nous sommes au 17e siècle. Cette jeune fille de l'aristocratie anglaise, au caractère vif et impertinent, doit se fiancer au tempétueux Colonel Richard Grenville. Mais le jour des fiançailles, un accident prive Honor de l'usage de ses jambes. Elle renonce alors à son grand amour qui repart sur les mers affronter les ennemis de l'Angleterre. Quinze ans plus tard, alors que la guerre civile fait rage entre les partisans du Parlement et les royalistes, leurs routes se croiseront de nouveau, réveillant leur folle passion.

Voilà un portrait de femme inoubliable. Malgré son infirmité, Honor est une femme libre, qui au mépris des conventions, suivra les élans de son cœur. Elle ne s’apitoie jamais sur son sort, ni sur ce qui aurait pu être, faisant preuve d'une grande lucidité sur le caractère de son amant.

"Je sus alors que nous étions liés pour toujours, que je ne pourrais jamais le renvoyer. Ses fautes étaient mes fautes, son arrogance mon fardeau, et ce qui se tenait debout devant moi, Richard Grenville, était ce que la tragédie de ma vie l'avait fait."

Le personnage de Richard Grenville est remarquable. Tout comme Honor, j'ai été séduite par son impétuosité, sa loyauté, son franc parler. La guerre et cet amour manqué le rendront vaniteux et arrogant, et parfois même cruel. Richard et Honor sont des personnages contrastés mais complémentaires. Il est d'un tempérament fougueux, alors qu'elle fait preuve d'une grande sagesse. Il est brutal, elle est la douceur incarnée. Jouant le rôle d'amante, de confidente, elle sera pour Richard un soutien indéfectible. 

"S'il avait avec moi cette douceur, cette délicatesse des sentiments, comment pouvait-il se montrer si dur, si cruel, si méprisant avec les autres, envers son propre fils? Devais-je ne plus le voir jamais? Le laisser mener sa vie comme il l'avait menée jusque là? Ou bien au contraire ignorer les souffrances à venir, contraindre mon corps débile à la torture incessante de sa présence réelle, lui donner sans restriction aucune le petit bagage de sagesse que j'avais pu amasser, tout l'amour, toue la compréhension susceptibles de lui apporter un peu de paix?"


Ce lien qui les unit est bouleversant, tragique... C'est un amour qui traverse le temps, se moque des blessures. Ils forment pour moi un couple mythique.

Ce livre n'est pas seulement une histoire d'amour, c'est également un roman historique qui dépeint la guerre civile qui fit rage au 17e siècle entre les royalistes et le Parlement. Daphné Du Maurier ne nous emmène pas sur les champs de bataille, pourtant la guerre est là, en toile de fond. C'est la guerre vécue par les femmes, qui pansent les blessures, soutiennent leur soldats, vivent les privations, cachent les fuyards....

 Sur ce versant là, j'ai du m'accrocher. Beaucoup de lieux, de noms qui ne m'évoquent pas grand chose. Une troisième lecture sera nécessaire pour pouvoir appréhender l'ensemble. 

Comme toujours, Daphné Du Maurier m'a emmené avec elle, en Cornouailles, dressant le portrait de personnages inoubliables qui se font les témoins d'une époque tragique et peu connue du public français. C'est une lecture un peu ardue mais bouleversante. 



vendredi 21 septembre 2018

L'inconnue de Birobidjan - Marek Halter



Quelques infos:


Édition: Robert Laffont
Date de parution: 2012
Pages: 435


Mon avis:


Nous sommes en 1950, le réseau d'espionnage qui a vendu les secrets de la bombe atomique aux Russes vient d'être démantelé, les politiques cherchent à faire tomber Truman et une chasse aux sorcières est lancée. Mieux vaut ne pas avoir d'amis communistes sous peine d'avoir des comptes à rendre à la commission des activités anti-américaines dirigée par McCarthy et Nixon. C'est ainsi que Marina Andréïeva Gousseïev se retrouve accusée du meurtre d'un agent américain infiltré en territoire russe. Elle est actrice, d'origine russe, d'une beauté incroyable.

"Mais sa beauté ne devait rien aux maquilleuses de la MGM ou de la Warner. J'aurais mis ma main au feu que cette femme avait déjà du voir défiler les vérités de la vie dans son cinéma personnel."

Afin d'éviter la chaise électrique, elle raconte son histoire. A l'âge de 19 ans, après avoir été la maîtresse de Staline, elle fuit les sbires de son ancien amant et se réfugie dans une province autonome de la Russie: le Birobidjan, un territoire juif. Ainsi pour sauver sa vie, elle se fera passer pour une juive. En pleine seconde guerre mondiale, voilà qui est peu commun! Elle croisera la route de Michael Apron, médecin américain dont elle tombera amoureuse mais en ces temps troublés, le bonheur ne durera qu'un temps...

Je suis assez partagée sur ce roman. Autant j'ai aimé le côté historique et culturel, j'ignorais tout du Birobidjan, j'ai assez peu lu sur le maccarthysme et j'ai apprécié d'en savoir plus. J'ai moins adhéré au style littéraire, trop journalistique à mon goût. Le dernier chapitre où le narrateur lit un rapport des services secrets révélant le fin mot de l'histoire m'a donné l'impression d'être bâclé.
J'ai été gênée par le type de narration. Les chapitres alternent entre le procès et la vie de Marina en Russie. Ceux consacrés au procès sont racontés à la 1ère personne par un journaliste assistant à l'interrogatoire de Marina. Lorsqu'elle raconte son histoire, c'est un narrateur externe qui s'exprime. Parfois même, ses propos sont relatés par un autre, son avocat par exemple. Cette narration à la 3e personne crée une distance avec l'héroïne alors même que j'aurais du être touchée par son histoire. Les émotions, les sentiments, tout ce qui fait le côté romanesque d'un livre, ne m'ont pas été transmis, je suis restée de glace face à l'histoire de cette femme vivant un amour impossible en pleine Sibérie orientale. 

J'ai néanmoins apprécié l'ironie de l'histoire résumée en quelques mots par le narrateur:

"Mais pour moi, la pensée que Marina et Apron, au temps du nazisme, aient pu, à leur manière, être "devenus juifs" afin de vivre leur amour dans ce Birobidjan perdu m'apaisant profondément."


A découvrir pour la culture...