lundi 18 février 2019

Le journal de Mary - Alexandra Echkenazi



Quelques infos:


Édition: Belfond
Date de parution: 
Pages: 288


Mon avis:


Qui a tué Mary Meyer? Cette femme de la haute société new-yorkaise a été le grand amour de Jack Kennedy. Elle a été assassinée un an après la mort de son amant, alors qu'elle n'a jamais caché ses doutes quant aux conclusions de la commission Warren. Selon ses proches, elle tenait un journal qui n'a jamais été retrouvé.

Alexandra Echkenazi écrit ici son journal fictif et dresse le portrait d'une femme moderne pour son époque, d'une femme amoureuse, d'une femme libre.

"Ils te diront que parce que tu es une femme, tu n'es pas capable de faire certaines choses. Ne les crois pas Mary. Jamais"

Cette immersion dans l'Amérique des années 60 est passionnante: l'émancipation de la femme, les tentatives d'apaisement dans les relations Est/Ouest, la fin de la ségrégation raciale.... On découvre ici le contexte dans lequel Kennedy a exercé son mandat, les décisions qu'il a du prendre dans un contexte international tendu et qui ne lui ont pas valu que des amis. Le style littéraire ne casse pas des briques, j'ai trouvé que l'histoire d'amour sonnait un peu creux, mais peut être est-ce un effet voulu par l'auteur. On lit un journal intime, pas d'un classique de la littérature. Bien que l'on connaisse le tragique destin de Mary, les pages se tournent facilement et le lecteur se laisse prendre au jeu de cette histoire d'amour. J'ai refermé ce livre avec un peu de frustration ne pouvant démêler le vrai du faux, les faits réels de ce qui est sorti de l'imagination de l'auteur. 

C'est un roman plaisant à lire qui ajoute une pierre au mystère entourant la mort de Kennedy.



lundi 11 février 2019

Toute la ville en parle - Fannie Flagg



Quelques infos:


Édition: Cherche Midi
Date de parution: Février 2019
Pages: 512


Mon avis:


"L'auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l'histoire d'un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu'à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. et c'est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d'un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l'autre, si d'inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie et la mort, de cette paisible petite communauté."

Voici un roman atypique, le personnage principal de l'histoire étant une ville, Elmwood Springs. Nous assistons à sa sa naissance, sa croissance, son évolution, sous l'influence des événements locaux, parfois mondiaux. C'est un peu déstabilisant, il y a pléthore de personnages, difficiles parfois de s'y retrouver. L'auteur a choisi de balayer large, l'histoire se déroule sur plus d'un siècle traité en 500 pages, impossible de s'intéresser en profondeur aux événements et aux personnages. Le livre se construit également autour de la vie (!) dans le cimetière d'Elmwood Springs. Les morts se retrouvent, s'aperçoivent qu'ils peuvent discuter entre eux et connaissent, débarrassés de leur enveloppe charnelle et de ses défaillance, une forme d'allégresse. C'est amusant, cela donne une note fantastique à l'histoire. Même si l'auteur dans la dernière page invite le lecteur à s'interroger, l'au-delà n'est pas le vrai sujet du livre.

Malgré ces petits défauts, l'auteur nous emmène dans cette histoire fantasque et fantastique et fait d'elle une chronique sociétale. Les personnages se succèdent, ils connaissent leurs heures de gloire, leur lot de drame et contribuent au développement d'un monde qui devient celui que nous connaissons. La fine plume de Fannie Flagg traite les sujets avec malice, humour même mais sait se faire plus grave parfois. Dans les dernières pages, c'est la nostalgie qui prédomine. 

" Norma était sûre d'être la seule Américaine dépourvue d'une adresse électronique. Elle avait pourtant tenté de garder le contact avec de vieilles relations, mais elles n'appelaient plus, elles non plus. Le téléphone était passé de mode. Lorsqu'on avait besoin de s'adresser au service clientèle d'une entreprise, il fallait utiliser l'Internet. Si on avait la chance de pouvoir parler avec quelqu'un, votre interlocuteur vous répondait depuis l'Inde avec un accent impossible.
Cette solitude était pesante. Il manquait à Norma la compagnie des voix d'antan, quelques personnes avec qui discuter du bon vieux temps, avec qui rire et parfois pleurer."

Cette rapidité avec laquelle Fannie Flagg a traité certains événements (les deux guerres mondiales notamment) prend ici finalement tout son sens: le monde tel qu'il a été bâti et voulu par nos ancêtres a changé à une vitesse étourdissante et c'est finalement avec un peu de tristesse que j'ai refermé le livre, me demandant si la vie au côté de Lordor et Katrina au 19e siècle n'était pas plus chaleureuse que celle du 21 siècle... *

"Dans une grande ville, il est toujours agréable d'entretenir de bonnes relations avec ses voisins, de se montrer cordial et, de temps en temps, de boire un verre avec eux. Dans les petites communautés agricoles du Missouri, les voisins représentaient beaucoup plus que cela. On pouvait en préférer certains, mais de toute façon, on dépendant d'eux pour sa propre survie."


C'est le troisième livre de Fannie Flagg que je découvre ici après La dernière réunion des filles de la station service et Miss Alabama et ses petits secrets. Même si ma préférence va toujours au premier, j'a trouvé ma lecture plaisante. C'est une jolie histoire racontée avec brio.

Livre reçu lors d'une opération Masse Critique. Je remercie le site Babelio et les éditions "Cherche Midi" pour cet envoi!




* La vie au 19e siècle OK, mais avec le micro-ondes et la péridurale quand même! ;)

lundi 28 janvier 2019

Loin de la foule déchaînée - Thomas Hardy


Quelques infos:


Date de la 1ère parution: 1874
Édition: Archipoche
Date de la présente édition: Mai 2015
Pages: 470

Mon avis:


Dans le sud de l'Angleterre à la fin du 19e siècle, un jeune berger Gabriel Oak s'éprend de la belle Bathsheba Everdene qui repousse sa demande en mariage. Gabriel connaît un nouveau revers de fortune lorsqu'il perd brutalement tout son troupeau. Ruiné, il est contraint de demander une place dans une ferme où la propriétaire n'est autre que Bathsheba. Dans un univers d'hommes, elle tente de diriger seule sa ferme, soutenue par Gabriel toujours épris d'elle. Mais deux prétendants courtisent la belle fermière. Dans ce quadrilatère amoureux, le cœur et les émotions de Bathsheba seront mis à rude épreuve.

Voici un classique de la littérature anglaise considéré comme un des 50 meilleurs romans par la BBC. Il a été publié à l'époque dans un magazine, sous forme de feuilleton. De ce fait, les chapitres ont tous un intitulé et sont relativement courts. Thomas Hardy nous plonge dans la vie rurale du 19e siècle. Le lecteur assiste aux travaux à la ferme, rythmés par les saisons, respectueux de la nature et où la moindre erreur peut être fatale pour un troupeau et une récolte. Comme si le succès ou l'infortune ne tenait qu'à un fil, à une bonne ou mauvaise décision. Ce témoignage du monde agricole de l'époque est porté par toute une galerie de personnages secondaires dont Thomas Hardy dresse le portrait et dissèque le moindre petit défaut.

L'auteur livre également une fine analyse des relations humaines à travers les déboires amoureux de ses quatre personnages principaux. C'est là que se trouve ma petite pointe de déception. J'ai trouvé à certaines phrases des relents de misogynie qui m'ont profondément déplu.

"Comme chez beaucoup de femmes, les sentiments de Bathsheba dépendaient en grande partie de ses nerfs."

Et bim! On en prend pour notre grade! Alors certes, il faut se remettre dans le contexte de l'époque mais ses phrases toutes faites sur les femmes que l'auteur assène comme des vérités ont fini par m'agacer. Je trouvais également que le personnage de Bathsheba ne relevait pas le niveau. Elle est impétueuse, vaniteuse et se conduit parfois comme une écervelée.

"Bathsheba considérait l'amour comme un jeu; mais elle ne se faisait aucune idée de l'amour vrai, celui qui subjugue."

Ces traits de personnalité ne l'aident pas à prendre les meilleures décisions. Et pourtant, au fil des chapitres, on la voit douter, réfléchir à ses erreurs et prendre acte des conséquences. Cette évolution la rend plus humaine, j'ai fini par lui pardonner ses erreurs et ses inconséquences et éprouver pour elle une forme de compassion. Au final, on prend conscience de la modernité du personnage qui doit prendre des décisions, faire sa place dans un milieu d'hommes à une époque où pour les femmes, le salut ne passait que par un bon mariage. 

Autour d'elle gravitent ses trois courtisans: le patient et fidèle Gabriel Oak, M. Boldwood au caractère passionné et le sergent Troy, un séducteur un brin cynique. Bathsheba arrivera-t-elle à faire le bon choix? C'est le fil rouge du roman. Ma petite fleur bleue a été un peu déçue voire même malmenée. Je ne me suis pas sentie emmenée par la description du sentiment amoureux, l'auteur portant même sur l'amour en général un regard assez pessimiste.

"Leur mutuel attachement n'était autre que cette affection profonde qui naît, hélas! trop rarement, lorsque le hasard a mis en présence, sous le jour le moins favorable, deux être qui, seulement plus tard, révèlent leur grandes qualités. Cette bonne camaraderie, qui résulte de la poursuite d'un but commun, est malheureusement peu fréquente à côté de l'amour: homme et femme veulent bien s'associer dans le plaisir, mais non pas dans la peine. Cependant, quand des circonstances fortuites permettent son développement, ce double sentiment est le seul amour qui soit aussi fort que la mort, l'amour que rien ne peut ébranler ni amoindrir, à côté duquel toute autre passion de ce nom n'est que vaine fumée."

Au final, j'ai apprécié ma lecture grâce à l'évolution que l'auteur a donné à Bathsheba (j'ai vraiment été circonspecte au début!) et à la description de la vie dans les campagnes anglaises à l'époque. J'y étais venue chercher une belle et grande histoire d'amour, j'ai été un peu déçue de ce point de vue là. Je dois également préciser que la traduction dans cette édition m'a paru particulièrement mauvaise. La mise en page également, l'absence de saut de ligne dans les paragraphes entre deux scènes complique nettement la lecture.



mercredi 23 janvier 2019

Quatre saisons circus - Laurence Gillot et Lucile Placin



Découvert lors du dernier salon du livre jeunesse du coin, je suis tombée sous le charme de cette collection intitulée "Ponts des arts" des éditions Canopé.
L'idée est de faire connaître aux plus jeunes des œuvres d'art par l'intermédiaire d'une fiction. Dans cet album, ce sont Vivaldi et Arcimboldo qui sont à l'honneur. Il s'agit d'un livre CD où l'histoire est racontée par un conteur.



Antonio est un clown de la troupe des Quatre Saisons Circus. Malheureusement, suite à une blessure le voilà cloué au lit! Heureusement, ses amis viennent lui rendre visite! C'est ainsi que nous rencontrons Automne, Hiver, Printemps et Été qui, tous à leur manière, essayent de lui remonter le moral. 




Entre chaque visite, nous écoutons un extrait des Quatre Saisons de Vivaldi (un véritable extrait, pas juste quelques secondes!) A la fin de l'histoire, le CD reprend un des mouvements les plus célèbres de chaque saison. Une véritable immersion dans l'oeuvre du musicien!

Les portraits phytomorphes d'Arcimboldo sont abordés dans les illustrations qui reprennent le même concept: composer un visage à l'aide des fruits et légumes représentatifs de la saison. Ma crevette adore et s'amuse de découvrir un nez en forme de courgette ou un visage en chou-fleur!
C'est vraiment très réussi, la magie opère, le tout porté par la voix du conteur qui donne vie à l'histoire. 

Dans les dernières pages, l'enfant découvre les vrais tableaux d'Arcimboldo. On trouve également quelques informations sur les artistes ainsi que sur la genèse de l'album. 



Voilà un album très complet qui permet d'ouvrir les horizons de nos petits lecteurs à la musique classique et à la peinture, grace à une histoire pleine de tendresse et d'humour. Une réussite et un coup de coeur partagé par Ma Crevette et sa maman!

Voici ma participation au rendez-vous "Chut les enfants lisent" du blog Devine qui vient bloguer


mardi 22 janvier 2019

Une fois dans ma vie - Gilles Legardinier



Quelques infos:


Édition: J'ai lu
Date de parution: Octobre 2018
Pages: 480

Mon avis:


Eugénie, la cinquantaine, traîne sa déprime dans les coulisses du théâtre dont elle est la gardienne. Ses enfants sont partis, elle est à un tournant de sa vie et elle s'interroge sur ce qui la motive réellement. Autour d'elle gravitent Céline, la couturière, engluée dans une histoire avec un homme marié, Julienne, la chorégraphe qui s'est entichée de son garagiste et n'arrive pas à déclarer sa flamme, Victor son mari toujours prêt à faire quelques blagues... Afin de retrouver un élan à sa vie, Eugénie décide de s'occuper des autres et tâche, avec plus ou moins de réussite, de résoudre leurs problèmes.

C'est un livre qui m'a été offert à Noël et il me tenait à cœur de le terminer. Mais ça m'a coûté! J'ai vraiment trouvé cette lecture pénible. Indubitablement, je ne fais pas partie du public de Gilles Legardinier. Les situations vécues par les personnages se veulent drôles. Je les ai trouvées ridicules, comme cette scène affligeante où Céline réclame à son ex-mari les impayés de sa pension alimentaire. Elle est accompagnée des ses amies, qui, pour faire peur à l'indélicat, sont déguisées en vache et en cheval! 
Qui oserait se ridiculiser de la sorte? 
Pathétique et sans intérêt.




jeudi 17 janvier 2019

Amours - Léonor De Récondo


Quelques infos:


Édition: Points
Date de parution: 2016
Pages: 207

Mon avis:


Sous les combles d'une demeure bourgeoise du Cher, une bonne, Céleste, subit les assauts de son maître Anselme De Boisvaillant. Repoussé par sa femme, que le devoir conjugal rebute, il cherche à assouvir ses désirs, sans prendre conscience de la cruauté et des conséquences de son acte. Céleste se tait. En 1908, les bonnes n'ont pas leur mot à dire.
Victoire De Boisvaillant s'ennuie. L'héritier tarde à venir et elle ne trouve pas dans la vie conjugale, l'amour qu'elle espérait. Lorsqu'elle découvre que Céleste est enceinte, elle décide avec son mari d'adopter l'enfant. Adrien naît, Victoire s'accapare l'enfant. Céleste se tait, encore. Mais Victoire ne ressent pas d'amour pour cet enfant qu'elle n'a pas porté et Adrien se meurt. Céleste, poussée par son instinct maternel, emporte l'enfant dans sa chambre pour lui offrir l'amour maternel dont il manque cruellement. Une nuit, Victoire les rejoint. Au mépris des conventions sociales, une relation intime se noue alors entre les deux femmes.

Ce court roman, est un beau portrait de femmes. Victoire a été élevée pour devenir une bonne épouse et une bonne mère. Bridée par son éducation puritaine, elle ne connaît rien de son corps, ni des choses de la vie.

"Pendant très longtemps, elle n'avait eu qu'une image fragmentée d'elle-même, une mosaïque avec en bruit de fond la rengaine maternelle qui lui disait que le corps était sans importance, et que l'on n'en faisait bon usage que lorsqu'on était enceinte."

Céleste, jeune fille de la campagne est une enfant parmi d'autres au sein d'une très nombreuse fratrie. Elle a grandi toute seule, sans vraiment avoir l'impression d'exister.

Ici, les hommes sont passifs et ne servent que de traits d'union entre ces deux femmes. D'une écriture subtile et délicate, Léonor De Récondo décrit cette relation intime entre Victoire et Céleste que tout semble séparer: l'éducation, le niveau social. Elles ont pourtant tellement à partager. Otages des conventions de leur époque, figées dans leurs rôles d'épouse et de bonne, leur amour interdit les révèle à elles-mêmes. 

"Victoire, en aimant chaque nuit Céleste, en était aimée d'elle si follement, commence à chérir ce corps qu'elle croyait inutile. Elle ose se regarder nue, et il se révèle à elle. Elle n'a plus peur de cette image jadis morcelée. Elle devient une. L'amour lui a soudain donné une identité propre. Jusque là, elle n'avait fait que se mouvoir à tâtons, aveugle aux autres et à elle-même. Céleste, en la caressant, a défini les frontières de son corps. Elle les a modelées, pétries, chéries, embrassées, léchées, lui indiquant ainsi l’infime espace entre elle et le monde."

Il est question d'amourS: d'amour maternel, d'amour charnel mais aussi d'amour de soi. C'est un roman fort, d'une beauté rare, qui reprend des thèmes qui me sont chers: l'amour, la condition féminine, la révélation de soi.
Sublime!



mercredi 9 janvier 2019

Le dernier des nôtres - Adélaïde De Clermont-Tonnerre



Quelques infos:


Édition: Grasset
Date de parution: Août 2016
Pages: 496


Mon avis:


A Dresde en 1945, alors que les bombardements alliés font rage, une femme, gravement blessée, accouche. Dans un dernier souffle, elle confie au médecin "Il s'appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom, il est le dernier des nôtres."  Récupéré par sa tante et une nourrice, ils tenteront de quitter l'Allemagne au bord de la défaite.
A Manhattan, 25 ans plus tard, nous retrouvons Werner. Il rêve de gloire et de prestige. Avec une ambition à la mesure de son égo, il tente de se faire un nom dans l'immobilier. Séducteur invétéré, il enchaîne les aventures. Mais lorsque sa route croise de celle de Rebecca, une artiste issue d'une famille richissime, c'est le coup de foudre. Jusqu'au jour où elle disparaît sans explications. Werner sera alors confronté à son passé, et tentera de retracer le mystère de ses origines.

Le livre alterne les deux époques. Peu à peu, l'auteur brode son histoire et dénoue les fils qui unissent le destin des deux familles de Werner et de Rebecca. Je n'ai malheureusement pas adhéré à cette fiction, je l'ai trouvé cousue de fil blanc, peu crédible. Je n'ai également pas aimé l'histoire d'amour de nos deux héros. Je n'ai réussi à voir que ce qui sépare Werner et Rebecca, sans comprendre vraiment ce qui les unit. Elle lui renvoie sans cesse sa condition d'arriviste, il n'y voit qu'un objet à posséder, témoin de son ascension sociale. La fin est à mon avis, complètement ratée et manque cruellement de vraisemblance.

Cependant, tout n'est pas à jeter dans ce roman. J'ai beaucoup aimé le thème abordé. Tout comme dans "Le liseur", il est question du regard que porte toute une génération sur celle qui l'a précédé, sur les actions commises pendant la seconde guerre mondiale. Je ne m'étais jamais vraiment posé la question du rôle des scientifiques et ingénieurs allemands qui ont contribué, par leurs recherches et leurs découvertes, à l’ascension du régime nazi. Dans quelle mesure sont-ils responsables des atrocités commises à cette époque? Certains ont été capturés, d'autres se sont rendus aux américains ou aux soviétiques lors de la chute du régime nazi, les deux puissances espérant récupérer, au détriment de l'autre, les armes secrètes du troisième Reich (On retrouve ici les prémices de la guerre froide).

"L'opération Paperclip? relança Marcus
C'est le nom de code de l'opération qui a permis, en toute discrétion et en toute illégalité, de faire mille cinq cents savants et ingénieurs nazis aux États-Unis."

D'autre part, j'ai trouvé que l'auteur dressait avec finesse les portraits de ses personnages. Elle fait de Werner, qui avait tout pour me déplaire, un héros plus subtil et tourmenté qu'il n'y paraît. La plume est fine, dynamique avec des petites doses d'humour bien placées et assez inattendues.

"L'avantage avec les femmes qui vous aiment pour votre argent, c'est qu'on sait comment les garder!"

C'est un roman qui se lit facilement, dont le thème principal, intéressant, est malheureusement mal desservi par une fiction trop invraisemblable.